04 novembre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Ces déchets qui nous menacent - Par M'hamed Rebah
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Algérie

Ces déchets qui nous menacent

Les écologistes n'en reviennent certainement pas, c'est à un rythme accéléré que se rénove le dispositif réglementaire en même temps que se met en place la deuxième génération de lois appelées à répondre aux besoins de la société en matière de qualité de vie, de préservation des ressources naturelles et de protection de l'environnement. Alors que l'Assemblée populaire nationale s'apprête à voter une loi sur la montagne, la première du genre en Algérie, le gouvernement adopte deux décrets d'application découlant de la loi sur les déchets, promulguée en décembre 2001.

Le premier texte réglementaire, présenté par M. Cherif Rahmani, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, a trait aux modalités et aux procédures d'élaboration, de publication et de révision du plan national de gestion des déchets spéciaux. Ces derniers sont définis par la loi comme étant "tous déchets issus des activités industrielles, agricoles, de soins, de services et toutes autres activités qui, en raison de leur nature et de la composition des matières qu'ils contiennent, ne peuvent être collectés, transportés et traités dans les mêmes conditions que les déchets ménagers et assimilés ". Ces déchets spéciaux sont considérés comme dangereux par la loi quand "par leurs constituants ou par les caractéristiques des matières nocives qu‚ils contiennent, ils sont susceptibles de nuire à la santé publique et/ou à l'environnement ". En fait, l'article 5 de la loi le précise, par déchets spéciaux on entend y compris les déchets spéciaux dangereux. La loi sur les déchets leur consacre son titre II structuré en deux chapitres intitulés respectivement "obligation des générateurs et détenteurs de déchets spéciaux " et "mouvements des déchets spéciaux ".

Après l'adoption du décret concernant le plan national de gestion des déchets spéciaux, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a insisté sur l'urgence de la mise en place de la commission qui va élaborer ce plan national établi sur une durée de dix ans. Cette tâche consiste à inventorier les quantités de déchets spéciaux produites annuellement en Algérie, à estimer le volume global des déchets en stock provisoire et en stock définitif, à faire le choix des options concernant les modes de traitement des déchets, à repérer l'emplacement des sites et des installations de traitement existantes et à définir les besoins en capacités de traitement des déchets, en évaluant les coûts des investissements. Cette commission est composée de représentants de plusieurs ministères et des organismes concernés. Elle devrait se mettre au travail avant la fin novembre.

La loi met dans le "panier " des déchets spéciaux un assortiment qui présente l'inconvénient de compliquer la tâche de la commission, du fait de l'imprécision dans la définition des déchets spéciaux. Les déchets de soins auraient dû être classés dans une catégorie à part et non pas parmi les déchets spéciaux qui sont généralement essentiellement industriels. Mais l'essentiel est de séparer ces catégories de déchets au potentiel polluant élevé et nécessitant un traitement spécial, du reste des autres déchets. Tout va commencer avec l'inventaire qui permettra de connaître les quantités mais aussi les types de déchets et qui contribuera ainsi à mieux définir les déchets spéciaux. Cet inventaire doit fournir une base de données fiable portant sur la quantité et la nature des déchets spéciaux existants. De l'avis des experts, c'est le problème posé par les déchets spéciaux est d'une gravité exceptionnelle.

Le rapport national sur l'état de l'environnement (RNE-2000) réalisé par le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, estime la production annuelle de déchets industriels à plus de 1 200 000 tonnes. Les auteurs du document avertissent toutefois que "ces estimations doivent être considérées avec beaucoup de prudence ". Ils citent les insuffisances qui entourent les chiffres du secteur des industries mécaniques qui sont une des plus importantes sources de déchets spéciaux. Autre incertitude : les rejets d'huiles usagées sont insuffisamment pris en compte dans les estimations du RNE-2000.

La première tâche est d'inspecter les stocks de déchets dangereux qui s'amoncellent, éparpillés à travers le territoire. Une grande confusion entoure les caractéristiques fournies par les inventaires qui ont été réalisés sur les stocks de déchets, ces dernières années. Le cas des huiles à base de polychlorobiphényls (PCB), communément appelées askarels, illustre bien cette situation. Les PCB sont utilisés dans une large gamme d'appareils et équipements d'usage courant et surtout comme diélectriques dans les transformateurs et les condensateurs. On dit qu'il n'y a pas de PCB sans dioxine et, vice-versa, pas de dioxine sans PCB. Les dioxines figurent sur la liste des produits chimiques les plus dangereux en tant que substances cancérigènes et perturbant le système hormonal.

Un inventaire spécial de ces équipements avait été effectué en 1987 sur tout le territoire national. Mais le dispositif législatif et réglementaire n'avait pas empêché des accidents graves. En dépit de la réglementation relative aux PCB, ces déchets n'étaient pas soumis à la même étroite surveillance que les autres déchets de ce type.

Il y a quelques années, plus de 550 transformateurs à huiles à base de PCB étaient stockés dans le complexe sidérurgique de Annaba. Il n'y a pas encore d'opération d'élimination de ces déchets qui restent stockés sur leur lieu de production.

Le gouvernement a également adopté le décret d'application de l'article 18 de la loi sur les déchets concernant les déchets issus des activités de soins. Il s'agit des déchets rejetés par les hôpitaux, les cabinets médicaux, les laboratoires d'analyses ou par les particuliers qui se soignent ou suivent des traitements à domicile. Ce sont des pansements souillés, des aiguilles d'injection, des flacons aux contenus divers, des médicaments périmés et autres déchets médicaux, ainsi que les déchets issus de la production pharmaceutique. Les déchets hospitaliers sont des vecteurs de maladies et d'épidémies.

Ils sont classés dangereux à cause de leur composition et de leur nuisance, leur traitement requiert des procédures spécifiques depuis le ramassage jusqu'à l'incinération et exclut dans toutes ces phases la manipulation humaine directe. Déjà en 1984, un décret relatif aux déchets solides précisait que les déchets hospitaliers contaminés doivent être éliminés par incinération, par les moyens des établissements hospitaliers et à leurs frais.

En septembre 1996, le conseil du gouvernement avait décidé de doter les secteurs hospitaliers d'équipements spécifiques d'incinération pour brûler les déchets hospitaliers.

Le décret adopté par le gouvernement fixe les dispositions spécifiques relatives à la collecte, au transport et à l'élimination de ces déchets. Le chef du gouvernement a appelé à la généralisation de l'installation des incinérateurs pour couvrir les besoins des structures de soins dans ce domaine.

Par M'hamed Rebah
(article paru dans le journal algérien La Dépêche)

 


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