SOMMAIRE :
   
  Mise à jour le :
05 mai 2008
 

Championnat de déterrage, un concours néfaste ; par Fabrice Nicolino

 

La guerre des bouchons menace les chênes-lièges de Méditerranée ; par Pascale d'Erm

 

Brèves ; par Annick Mouraret

 

PALMARES 24 ème FESTIVAL SCIENCE FRONTIERES EDITION 2008 - Des JNE récompensés au Festival du film Sciences Frontières organisé par la Société européenne des réalisateurs de l'environnement (SERE) : Jean-Yves Collet, Florence Leray, Allain Bougrain-Dubourg

   
   
   
  Mise à jour le :
29 avril 2008
 

Les dents de l'amour - Par Estelle Cintas

 

Billet d'humeur
Ce n'est pas normal ! -
Par Jean-François Noblet

  Botanic se lance dans le développement durable -
Par Estelle Cintas
  AGENDA :
  Débat à l'Assemblée Nationale, Le 22 avril 2008 de 15 heures à 20 heures
   
  Mise à jour le :
26 mars 2008
 

Salon de l'agriculture 2008 : raison et passion côtoient l'agriculture intensive - Par Christine VIRBEL

 

Notre pain quotidien, de Nikolaus Geyrhalter - Enfin en DVD - Françoise NOWAK

  AGENDA :
 

Les jeudis de la planète océan
Conférences grand public – entrée libre et gratuite

 

Colloque international scientifique et professionnel - Agriculture biologique et changement climatique

   
  Mise à jour le :
04 mars 2008
  « Produit intérieur doux » présente sa collection de rintemps!
Par Françoise NOWAK
  Télépolis : un film tout en symboles sur une télévision-dictature
Par Françoise NOWAK
  Bientôt la teuf de la nature ! - Par Marc Giraud
  AGENDA :
  Et si tout le monde devenait un observateur du changement ?
 

Salon Vivre autrement, du 13 au 16 mars au Parc floral à Paris.

  La biodiversité en ville
  PETITE ANNONCE :
 

Recherche de correspondant-es, stagiaire-s, auteur-es & illustrations

  Elève actuellement en école d'ingénieur en agriculture
   
  Mise à jour le :
12 février 2008
 

Rencontre avec Marion Guillou, présidente de l'Inra, Grenelle et après ?
par Marie Hellouin

  AGENDA :
 

Colloque Guerre et environnement le 6 mars au Sénat

   
  Mise à jour le :
14 janvier 2008
 

Grève de la faim, pourquoi choisir ce moyen de lutte ? Par Jean-Claude Noyé

 

Brèves :
Par Annick Mouraret

 

Journée mondiale des zones humides

 

Biodiversité en Ile-de-France

 

La vallée de l'Yerres est classée

 

Le PNR de Chevreuse va s'agrandir

 

Agenda :

 

Université populaire de l'eau et du développement durable

 

Le jeudi 24 janvier, l'Université populaire essaime à Fontenay-sous-bois

 

A suivre en février et en mars

   
   
 
ARCHIVES :
 
 
        Un Pôle Grands Prédateurs dans le Jura  
 
 

 

Championnat de déterrage : un concours néfaste

Fabrice Nicolino (grâce à Pascal Blain, et avec le grain de sel de Marc Giraud)

Les 16, 17 et 18 mai 2008 est programmé à Cluny (Saône et Loire) un « championnat de France » de déterrage. Il s'agit d'un concours de chiens de chasse, dont les terrains de jeu seront les milieux naturels, et les « cibles » des animaux sauvages, en particulier des blaireaux.

Le déterrage, ou vénerie sous terre, consiste à faire capturer par des chiens un animal dans son terrier, puis à creuser une tranchée avec des pelles ou autres outils de terrassement, pour le saisir à l'aide de pinces en acier dans l'accul où le maintiennent les chiens, puis l'achever à l'arme blanche.

Chasse présentée comme traditionnelle, sportive, par ses adeptes, le déterrage serait un outil de régulation des « nuisibles ». Le blaireau ne fait pourtant plus partie de la liste des espèces nuisibles en France depuis 1988 ! Cet animal forestier qui ne cause que des dégâts minimes aux cultures, se nourrit essentiellement de vers de terre, insectes, mollusques, micro-mammifères, fruits et tubercules.

Ce championnat ne vise qu'à faire concourir des chiens pour le « loisir » de quelques-uns ! Cette manifestation n'est d'aucune utilité publique, perturbe la faune sauvage et porte atteinte à la biodiversité.

Chez nos voisins, la chasse au blaireau est interdite depuis de nombreuses années en Grande-Bretagne, Italie, Irlande, Espagne, Grèce, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Luxembourg, etc.

L'observation des animaux sauvages dans la nature, l'information scientifique et la pédagogie de la préservation sont des activités accessibles à tous et plus éducatives pour valoriser et préserver la nature que cette « technique de chasse » cruelle.

La Confédération des Associations de Protection de l'Environnement et de la Nature en Saône et Loire (CAPEN 71) et la fédération France Nature Environnement (FNE) demandent en conséquence que cette compétition ne soit pas autorisée. D'autres associations (Apie, Aspas, Aves France, Rac et Meles, entièrement consacrée au blaireau), déplorant que FNE ne songeait pas à demander au passage l'interdiction de la vénerie sous terre en France, ont fait un communiqué collectif plus exigeant, rappelant le manque de suivi du Grenelle de l'Environnement. C'est d'ailleurs ce communiqué qui a été repris par l'AFP. Les associations signataires des deux communiqués se sont finalement entendues pour lancer une cyber action commune :

http://www.abolition-deterrage.com/petition_deterrage.htm

Contacts Aspas : Rémi Collange 04 75 25 10 00 - Capen 71 : Thierry Grosjean – 09 71 38 89 64 - FNE : Dominique Py – 06 88 20 34 21.

Pour connaître le blaireau :
http://www.fne.asso.fr/GP/publications/blaireau_cohabitation.pdf

Le DVD de l'excellent documentaire « Le blaireau, de l'ombre à la lumière » (de 52 minutes, et qui montre une séquence de déterrage), présenté au public le 14 février dernier au Muséum national d'histoire naturelle, est disponible auprès de l'association Meles, BP 60132, 60201 Compiègne Cedex. Tél. 06 24 94 35 09, mail virginiebadger@aol.com

 

 

 

La « guerre des bouchons » menace les chênes-lièges de Méditerranée.

Pascale d'Erm

Le destin des forêts de chênes-lièges du pourtour méditerranéen est suspendu aux choix des professionnels du vin (grands domaines viticoles, négociants, caves coopératives, distributeurs...). Tout le monde l'a constaté, le liège cède sa place aux capsules à vis, en aluminium énergivore, ou aux bouchons en plastique… Or ce choix, guidé par des raisons purement mercantiles, a un impact dévastateur : les forêts de chênes-lièges perdent leur valeur économique, et sont au mieux abandonnées et livrées aux incendies, au pire directement vendues à des promoteurs immobiliers… La production des bouchons en liège a diminué de 20 % entre 2000 et 2005. A ce rythme, selon une étude du WWF, 95 % des bouteilles risquent d'être embouteillées avec de l'aluminium ou du plastique d'ici 20 ans et il ne resterait plus que 100 000 ha de chêne-liège en 2015. Les subéraies (forêts de chênes-liège) occupent encore 2,2 millions d'hectares du Portugal à l'Algérie, en passant par le sud de la France, mais pourraient bien disparaître d'ici une vingtaine d'années.

Or ces écosystèmes fragiles abritent des espèces parmi les plus rares au monde (lynx ibérique, cerf de Berbérie, loup gris, …) et des millions d'oiseaux (aigle royal ibérique, cigogne noire…), et constituent des puits de carbone parmi les plus efficaces. Au Portugal (32 % des surfaces mondiales), les forêts de chêne-liège séquestrent 4,8 millions de tonnes de CO 2 /an, soit 5 % des émissions de CO 2 du pays. Enfin, last but not least, 100 000 personnes vivent directement ou indirectement de l'exploitation du liège en Méditerranée.

Un quart de subéraies de l'ouest du bassin méditerranéen a déjà disparu entre 2000 et 2005. En France, les subéraies exploitées ont diminué de moitié en 20 ans. Il n'en reste que 50 000 ha aujourd'hui. Le seul Portugal a perdu 20 % de ses superficies ; au Maghreb, c'est un tiers des forêts de chêne-liège qui a disparu.

