Edito
du 07 avril 2003
Sang
et pétrole
Kurdistan,
le 31 mars 2003
Tandis
que les bombes tombent pratiquement sans discontinuer sur la région de Bagdad
et sur la route qui mène en Jordanie, quelques camions citernes poursuivent pourtant
leur noria entre l'Irak et Amman. Pétrole d'abord, quels que soient les risques
pour les conducteurs !
Des
civils irakiens, femmes et enfants compris, périssent dans les décombres, des
militaires anglais et américains sont en train de mourir, des maisons s'écroulent,
des équipements électriques s'effondrent sous les missiles, des stations d'épuration
d'eau sont éventrées, des supermarchés explosés, des taxis et des voitures particulières
sont pulvérisés sur la route de Bagdad par des hélicoptères américains qui ne
font plus dans le détail et le chirurgical : pétrole d'abord, quelle que soit
l'horreur !
Des dizaines de milliards de dollars partent en fumée et en explosions
tandis que le Forum sur l'eau de Kyoto s'est achevé sur des bonnes paroles et
un manque d'argent pour équiper les pays du sud : pétrole d'abord, les pauvres
peuvent attendre !
Des produits nocifs, d'origine irakienne aussi bien qu'américaine,
se répandent sur les sols, polluant les rivières et les nappes souterraines sans
que nul ne songe à un autre avenir que celui du contrôle obsessionnel du pétrole.
Dans
quelques jours, vue la résistance des Irakiens, viendront les pollutions en uranium
appauvri.
Le pétrole brûle en polluant l'air sans que nul ne s'en offusque,
Irakiens et Américains se renvoyant la responsabilité de cet immense gaspillage
qui obscurcit le ciel d'une partie du pays. La population de Bagdad commence à
être sérieusement intoxiquée, signale le Programme des Nations Unies pour l'environnement,
par les fumées. Celle des explosions et celles du pétrole. Des cas d'intoxication
grave sont également signalés à Karbala, au sud de la capitale, avec les incendies
de fuel lourd. Tout comme dans la région de Bassora où, de plus, les gens n'ont
plus accès à l'eau, les installations de traitement ayant été détruites. Toute
l'agriculture de la région est remise en cause pour au moins un an. Ce n'est plus
pétrole contre nourriture mais le pétrole contre la nourriture. Le pétrole pour
lequel les Américains et les Anglais mènent cette guerre qui tue des deux cotés,
répand dans l'air de la dioxine, du soufre, du mercure et des solvants sous forme
de particules. Sans compter ce qui se dégage des deux usines d'engrais chimiques
qui ont été détruites, tous les composants, notamment de l'ammoniaque, se retrouvant
en suspension dans l'air. Les militaires anglais respirent aussi cette pollution
dont les enfants commencent à souffrir gravement. Ce sera bientôt au tour des
Américains englués dans le désert ou montant la garde dans la région de Bassora.
Les hôpitaux débordés ne soignent pas seulement des blessures mais des insuffisances
respiratoires graves. La situation est la même dans le nord près de Mossoul. Le
pétrole, objet des convoitises retombe sur la gueule de tout le monde, visible
ou invisible.
Le paradoxe insoutenable de cette guerre qui, vue d'ici, promet
d'être bien plus longue et encore plus meurtrière que prévue par les stratèges
de Washington abrités, comme les musulmans, derrière leur Dieu et leurs prières,
c'est qu'elle se déroule pour le contrôle d'un produit dont les réserves s'épuisent,
d'un produit dont, ici et ailleurs, il ne restera plus grand chose dans trente
ou quarante ans.
Pour
contrôler ce qui reste d'un or noir voué rapidement à l'épuisement, tous les belligérants
dépensent les dizaines de milliards de dollars qui pourraient, qui devraient servir
à travailler sur la mise au point et le développement de nouvelles ressources
énergétiques.
Cette sauvage guerre du pétrole n'est qu'une guerre du passé.
Une guerre pour rien.
Par Claude-Marie Vadrot
Président
des JNE
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