La guerre des bouchons a commencé. 

Pour tenter d'enrayer ce phénomène, les producteurs de liège ont lancé une pétition, soutenue par Yann Arthus Bertrand et Jean-Marie Pelt, afin de sensibiliser tous les amoureux de la nature et du vin, de la vie, quoi ! Cette pétition a déjà été signée par 3800 personnes en une dizaine de jours, en France, au Portugal, en Espagne, en Australie ou en Suisse… L'objectif : 10 000 signatures.

Chaque signature a un effet concret, puisque toutes les 6 signatures, un chêne-liège sera restauré ou planté, en partenariat avec l'Institut Méditerranéen du Liège.

www.petitionpourleliege

 

 

En bref

Par Annick Mouraret
(News parues dans Paris Chamonix)

 

Le Chemin de Régordane

Un nouveau sentier GR, le GR 700, va fort judicieusement remettre en valeur le chemin de Régordane, parcours millénaire de transhumance, itinéraire d'histoire, voie de spiritualité. Du Puy-en-Velay à Saint-Gilles-du-Gard, en une dizaine d'étapes (240 km), il traverse de grands espaces préservés et une remarquable diversité de paysages aux identités fortes : Velay, Margeride, Cévennes, Gardonnenque, Costières et Petite Camargue. Le village fortifié de la Garde-Guérin, le château de Portes, Nîmes et la Vis de Saint-Gilles en sont les jalons les plus remarquables. Le topo-guide (FFR) et le guide pratique seront disponibles en juin 2008.

Informations : Association La Voie Régordane, Office de Tourisme, Place de l'Hôtel de Ville, 30100 Alès. Tél. 06.33.45.74.15. Courriel : regordane@live.fr

 

130 ans pour Stevenson, 40 pour le GR4

220 km en 12 jours environ permettent de revivre le « Voyage avec un âne dans les Cévennes » que fit R.L. Stevenson en 1878, depuis Le Monastier-sur-Gazeille (Haute-loire) jusqu'à Saint-Jean-du-Gard (Gard). Association Stevenson, 48220 Pont-de-Montvert. Tél. 04.66.45.86.31. Site : www.chemin-stevenson.org Topo « Le chemin de Stevenson », GR 70, réf.700 FFR/Chamina.

Le GR 34 permet de faire le tour de la Bretagne en longeant la mer du Mont Saint-michel au Golfe du Morbihan, à l'aide de six topos. La fête près de la mer le 1 er juin, avec 100 balades : toutes informations sur : www.bretagne.ffrandonnee.fr

 

Et les 20 ans pour Mountain Wilderness !

Depuis 20 ans, l'Association Mountain Wilderness poursuit sa vocation de protéger la montagne dans toutes ses composantes et pas seulement en France. Elle coordonne donc en permanence un vaste programme dans lequel on peut citer en vrac des luttes : défense des grands sites, loisirs motorisés, espaces montagnards d'eau vive, canons à neige, grands nettoyages… A ce titre l'année 2007 a été fructueuse : Mer de glace (2,5 tonnes de câbles, ferrailles, cannettes, skis, pneus …), en Livradois-Forez le démontage de la station de la Haute-vallée non exploitée et à l'abandon depuis 1980 (3 téléskis et constructions, fûts rouillés), dans le Mercantour en Ubaye (restes militaires italiens : 8 tonnes de ferrailles + 8 tonnes de verres et déchets divers). Un nouveau nettoyage en Mercantour est prévu du 10 au 14 juillet 2008.

Chacun peut participer à ces opérations de protection de la montagne les plus diverses ou simplement les soutenir en lisant la revue et en adhérant à l'association.

Mountain Wilderness , 5 place Bir Hakeim 38000 Grenoble. Tél. 04.76.01.89.08. Site : www.france-mountainwilderness.org

 

Le mot du jour

“Crest accueille avec plaisir le siège de la fédération des chasseurs de la Drôme. Honnêtement, on se serait bien passé d'accueillir le siège de l'ASPAS. Après le poison, l'antidote est bienvenu".

Le propos est de Hervé Mariton, député-maire de Crest. Il a a été tenu lors de l'AG de la fédération départementale.

Source : DL du 24 avril - page 4

 

 

PALMARES 24 ème FESTIVAL SCIENCE FRONTIERES EDITION 2008

PALAIS DU PHARO MARSEILLE

LE GRAND PRIX DU PUBLIC

Offert par Science Frontières et Terre TV

«  Mémoire d'un arbre mort » de Samuel Ruffier avec le WWF Marseille
http://www.terre.tv/indexvod.php?case=1&ref=00740

 

LE PRIX SPECIAL DE LA SERE

(Société européenne des réalisateurs de l'environnement)

Offert par La SERE pour son intérêt scientifique et son écriture

«  Le Delta D'Aedes » de Benoît Demarle
http://www.terre.tv/indexvod.php?case=1&ref=00764

 

LE COUP DE CŒUR DU PUBLIC

Offert par Patagonia 

Ex æquo

•  RA de Julien Sibre http://www.terre.tv/indexvod.php?case=1&ref=00742
•  Guerre et Paix dans le Potager de Jean Yves Collet (JNE) avec 13 Productions

 

PRIX DU PUBLIC  Label «  Les bons tuyaux »

«  ArchiNature » de Florence Leray (JNE) avec Long Distance et Ushuaia TV Bouygues

 

PRIX DU PUBLIC Label «  Les engagés »

«  Un jour  Un Témoin » de Allain Bougrain Dubourg (JNE) avec Nature Productions et Ushuaia TV http://www.terre.tv/indexvod.php?case=1&ref=00868

 

 

 

 

Les dents de l'amour

Par Estelle Cintas

Sharkwater, les Seigneurs de la mer sort le 9 avril 2008 sur les écrans français. Ce film, entièrement produit et réalisé par un jeune photographe sous-marin, Rob Stewart, 27 ans, tire la sonnette d'alarme concernant la disparition des requins. Embarqué à bord du Sea Sheperd (le berger des mers) Rob Stewart filme des écologistes qui sabordent des bateaux de pêche illégaux, sur les mers internationales.

Le documentaire s'attache à remonter la filière de la pêche au requin au Costa Rica, qui développe depuis plusieurs années un tourisme très écolo… tout en protégeant la mafia locale, écoulant des dizaines de milliers d'ailerons de requins vers l'Asie – où la soupe d'ailerons demeure un met indispensable pour les repas de fête. Au-delà de l'enquête, Sharkwater s'avère un vibrant plaidoyer pour la beauté du squale : dans la plupart des séquences sous-marines, Rob Stewart nage avec sa caméra aux côtés du Grand Blanc (celui des Dents de la Mer ), une centaine de requins-marteaux et même un placide requin baleine. A chaque fois, les animaux, apeurés, fuient à son approche. Il faut du temps à Rob Stewart pour se faire accepter, voire les caresser. «  Le requin est un animal timide, qui n'atteint la maturité sexuelle qu'à l'âge de 25 ans. Les populations mettent du temps à se renouveler. » D'où provient cet amour pour eux, Rob ? «  La première fois que j'en ai vu un , j'étais petit. J'en rêvais. C'était pour moi les animaux les plus cools de la planète. Je nageais au bord d'un récif et je n'en revenais pas. Un être aussi grand, puissant, parfait ? Le requin est tout en haut de la chaîne alimentaire. Il régule les populations de poissons depuis des millions d'années. L'homme n'est sur Terre que depuis 150 000 ans, et il a fait disparaître plus de 90% des requins. » Comme l'explique très bien à l'écran le professeur Boris Worm, de l'université d'Halifax en Nouvelle-Ecosse, l'extinction des requins entraînerait une réaction écologique en chaîne : les poissons dont ils se nourrissent se multiplieront, dévorant le phytoplancton des océans, qui fournit 70% de l'oxygène terrestre ! Donc, si les requins s'éteignent, nous n'aurons tout simplement plus assez d'oxygène. De quoi saborder quelques bateaux, non ? 

 

 

 

Billet d’humeur


Par Jean-François Noblet

Le sac plastique Décathlon accroché par le vent sur un arbre en fleur,
Les emballages Mac Donald dans tous les buissons bordant la moindre aire de stationnement située à moins de 2 km d’un Mac Drive,
Les bouteilles remplies d’urines jetées par les camionneurs au bord des autoroutes,
Les papiers gras déchiquetés en confettis par les broyeuses qui maltraitent les bas-côtés des voiries,
Les chewing-gums qui tapissent les trottoirs,
Les boîtes aux lettres qui débordent de publicités,
L’impossibilité de marcher pieds nus dans une rivière sans craindre un tesson de bouteille, un fil barbelé, une ferraille rouillée ou une bactérie de pollution,
Les voitures qui vous doublent quand vous respectez la vitesse limitée pour cause de pollution,
Les poissons qui changent de sexe à cause des hormones répandues dans les rivières,
Les enfants atteints de cancers,
Les feux de déchets illégaux derrière les usines,
Les panneaux publicitaires en infraction,
Le ciel de plus en plus zébré de trajectoires d’avions,
Les photos de paysages sans fils aériens de plus en plus difficiles à faire,
Les étalages de vente de pesticides dans les jardineries,
L’agriculteur qui laboure le chemin, qui détruit la dernière haie,
Les arbres coupés qui pourrissent au bord d’une piste forestière,
Le bruit des tronçonneuses au début du printemps,
Les gens qui coupent les buissons et les ronces pour faire « propre »,
Les ignares qui se moquent des crapauds,
Les gens qu’on aime et qui fument,
Le chasseur qui tue un éléphant pour son trophée,
Le pilote d’avion de voltige qui gêne 25 000 citoyens pour son plaisir,
L’écureuil réduit à une crêpe sur la route.
Rien de tout ceci n’est normal. Si comme moi cela vous exaspère c’est que vous êtes encore vivants, pas encore tout à fait contaminés. C’est que vous refusez de vivre à l’âge des cavernes. C’est que vous avez encore de l’amour en vous, pour les humains et la nature.
Ne vous habituez jamais à cette lente dégradation que l’on voudrait nous faire avaler à grands coups de mondialisations. Révoltez vous et dénoncez à voix haute, sans violences. Rêvez d’un autre monde, à d’autres priorités. Donnez l’exemple et marchez à contre courant en souriant. Nous ne sommes plus seuls et l’opinion nous rejoindra, irrémédiablement. Il faut juste se presser avant qu’il ne soit trop tard. Rassurez-moi : Combien sommes nous ? Suis-je normal, docteur ?

10/3/2008. Anniversaire des 25 ans de ma fille Mirabelle

 

 

Botanic se lance dans le développement durable

Par Estelle Cintas

Ils se sont donnés trois ans. Trois ans pour réformer complètement leur entreprise et leurs produits. Dans ce « pacte » qu'ils vont engager avec le consommateur, les magasins de jardinerie Botanic ont prévu de tout changer : de jardiner, de produire, de commercer autrement. Leur idée ? Faire entrer le développement durable dans l'ensemble de leur offre publique. Vaste chantier. Depuis leur fournisseur jusqu'aux acheteurs, faire bouger les mentalités. Moins d'emballages, moins de transports, zéro pesticides, multiplier les meubles de jardin en bois certifiés, les pots recyclables en sphaigne et en bois, et aller jusqu'à proposer des décorations de Noël, qui ne seront plus achetées en Asie mais fabriquées par des artisans français. Pour encourager ces changements, Botanic mettra à disposition des acheteurs une bibliothèque, un marché bio et des cafés philo écolos. Ce changement, ils l'avaient initié en janvier 2008, avec un acte fort, retirer de leurs rayons tous les produits phytosanitaires (pesticides) et proposer systématiquement à leurs clients des produits moins dangereux pour le jardinage. Mais un changement de cette ampleur met l'entreprise devant bien des difficultés : comment être sûr à 100% des produits labellisés « commerce équitable » ? Comment responsabiliser les fournisseurs ? « Nous nous engageons dans une grande démarche : devenir la 1 ère chaîne alternative proposant des produits qui protègent l'environnement et la santé humaine. » explique Christine Viron, responsable du développement durable chez Botanic. « Nous ne savons pas encore si notre bilan sera bon, si nous réussirons tous les points de ces engagements, mais nous voulons au moins essayer de changer »…Rendez vous en 2010 donc, pour voir si ces engagements seront tenus. D'ici là…souhaitons leur bon courage.

 

 

AGENDA :

 

Débat à l'Assemblée Nationale, Le 22 avril 2008 de 15 heures à 20 heures

Organisé par FAIR

(Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesse)

Avec le soutien d'Alternatives économiques et de Pierre-Alain Muet, Député, Président de la mission d'information parlementaire sur la mesure des grandes données économiques et sociales et sur les indicateurs alternatifs.

FAIR PLAY

Pour faire face aux crises sociales, environnementales et démocratiques qui menacent, il faut, parmi bien d'autres choses, changer notre regard sur la richesse et sur sa mesure.

Depuis des années, des réseaux de la société civile, des acteurs des territoires et des chercheurs travaillent à une reconsidération de ce qui fait la richesse ou le «bien-être durable » des sociétés, et à leurs instruments de mesures. Ils ont produit et mis en débat des réflexions de fond, mais aussi des indicateurs qui reflètent, mieux que les indicateurs économiques usuels - le Produit Intérieur Brut, la croissance - ce qui compte et ce qu'il faudrait compter pour évaluer le mieux vivre dans le respect des équilibres écologiques. Ils ont proposé et parfois obtenu que ces indicateurs soient mis au service d'une réorientation des politiques publiques et des décisions privées.

Ils défendent l'idée que, sur de telles questions, il faut privilégier des approches qui associent les nécessaires expertises économiques, sociales et écologiques, et les débats directs avec et entre les personnes et populations concernées, la société civile et ses organisations. C'est pourquoi ils ont demandé et obtenu que la commission Stiglitz engage un dialogue avec eux.

Ils se sont regroupés en un réseau de coopération baptisé FAIR, Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesse. On y trouve des chercheurs de plusieurs disciplines, des associations et fondations, des militants associatifs et syndicaux, des représentants des collectivités locales et des membres de plusieurs institutions internationales. FAIR est également lié à des partenaires dans de nombreux pays.

Les personnes souhaitant participer à ce débat public sont invitées à communiquer leur nom (pour pouvoir entrer à l'Assemblée) à anna.grossman@france-libertes.fr / 06 74 29 78 52

 

 

 

Par Christine VIRBEL 

Aux yeux d'un enfant, le salon de l'agriculture est toujours la ferme idéale où l'on croise veaux, vaches, cochons mais aussi taureaux, moutons, chèvres, chevaux, ânes, lapins, poules, poussins et même des rapaces (dont la chouette d'Harry Potter) sans oublier des chiens et des chats ou des furets au museau pointu s'avançant pour quémander une caresse.

C'est aussi un espace de récréation où l'on peut tester ses sens pour obtenir un ballon, manger des pommes au goûter, effectuer un stage cuisine, voir pousser des salades, des courgettes, des fraises dans des pots puis courir vers le stand d'à côté pour participer au tirage au sort d'un kit forêt (où la planter ensuite ?) ou d'un bâton de marche.

Aux yeux d'un adulte, le salon de l'agriculture est tout d'abord une machine gigantesque bien huilée où le meilleur et le plus insolite du monde de l'élevage et de l'agriculture viennent s'exposer et se rencontrer. Ce n'est pas la campagne à Paris, c'est un secteur économique entier, un pan de PIB français qui vient montrer son importance et nous rappelle que chaque Français en est totalement dépendant au quotidien.

La première chose qui m'a frappée, dans le pavillon des animaux, a été la taille des vaches. De mes souvenirs de vacances à la ferme en Normandie dans les années quatre-vingt, j'avais gardé en mémoire un poids standard de 800 kg pour une laitière et d'une tonne, une tonne cent pour un taureau. Au salon, j'ai vu des géantes et des titans pouvant peser jusqu'à 1700 kg ! Bien sûr, les animaux exposés sont les plus beaux spécimens de leur catégorie, mais - comme la population française - en 20 ans, les bovins ont gagné en poids et en centimètres. Faut-il y voir une corrélation ? Cette évolution est le fait de la sélection naturelle, m'a t-on expliqué. Je veux bien le croire d'une manière générale. Mais un sérieux doute m'est apparu devant un stand de bovins de boucherie aux formes étranges : tout en « jambon », aussi bien les pattes avant que celles de derrière, et dotés d'un double fessier où se dessinaient déjà les steaks. Ces animaux, véritables « 2 en 1 » représentatifs de notre société de consommation, faisaient peine à voir tant ils se distinguaient de la forme habituelle d'une vache.

Mais le salon de cette année présentait aussi un aspect moins productiviste et plus en accord avec la biodiversité : des vaches bleues du Nord, avec cinq représentantes, étaient montrées au public à la grande satisfaction des éleveurs ayant sauvé cette race de la disparition pure et simple. D'une population se comptant sur les doigts de la main il y a vingt ans, il en existe 590 exemplaires en France aujourd'hui. Même principe chez les porcins, avec la présence du porc gascon, dont il ne restait plus que 2 verrats en France au moment de la récupération de la race en 1980 mais qui compte 600 truies reproductrices aujourd'hui dans 50 élevages. Enfin, pour la première fois sur le salon, deux jolies chèvres des fossés étaient dévoilées au public, témoins d'un temps où elles arpentaient librement les chemins des campagnes bretonnes et normandes et les désherbaient de la façon la plus naturelle qui soit.

Dans le pavillon des végétaux, le stand des semences certifiées (environ 70 entreprises de sélection sont à la base de toutes les semences autorisées en France) avait organisé un jeu de reconnaissance des plantes pour les enfants et donnait des sachets de graines à planter. Le stand des céréales, très scientifique, offrait dans un coin un spectacle burlesque rappelant aux visiteurs les bienfaits des céréales, leur utilisation dans la fabrication du bioéthanol, de granulés pour le chauffage des maisons, de vêtements, de jouets, de lingettes auto bronzantes ou de gobelets pour le pique-nique. L'un des messages indiquait que les céréales « préservent les campagnes » et créent des paysages « envoûtants ». Mais une image contradictoire de plaines sans limites, sans bosquet pour héberger un peu de vie animale et où s'activent des monstres mécaniques dans une poussière étouffante m'est venue à l'esprit, modifiant ce bel enthousiasme.

Cependant, à plusieurs reprises et sur différents stands, les mots « agriculture raisonnée » ont attiré mon attention. Cette démarche, encore peu connue du grand public, montre que le système intensif a atteint ses limites et que, comme l'a indiqué l'INRA aux JNE lors d'une conférence fin 2007, face à des sols de plus en plus aseptisés voire stériles, une autre méthode de culture est en cours de développement. Celle-ci reprend certains principes de l'agriculture biologique sans renoncer aux traitements chimiques mais en rationalisant leur utilisation. Elle préconise la plantation de haies, l'intégration des exploitations agricoles dans le paysage, la prévention des maladies et l'analyse des sols afin de juger du moment opportun pour arroser les cultures et apporter les engrais nécessaires mais sans plus. Un producteur de pommes m'a expliqué, entre autres, que pour utiliser cette méthode, il avait planté ses pommiers en laissant plus d'espace entre les arbres que dans une exploitation habituelle afin d'éviter une possible contamination entre eux et donc de diminuer les traitements chimiques curatifs. La diminution des traitements signifie aussi un coût en moins pour ce producteur. L'agriculture raisonnée est encore loin du bio, mais une prise de conscience existe bel et bien du côté des producteurs.

En revanche, c'est un peu par hasard que j'ai trouvé le stand de l'agriculture biologique, situé dans le pavillon des assurances et des services pour agriculteurs. Des informations et des dépliants comme le Guide des produits biologiques d'Ile de France, édité avec le soutien de la Région Ile de France, étaient pourtant à disposition du public.

Un dernier tour dans le pavillon des animaux domestiques et de loisirs permettait aux néophytes de faire la différence entre un âne, une mule ou d'un bardot et voir soigner l'oreille de ce dernier avec une bombe pulvérisant un désinfectant bleu fluo à faire pâlir les taggers (mais l'animal ne semblait pas apprécier cette touche de couleur incongrue sur son pelage). Et puis, juste avant de franchir les portes de sortie du salon, j'ai vu trois adolescents acheter un poussin à la va-vite, par caprice, et sans penser aux chances de survie de l'animal mais sans obtenir non plus de conseils de la part du vendeur qui avait déjà fermé son stand. J'ai juste pensé que le poussin serait mort le jour suivant et que les acheteurs auraient pu réfléchir avant d'acheter un tel « souvenir ». Car il faut le reconnaître, l'élevage et l'agriculture sont l'affaire de professionnels nécessitant des connaissances, des moyens et un suivi au quotidien. Mais l'attitude du consommateur détermine aussi les orientations de ces professionnels vers plus ou moins de biodiversité et des pratiques plus ou moins durables.

En faisant le point sur cet après-midi passé au salon de l'agriculture, j'ai surtout retenu qu'à côté des grands stands des acteurs traditionnels, nés des besoins de l'après-guerre, des professionnels ayant misé sur des races du terroir ou sur des méthodes extensives de production réussissaient tout de même à se faire remarquer. Ceci m'a convaincue qu'au final, les produits de qualité réjouissent autant ceux qui les produisent que ceux qui les achètent. Et si l'on fait le lien avec la tension sur les produits agricoles sur le marché international, on peut d'ores et déjà parier sur la réussite de ces producteurs d'un nouveau type, d'abord sur le territoire national mais bientôt aussi à l'international auprès de consommateurs avertis. Une petite graine a germé du côté des producteurs. Gageons qu'elle continuera à se développer dans les années à venir.

Retrouvez Christine Virbel sur son blog :
http://bonnesnouvellesenvironnementales.over-blog.com/

 

 

 

Notre pain quotidien, de Nikolaus Geyrhalter - Enfin en DVD

Par Françoise NOWAK

Ceux qui n'ont pu encore pu voir le film « Notre pain quotidien  » vont être heureux !

Ce documentaire de 2007 sur le monde agro-alimentaire est dorénavant disponible en DVD.

Comme, à sa sortie en salle, il a déjà fait l'objet d'un article consultable sur ce site à l'adresse http://www.jne-asso.org/dossiers_agriculture.htm , nous ne reviendrons pas davantage ici sur les qualités de cette oeuvre, aussi esthétique qu'édifiante , car elle révèle, sans le moindre commentaire, un mode de production et d'élevage où la vie n'est plus que de la matière première .

Pour ceux qui préfèrent Internet aux achats dans les magasins, voici deux adresses où ils pourront faire leur moisson sans se déplacer :
http://www.oneplusone.fr/i_fichedvd.php?film=571
:  et
http://video.fnac.com/a2171561/

Prix (port non inclus)  : 19,90 euros

Contact chez KMBO (distributeur du film) : gregoire@kmbofilms.com

 

 

AGENDA :

 

Les jeudis de la planète océan Conférences grand public – entrée libre et gratuite

27 mars 2008

19h30 – Grand amphithéâtre 

Menace sur l'ours polaire

Rémy MARION, Pôles d'images, communication et édition sur la nature et l'environnement (JNE)

Institut océanographique de Paris
195, rue Saint Jacques 75005 Paris
Tel (33) 1 44 32 10 92 - fax (33) 1 40 51 73 16
Mel : n.darenne@oceano.org web : http://www.oceano.org

 

 

 

Colloque international scientifique et professionnel

17 et 18 avril 2008 - Enita Clermont, Lempdes, France

Parmi les participants, figureront les intervenants suivants :
- Andreas Fliessbach, FiBL (Forschungsinstitut für Biologischen Landbau), Suisse
- Niels Halsberg, DIAS (Danish Institut of Agriculture Science), Danemark
- Paul Hepperly, Rodale Institute, Etats-Unis
- Jorgen Olesen , DIAS (Danish Institut of Agriculture Science), Danemark
- Bernard Seguin, INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), France
- Jean-François Soussana, INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), France
Un colloque coorganisé par Claude Aubert (AsAFI, ancien directeur de Terre Vivante) : aubertcl@wanadoo.fr

Pour en savoir plus : Internet website : www.enitac.fr - www.abiodoc.com

 

 

 

« Produit intérieur doux » présente sa collection de printemps !

Par Françoise Nowak

Du 19 au 29 mars, une série de conférences-débats, projections de films, spectacles vivants, expositions, ateliers pédagogiques, et « portes ouvertes », propose aux Franciliens de mettre collectivement en lumière ce qu'est aujourd'hui la richesse. Des rendez-vous regroupés sous le nom de Produit intérieur doux, et organisés à l'initiative d'un groupe dont cette « mise en lumière » est au coeur des objectifs : le Collectif richesses .

Qu'est ce que la richesse ? Découvrir, échanger et réfléchir de façon ludique sur ce thème, sur ce qui compte vraiment pour l'humanité, tel est le propos de la joyeuse série de rendez-vous proposée du 19 au 29 mars 2008 en Ile de France, sous le nom de Produit intérieur doux (PID), à l'initiative du Collectif richesse . Ce groupe, dont Patrick Viveret est l'interlocuteur de prédilection, veut ainsi inciter la population tout entière à s'emparer de cette question publique, cruciale aujourd'hui pour notre espèce. Si l'on se réfère aux instruments actuels mis en avant par tant « d'experts », tel le produit intérieur brut, pour mesurer ce que recouvre cette dénomination, nous sommes en effet plus « riches », après une catastrophe écologique que nous tentons de réparer, que si cette catastrophe n'avait pas eu lieu ! Laisser aux seuls spécialistes de l'économie le soin de faire évoluer ces outils, alors qu'aucun débat démocratique n'a pu faire émerger le sens à donner aujourd'hui à cette notion si importante, serait donc une erreur potentiellement fatale.

Les manifestations de PID se dérouleront à Mains d'OEuvres , lieu de création artistique et sociale, situé à Saint-Ouen (93) - dans le quartier du Marché aux puces - ou dans des structures en réseau avec Mains d'OEuvres .

Ce cycle printanier s'ouvrira, le 19 mars, avec la première de 8 représentations du « Radeau de la Monnaie », deuxième des spectacles instructifs et ludiques que la Compagnie théâtrale La Tribouille a réalisé à partir des travaux de Patrick Viveret, sous la direction du metteur en scène Philippe Piau. De plus, par trois fois, ces séances seront précédées d'une intervention sur «les dessous des sous», par un acteur du « secteur » monétaire.

Sentir le plaisir

Le PID culminera avec un point d'orgue festif, le 29 mars à Mains d'oeuvres, de midi à minuit, avec notamment un spectacle participatif, principalement pour enfant, sur l'état écologique de notre planète, et des ateliers sur des thèmes aussi divers que l'eau, la culture aborigène, l'usage d'une monnaie alternative et solidaire baptisée « Sol », ou encore des jeux pour tous qui font comprendre l'intérêt, mais aussi sentir le plaisir éprouvé quand on préfère coopérer que rivaliser avec d'autres pour réaliser des projets.

Le cinéma sera également présent ce jour-là, avec des documentaires passionnants, dont « Portrait d'une révolte : Krajcberg ». Ce film sur ce sculpteur, engagé à travers son œuvre-même dans la défense contre la déforestation de l'Amazonie, sera suivi d'un échange avec le réalisateur ou/et le producteur.

Nul doute enfin que le débat animé par Patrick Viveret sur les indicateurs de richesse, à 17h, fera lui aussi venir du monde à Mains d'œuvres , ce dernier samedi de mars. Il réunira en effet Dominique Méda, sociologue, auteure de « Qu'est ce que la richesse », Danielle Mitterand - Fondation France Libertés, Jean Fabre – directeur adjoint du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et Jean Gadrey – Professeur Émérite d'Économie à l'Université de Lille.

Que l'on soit petit ou grand, Voilà matière à nourrir sa curiosité sur ce qu'est la richesse et se réjouir, à ressentir physiquement ce concept, à s'exprimer et sans doute opérer des prises de conscience décisives…

En outre, ce n'est qu'un début : après cette session printanière, il est prévu que PID refleurira en été, en automne et en hiver, notamment autour des Collectifs d'artistes Direction Humaine des Ressources (DHR) et, Tendance Floue , ainsi que de la Biennale de l'Environnement de Seine-Saint-Denis.

De quoi bannir définitivement l'idée la richesse est une notion purement économique !

Pour en savoir plus :
www.produitinterieurdoux.org ou www.mainsdoeuvres.org
Contacts :
Fazette Bordage—06 80 08 19 82
Celina Whitaker—06 88 10 43 37 - blandine@mainsdoeuvres.org

Philosophe et conseiller à la cour des comptes, voir l'interview compte-rendu du petit déjeuner du 20 juin 2007.

 

 

Télépolis : un film tout en symboles sur une télévision-dictature

Par Françoise Nowak

Sur le ton de la fable, et avec une créativité à couper le souffle, Télépolis raconte l'histoire d'une dictature en marche, assise sur le pouvoir de la télévision, et donne les clefs symboliques qui peuvent permettre d'en sortir.

« Ville sans voix an XX ». Le film intitulé la Antena (Télépolis en français) situe la fable qu'il raconte dans une ville imaginaire où personne ne semble plus se soucier du silence, résultat du fait que de nombreuses années auparavant, quelqu'un a dérobé toutes les voix de ses habitants. D'emblée, ce long métrage sur les méfaits hypnotiques d'une télévision aux mains d'un dictateur-du-régime-et-chef-des-programmes tout puissant, Monsieur Télé , embarque le spectateur dans un monde de symboles, avec une créativité époustouflante, et une intuition que l'on saluera à sa juste valeur. Qu'on en juge : « le lendemain même du jour où le gouvernement français a annoncé sa décision d'exclure la diffusion de publicités sur les chaînes publiques, France 2 a perdu 20 % du budget correspondant. Voilà qui amenuise encore les chances de faire aboutir les projets de films dont l'objectif premier n'est pas de faire de l'argent » affirme une productrice indépendante.

Dans Télépolis, il n'est pas de nourriture, intellectuelle ou terrestre, qui ne passe par cette télévision, dont le sigle hélicoïdal tournant endort en permanence tout désir de liberté chez ceux qui la regardent. Outre ses programmes omniprésents, elle distribue en effet chaque jour à la population la seule denrée disponible : un lot de petits gâteaux, revêtus eux aussi du logo fatal. On finira d'ailleurs par découvrir que la matière première de cette pitance est constituée des « mots » que la population ne peut dorénavant plus prononcer.

Ce clin d'œil manifeste au film « Soleil vert  », lui aussi prophétique en son temps, est l'un des nombreux hommages rendu par ce film à d'autres chefs-d'œuvre du 7ème art, qu'il s'agisse du Métropolis de Fritz Lang, du cinéma expressionniste allemand dans sa globalité, ou de l'oeuvre de Luis Bunuel, dont l'œil découpé au rasoir dans « Un chien andalou » (1929) ne saurait quitter la mémoire de ceux qui l'ont regardé.

 

Vivants et émouvants

Il n'y a certainement rien là de gratuit. D'une part, pour le scénariste et réalisateur argentin Esteban Sapir, l'univers dépeint par son film Télépolis est clairement celui d'un fascisme en construction. D'autre part, seuls les 2 personnages protégés physiquement de l'influence de cette télévision sont encore en état de faire entendre leur voix, à savoir un petit garçon qui n'a pas d'yeux -caractéristique dont l'effet visuel est saisissant- et sa mère qui n'a semble-t-il pas même de visage. Ils n'ont cependant que la ressource de mettre ce pouvoir au service du tyran, en ce qui concerne la mère, et de le tenir caché, pour ce qui est de l'enfant, de sorte que ce dernier est totalement isolé du reste du monde.

Si le réalisateur puisse à ces sources cinématographiques, c'est pour mieux inventer : les mots devenus impossibles à dire, dans cet espace en noir et blanc quasi muet, sont néanmoins entendus, parce qu'ils sont écrits et lus sur l'écran. Pas question de banal « sous-titres », cependant : les phrases apparaissent et disparaissent, tels des tableaux vivants et mouvants, avec des tailles de lettres, des formes et des « cadres » variables, faisant de ce film une création plastique à part entière. Ici, les mots suivent « à la trace » les hommes qui les émettent, quand ils bougent. Là, ils s'élèvent vers le ciel, avec le regard de leur « propriétaire ». Là encore, ils servent d'exutoire à Monsieur Télé, qui n'hésite pas à les expulser de l'écran par un violent coup de poing, quand il est en colère.

 

Pur joyau

Là enfin, les lettres peuvent aussi naître des activités d'un personnage, tel ce rond de fumée produit par un cigare, qui vient s'inscrire exactement à l'endroit où, dans un mot, il manque la lettre « O ». Directement inspiré du lettrisme, la démarche du réalisateur est néanmoins contraire à l'évolution qu'a connu ce mouvement : au lieu de rechercher une indépendance maximale entre la musique et l'image, ce créateur les marie avec une dextérité, un rythme et un humour décoiffant, au point qu'on ne sait parfois plus si c'est l'image qui « déclenche » la musique ou l'inverse. Il est sûr, en revanche, que le son est en quelque sorte un personnage du film, et que la partition composée tout exprès par Leo Sujatovitch, est un pur joyau !

De la bande dessinée aux techniques d'animation en passant par les ombres chinoises, Esteban Sapir fait feu de tout bois pour que « la solution finale» en cours d'exécution sous nos yeux reste symbolique, sans jamais quitter poésie et humour : après avoir privé les hommes de leur parole, Monsieur Télé n'a en effet qu'une obsession : anéantir leur pensée, l'essence même des mots ! Dans ces conditions, certains personnages courent la tête en bas, d'autres escaladent des montagnes enneigées faites de papiers froissés recouverts de mots. Ils doivent également aller réparer une antenne de télévision abandonnée, dont les éléments sont des tiges géantes de machines à écrire. De la sorte, cet engin pourra diffuser à tous la voix, jusque là étouffée, qui va les libérer et leur permettre de retrouver la leur.

 

Et tout est réparé

Quelle voix ? Celle de l'enfant sans yeux, bien sûr, qui prononce toujours les mêmes mots : « Maman, est-ce que tu es là, est-ce que tu es là, maman? », des mots dont la douleur n'avait jusque là jamais été comprise…

« Réparer » est certainement le maître mot du film, car sauver la population de Télépolis de l'inhumanité dans laquelle elle est en train de sombrer, en perdant sa pensée, est à ce prix. Une réparation individuelle, dans le domaine amoureux, tout d'abord, pour ce technicien fraîchement licencié par Monsieur Télé, suivie d'un combat courageux pour transformer une arme de destruction en instrument au service de la vie : de la « résistance », en quelque sorte...

De plus, en juste retour des choses, après avoir été « entendu », l'enfant se verra miraculeusement lui aussi doté d'yeux pour voir… « Et tout fut réparé », souligne alors une dernière fois Esteban Sapir, en conclusion du film.

La réalité est certes moins facile à faire évoluer qu'un scénario de fable… mais il reste encore possible de délaisser sa télévision quelques heures pour aller voir Télépolis, et de refuser que Monsieur Télé n'acquière bientôt tous les pouvoirs…

«  Soleil vert » date de 1973. Il raconte l'histoire d'un monde qui a tellement malmené son environnement qu'il n'a plus à se mettre sous la dent qu'une mystérieuse substance, dénommée soleil vert, dont le héros du film finit par découvrir qu'il est fabriqué à partir de cadavre humain recyclé.

 

 

Par Marc Giraud

Le 24 mai prochain, la fiesta va battre son plein un peu partout en France (ça, c'est pour vos agendas, et pour vos délais infernaux). À Paris, le Muséum national d'histoire naturelle organise des sorties sur les plantes sauvages au jardin écologique, une exposition sur la biodiversité avec Noé conservation et un parcours sur les araignées. Et pour la première fois au Muséum, la fête de la nature va aussi se dérouler… dans la nature ! Les naturalistes font encore du terrain et le démontreront bottes aux pieds dans la forêt de Fontainebleau. Ces sorties à Fontainebleau se feront en interaction avec la réserve de la biosphère, reconnue par l'Unesco, et qui fête ses dix ans cette année. Des activités variées seront proposées au public : découvertes des oiseaux, des reptiles, des plantes, des araignées, des minéraux, des insectes fossiles, etc. encadrées par nos plus grands spécialistes nationaux. Cet événement nature est dû au dynamisme de Françoise Serre-Collet, chargée de la diffusion des connaissances au Muséum, et grande amie de notre regretté François Terrasson (tiens tiens). Le dossier de presse sera disponible fin mars début mai.

Renseignement : Vanessa Bismuth (attachée de presse du Muséum), 01 40 79 54 44, Guillaume Couturier (réserve de la biosphère) 01 64 31 11 18, Françoise Serre-Collet ( programme des sorties dans la nature) , 01 40 79 53 62, serrecollet@mnhn.fr

 

AGENDA :

 

Et si tout le monde devenait un observateur du changement ?

La rédaction des 4 Saisons du jardin bio vous convie à une conférence de presse jeudi 6 mars à 11 h au Press Club de France, suivie d'un apéritif

Press Club de France, Salon Hemingway
8, rue Jean Goujon (8ème)
Métro Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées-Clémenceau

Avancée des dates de floraison, dépérissement de certains arbres…

les impacts du réchauffement climatique sont déjà nombreux. Délaissée depuis les années 50, la phénologie, cette science qui étudie les cycles de la nature en relation avec les saisons, intéresse de nouveau les scientifiques… et les jardiniers!

La rédaction des 4 Saisons du jardin bio a enquêté auprès de ses lecteurs pour savoir ce qu'ils avaient constaté. Elle s'associe aux programmes Observatoire des Saisons (CNRS) et Phénoclim (Crea), pour inciter les jardiniers à devenir, à leur tour, des observateurs privilégiés du changement climatique, sur le modèle du programme anglais Nature's Calendar, qui rassemble 50 000 personnes !

_ Marie Arnould, rédactrice en chef du magazine

_ Isabelle Chuine, chargée de recherche au CNRS

_ Gwladys Mathieu, responsable du programme Phénoclim' au Crea

_ Jean-Paul Thorez, jardinier amateur et observateur depuis 25 ans

vous présenteront le fruit de leurs recherches et répondront à vos questions

Contact presse :
Christine Corbet – Tel. 04 76 34 80 87 – christine.corbet@terrevivante.org

Merci de nous informer de votre venue (ou non) avant le vendredi 29 février

- Salon Vivre autrement, du 13 au 16 mars au Parc floral à Paris.

400 exposants, producteurs et créateurs inspirés, respectueux de la nature et des hommes, vous invitent à découvrir des produits écologiques et sains dans tous les domaines du quotidien : la gastronomie et les vins, la beauté et la mode, la santé et la forme, la maison et le jardin, le tourisme...Pour en savoir plus : www.salon-vivreautrement.com ou 01 45 56 09 09.

Service de presse :
Christel Leca : christel@leca.fr

- La biodiversité en ville.

Conférence le 18 mars de Marc Ambroise-Rendu (JNE), ancien journaliste au Monde, auteur de Des cancres à l'Elysée, 5 présidents devant la cris écologique. Centre d'animation 24 rue Daviel 75013 Paris. Entrée libre et gratuite. Réservation indispensable au 01 45 89 05 99.

 

 

PETITE ANNONCE :

 

Recherche de correspondant-es, stagiaire-s, auteur-es & illustrations :

Les éditions le P'tit gavroche cherchent des correspondant-es, mais aussi des stagiaire-s, et des auteur-es, carnets de voyages, photos, illustrations, idées de reportages, pour préparer ses prochains guides alternatifs thématiques (guide Fête-le vous même ! , guide des éditions et librairies indépendantes, guide des artistes engagé-es...), ou régionaux , notamment le Guide des alternatives en Bretagne, à Paris, mais aussi en Limousin, en Provence, Isère-Drôme-Ardèche, Normandie, Franche-Comté, Poitou-Charentes, Aquitaine, etc... Un Guide des alternatives en Europe est également en préparation : vos réseaux nationaux, contacts et médias alternatifs dans l'un des 40 pays de l'Europe sont les bienvenus, ainsi que votre aide à la traduction de certaines pages (en espéranto, italien, espagnol, anglais...). En outre, les meilleures contributions reçues recevront des guides gratuits au choix parmi notre catalogue.

Pour en savoir plus, contactez Esteban au 04 72 00 92 98 (en semaine de 09 à 19h), ou écrivez à : éditions le P'tit gavroche, 19 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon, courriel : ptitgavroche@gmail.com , et site avec catalogue complet à découvrir sur www.guidaltern.org .

 

Elève actuellement en école d'ingénieur en agriculture

à Angers (ESA), en 2 ème année, cherche à effectuer un stage d'une durée de trois mois, dans une entreprise, entre début juillet et fin octobre. Son objectif ? Approfondir la technique d'extraction des huiles essentielles et des molécules médicinales des plantes.

Contact : Charlène Buridant, 06 73 15 26 86, charlene.buridant@aliceadsl.fr

 

 

 

Rencontre avec Marion Guillou, présidente de l'Inra, Grenelle et après ?

par Marie Hellouin

Les JNE ont inauguré l'année par une rencontre inédite avec Marion Guillou, présidente de l'Inra, dans ses bureaux de la rue de l'Université à Paris, le 11 janvier 2008. Cette première était motivée par le Grenelle de l'environnement où l'Inra avait représenté l'Etat au sein du groupe IV ( modes de production et consommation durables) et de l'intergroupe OGM. En conclusion, les agriculteurs s'étaient déclarés prêts à adopter des méthodes d'agriculture durable, sans pesticides (ni OGM), à condition que les scientifiques leur proposent des solutions alternatives qui ne les mettent pas « sur la paille ». L'Inra pouvait-il répondre à cette attente ? L'Institut se sentait-il libre de résister aux pressions des lobbies ? telles ont été les questions qui ont lancé un entretien très dense, d'une durée de trois heures, ce qui explique l'épaisseur du compte-rendu.

Marion Guillou a d'abord précisé que le processus de Grenelle, loin d'être refermé serait un moteur d'action pour les futures orientations de l'INRA. Puis elle a rapidement tracé les événements qui ont bouleversé les priorités de la recherche agronomique dans la dernière décennie, et surtout dans les 5 dernières années : émergence des populations d'Asie, changements globaux dont le climat n'est qu'un des aspects, crise de l'énergie, mondialisation de l'information, des capitaux et des échanges, processus d'urbanisation qui concentre dès cette année 50% des populations dans les villes. Par ailleurs, la demande alimentaire s'uniformise sur le modèle occidental. La consommation de viande croît à une vitesse inégalée. La recherche et les terres sont maintenant sollicitées pour couvrir des besoins non alimentaires. Il s'en suit une tension sur les ressources qui bouleverse les données écologiques et socio économiques de la planète. Créé en 1946 pour garantir l'autosuffisance alimentaire de la France par l'agriculture industrielle, l'Inra n'a commencé à intégrer l'environnement dans ses finalités que dans les années 1990. En 2002, Marion Guillou, alors directrice générale, commandait le rapport : Le développement durable et la recherche scientifique à l'INRA (en ligne sur le portail). En 2005, les programmes de recherche étaient revisités à la lumière de ce nouveau paradigme. Les 4000 chercheurs sont désormais répartis en 6 axes stratégiques : environnement et espace rural, alimentation humaine, produits agricoles (alimentaires et non alimentaires), connaissance du vivant, systèmes agricoles innovants et durables, stratégie et organisation des acteurs/politiques publiques (voir les détails en ligne). Parallèlement, l'Inra a mis sur pied une mission changement climatique et lancé l'expérience pilote CAP environnement (Concertation en Amont des Programmes sur l'Environnement) pour formaliser une méthode associant les chercheurs à une grande diversité d'acteurs sociétaux dans la programmation des recherches. L'Inra compte 78% de biologistes au sens large et s'adjoint des compétences internes et externes dans les domaines connexes en développant une intense politique de partenariat. C'est ainsi qu'il pilote des Observatoires de Recherche en Environnement avec l'Institut des Sciences de l'Univers. Ceux-ci évaluent les processus lents comme la migration des métaux lourds dans les sols.

En conclusion, Marion Guillou a confirmé que les nouvelles orientations de l'Inra sont parfaitement en phase avec les attentes du Grenelle mais elle a souligné que la recherche repose sur la pratique du doute et le temps long, en décalage avec la demande sociétale. La réponse aux nouveaux

problèmes, l'évaluation d'une innovation exige de collecter des données sur une durée significative.

Les premières questions ont porté sur le processus d'expertise à l'Inra . Parmi les exemples, comment expliquer la mise sur le marché d'un nouvel insecticide systémique potentiellement dangereux pour les abeilles, contre l'avis du Pr. Luc Belzunces, écotoxicologue de l'Inra ? La présidente a d'abord précisé qu'en matière de pesticides, l'Institut ne crée pas de molécules, ses recherches portant en priorité sur la lutte biologique et l'amélioration des plantes. Les chercheurs sont libres de donner une expertise individuelle dans leur spécialité sans engager la responsabilité de l'Inra. Pour sa part, l'Institut ne délivre qu'une expertise « collective, pluridisciplinaire, transparente et contradictoire ». Dans ce cadre « nous voulons conserver le temps et le doute » a réaffirmé Marion Guillou. La décision relève des politiques publiques comme on l'a vu pour les OGM.

Concernant l'agriculture biologique (ou biodynamique), toujours marginalisées en France, elle occupe à l'Inra une place significative dans la recherche d'une agronomie de haute valeur environnementale au côté d'autres pistes comme l'agriculture sans labour ou l'étude du fonctionnement des sols. Les nouvelles technologies vont en effet permettre de réduire significativement les intrants grâce à la valorisation du « métagénome des sols ». En réalité, selon la présidente, la recherche publique se situe désormais dans la problématique de Grenelle : en agronomie comme en médecine, il s'agit moins de lutter contre des symptômes que d'adopter des approches intégrées pour développer des systèmes durables, adaptés à un environnement spécifique. Pour répandre cette démarche, l'Inra a lancé en 2007 les Carrefours de l'innovation agronomique (Ciag). Le premier porte sur la protection intégrée en arboriculture et en viticulture. A suivre, les cultures légumières et les grandes cultures. Les innovations proposées par l'Inra sont relayées par les 12000 conseillers techniques des chambres d'agriculture mais l'Institut tente d'établir un contact interactif avec l'agriculteur, sachant que le succès d'une expérimentation dépend de l'intérêt directe qu'il en retire.

La mission sur les changements climatiques porte sur les émissions et le stockage des gaz à effet de serre en milieu rural mais aussi sur l'adaptation aux changements en cours. Par exemple, une incertitude de 1 à 4 plane sur le bilan de l'azote d'origine agricole, un gaz à effet de serre 275 fois plus puissant que le CO2 ! Si l'évaluation haute était avérée, l'agriculture serait alors responsable de 76% des émissions contrairement aux 18% actuellement pris en compte. A l'opposé, l'élevage extensif des ruminants au pré, mis en cause par la FAO dans les émissions de méthane, a finalement révélé un bilan parfaitement neutre. Dans le domaine de l'adaptation, le renouvellement des forêts reste LE défi majeur. On peut changer de culture d'une saison à l'autre mais quelle variété planter à l'aune de la vie d'un chêne ? Deux chercheurs de l'Inra participent au GIEC. Par ailleurs, l'Institut collabore avec le Pr. E. Le Roy Ladurie, historien des climats, pour évaluer les effets potentiels des changements à venir.

Au chapitre controversé des agrocarburants imposés par l'Union Européenne, il faut distinguer la première génération que nous connaissons des générations à suivre, encore au stade de la recherche et de l'expérimentation. L'Ademe travaille à l'unification des méthodes de calcul du bilan GES afin que pro et anti comparent ce qui est comparable au niveau européen. L'Inra se penche sur les générations suivantes qui utiliseront les plantes entières et les déchets forestiers, portant la capacité de production à 5 TEP/ha. En amont, l'Institut teste différentes plantes rustiques entièrement utilisables et peu exigeantes en intrants. En aval, les recherches se concentrent sur les processus biologiques de dégradation de la lignine pour libérer les sucres de cellulose transformables en carburant. Des termites au rhinoceros en passant par les champignons, différents enzimes sont au banc d'essai dans les familles dévoreuses de bois. Un pilote est à l'étude dans l'est de la France. Un autre fonctionne à Marseille. Le passage au stade industriel est encore indéterminé à l'horizon de la prochaine décennie.

La question qui fâche le plus n'est venue qu'en dernier. Il s'agit bien entendu des biotechnologies végétales et de leur composante OGM . En ce domaine, la politique de l'Inra répond à la nécessité « de maintenir en France une politique publique qui en permette un développement maîtrisé et diversifié en privilégiant des cibles d'intérêt public  ». Traduction : actuellement, l'Inra mène 2 essais d'OGM en plein champs dans les secteurs de l'alimentation et des agrocarburants. A Colmar, il s'agit d'un porte greffe génétiquement modifié pour protéger la vigne d'une maladie virale incurable (le raisin et le vin ne sont pas consommés), à Orléans, un peuplier a été modifié pour réduire la production de lignine et faciliter l'accès à la cellulose. Les essais sont conduits et évalués par étape sur une base transdisciplinaire, en étroite collaboration avec les acteurs locaux. Ces sites sont ouverts aux JNE. L'Inra s'interdit de produire des OGM d'intérêt purement commercial comme ceux contenant des gènes insecticides ou de résistance à un herbicide. Ses programmes en surveillent cependant les effets sur l'environnement et la santé.

Quant au brevet sur le vivant (adopté par l'Europe et transcrite en droit français dans des conditions particulièrement opaques), Marion Guillou a déclaré sans ambages que l'Inra militait contre . L'Institut dépose des brevets sur des technologies mais s'interdit de breveter des gènes. Il préfère le Certificat d'obtention végétale qui protége l'innovation tout en mutualisant le matériel génétique. L'Inra emploie plus de 80 personnes au maintien des collections de ressources génétiques qu'elle n'a pas encore pu caractériser. Cette tâche fait partie des priorités en cette période de changements globaux où l'homme dépendra de plus en plus de la diversité du vivant .

A la question opposant « valeurs de la science et valeurs de la société » mettant en cause le plan d'investissement de l'Etat (45 millions d'euros annoncés) sur des technologies OGM massivement refusées par la société, Marion Guillou, jusque là sereine, s'est brusquement animée. «En tant qu'organisme de recherche publique, l'Inra a une responsabilité à long terme. Le changement climatique est en cours, nous en avons les preuves. Avec la mondialisation des échanges, la dissémination des parasites a été multipliée par 100. Par les méthodes de sélection classiques, la création d'une variété pérenne prend au minimum 20 ans ». Pour la présidente, qu'il s'agisse d'alimentation, de chimie verte ou de production de carburants, l'adaptation implique la connaissance du vivant par les biotechnologies. « En laboratoire, les biologistes passent leur temps à modifier les génomes pour en observer les effets et établir des marqueurs ». Du gène aux approches intégrées « Il n'y aura pas de panacée unique pour une agriculture durable, mais des solutions diversifiées, plus complexes que par le passé, et adaptées à des situations locales » a conclu la présidente de l'Inra.

Clin d'œil de l'histoire, à l'heure où nous attaquions le café croissant, José Bové, toujours en grève de la faim, commençait à rêver au bouillon de légumes qu'il allait déguster le soir même : quelques heures plus tard, sur avis des experts de la Haute autorité, dont des chercheurs de l'Inra, la France décidait d'activer la clause de sauvegarde sur la culture du maïs OGM MON 810.

La présidente a éludé la question des lobbies mais sa présentation pourrait laisser entendre que c'est plus au niveau de la décision politique que les pressions s'exercent.

 

Agenda

Colloque Guerre et environnement le 6 mars au Sénat

à l'initiative de Marie-Christine Blandin, sénatrice Verte et du WWF, avec la participation de Bernard Kouchner.

Contact presse : Basile Gueorguievsky WWF - 01 55 25 84 72 -

 

 

Réflexions sur la grève de la faim de José Bové et des militants anti-OGM Grève de la faim, pourquoi choisir ce moyen de lutte ?

Par Jean-Claude Noyé

Chers confères,

Je vous livre ici essentiellement des éléments tirés de mon "Grand livre du jeûne" (Albin Michel). Vous avez là de quoi faire votre miel. Bonne année à toutes celles et tous ceux que je n'ai pas encore salués depuis que nous sommes en 2008 ! A bientôt. Jean-Claude Noyé

 

Le contexte

La grève de la faim de José Bové commencée jeudi 3 janvier rue de la Banque (Paris 2e) pour obtenir l'activation par la France de la clause de sauvegarde sur le maïs OGM, parce que le gouvernement n'a pas «tenu sa parole» concernant la mise en place d'un moratoire sur les cultures de maïs OGM. Outre ces 15 grévistes à Paris (dont Jean-Baptiste Libouban, de la communauté non-violente de l'Arche de Lanza del Vasto et fondateur du collectif des Faucheurs volontaires d'OGM), «d'autres personnes se sont engagées à observer des grèves de la faim tournantes sur des périodes courtes en province», a précisé José Bové. Dans les colonnes de Libé , (du3/01/08) il explique qu'il jeûne à l'eau et que ses amis et lui se sont préparés en supprimant au fur et à mesure la viande, le fromage, les oeufs et l'alcool. Propos d'un jeûneur expérimenté. De fait, Bové a déjà fait des grèves de la faim en 1973 pour soutenir les paysans du Larzac et en 1989 pour défendre les éleveurs d'ovins. Toujours dans Libé , il fait valoir :"On ne fait pas une grève de la faim pour faire pression sur le parlement. Il faut respecter le débat démocratique". Cela pour expliquer que son combat s'applique à la clause de sauvegarde et non au projet de loi sur les OGM présenté le 15 janvier au Sénat. Cette idée de pression, sur l'opinion et donc sur les politiques via les relais médiatiques, est bien sûr centrale.

Prévalence des grèves de la faim 

Il n'y pas de mois qu'on n'en parle. On se souvient du jeûne protestataire de 39 jours dans les couloirs de l'Assemblée Nationale de Jean Lassalle, député UDF du Béarn, au printemps 2006, pour que la dernière usine de sa vallée ne soit pas délocalisée, préservant du coup 150 emplois. Victoire obtenue après une hospitalisation d'urgence. Tous les grévistes de la faim, loin s'en faut, n'ont pas eu gain de cause. Ainsi de la dizaine d'Africains sans papiers expulsés manu militari le 23 août 1996 par des CRS de l'église Saint Bernard (18 e arrdt de Paris) où ils avaient pris refuge en compagnie de dizaines d'autres personnes sans papiers. Ainsi de Bobby Sands, militant nationaliste de l'Irlande du Nord, mort le 5 mai 1981 après une grève de la faim visant à obtenir un statut de prisonniers politiques pour les membres de l'Ira emprisonnés. Neuf d'entre eux mourront également dans les semaines suivantes. Gandhi a lui aussi cherché à obtenir gain de cause, pour l'indépendance du peuple indien ou pour mettre fin aux violences intercommunautaires, en s'abstenant de nourriture pendant un temps indéterminé.

Grêve de la faim et non-violence

Bové ne cache pas son admiration pour Jacques Ellul, le théologien protestant, auteur de "Anarchisme et christianisme" ou de "La raison d'être : méditation sur l'Ecclésiaste" doublé d'un écologiste de la première heure, auteur de "Le système technicien". On sait moins qu'il admire aussi Gandhi. Bové a par ailleurs des liens d'estime (d'amitié ?) avec Jean-Baptiste Libouban et le franciscain Alain Richard, tous deux militants non-violents convaincus et grévistes de la faim expérimentés. De là à considérer que Bové est l'un des adeptes de la non-violence...??? Ce qui est sûr, par contre, c'est que ces derniers font de la grève de la faim un moyen d'action privilégié. De même qu'ils font du concept de désobéissance civile une notion centrale.

La faiblesse pour confondre la force

L'hebdomadaire Réforme, dans un article intitulé "La faiblesse pour confondre la force" a rapporté les propos de trois figures de l'écologie militante qui ont cessé en 2004 de s'alimenter pendant plus d'un mois pour protester contre la relance du programme électro-nucléaire de la France. « Nous offrons notre faiblesse », explique l'un d'eux, Michel Bernard, animateur des revues écologistes Silence et La Décroissance , basées à Lyon. Et de confier : «Je ne suis pas croyant, mais j'ai été interpellé par le jeûne qu'avaient entamé le père Christian Delorme (lui aussi admirateur de Gandhi et militant non-violent) et le pasteur Jean Costil en 1981 à Lyon contre la sanction de la double peine à l'encontre des immigrés. (…) Cette action interpelle les gens dans leur spiritualité, cherchant à les toucher de l'intérieur. Cette dimension spirituelle-là, je la fais mienne ».

Grève de la faim, jeûne politique, jeûne spirituel ?

Jeûneur emblématique, Gandhi n'a jamais employé l'expression "grève de la faim" car il ne faisait pas la distinction entre la dimension spirituelle et la dimension politique de ses jeûnes. A sa suite, nombre de militants de la non-violence ne font pas nettement la coupure entre le jeûne, comme moyen de se purifier l'âme et le corps, comme instrument de conversion intérieure, et la grève de la faim comme instrument politique de dernier recours pour se faire entendre, comme moyen de réparer l'injustice. Certains d'entre nous ont connu Solange Fernex (1934 - 2006). Cette Alsacienne n'a cessé de défendre la vie sous toutes ses formes. D'une foi profonde, elle ne dissociait nullement sa vie spirituelle de son engagement militant intense. Elle fut tout à la fois pacifiste, féministe, tiers-mondiste, anti-nucélaire convaincue, membre actif du parti des Verts. Elle découvrit à 20 ans l'œuvre de Gandhi et comprit dès lors qu'on ne peut séparer la fin et les moyens. Au détour des années 70, elle s'initia aux techniques de l'action non-violente et de la désobéissance civile. Quitte