Phoques de Saimaa : le nouveau combat de Franz Weber
Par Danièle Boone

Les phoques de Saimaa, une espèce qui ne vit plus que dans les eaux du lac finlandais éponyme, se reconnaissent à leur fourrure marbrée. En 1980, ils n’étaient plus que 150. Grâce aux mesures de protection, leur nombre est remonté jusqu’à 280 mais avec ces deux derniers hivers, trop chauds, la population est à nouveau à la baisse. En effet, l’unique petit naît en février dans une grotte de neige aménagée par sa mère. Sans cette protection, il devient plus vulnérable. Aujourd’hui, il ne reste que 260 individus à s’ébattre sur les quelques 4 400 km2 d’eau du lac de Saïmaa. Franz Weber vient de s’engager personnellement pour tenter de sauver cette espèce inscrite sur la liste rouge de l’UICN.
Cet ancien journaliste (voir portrait ci-dessous) utilise cette fois encore, une de ses armes de choc : la communication. Il vient d’inviter sur place une bonne vingtaine de journalistes européens. Il en a profité pour annoncer son intention d’acheter l’une des 13 000 îles du lac Saïmaa afin d’élargir le périmètre de protection totale jusqu’ici réduite aux deux parcs nationaux, territoire somme toute minuscule. Une petite île mais un immense symbole qu’il compte brandir comme un étendard à travers le monde. Non content de sensibiliser le public le plus large à la cause des phoques, Franz Weber revendique la nécessité de sauver aussi un paysage unique, « un chef d’œuvre du patrimoine européen », menacé par des projets immobiliers et la mise en pâture touristique. Une façon habile de sensibiliser et compter parmi ses troupes ceux qui ne sont pas forcément acquis à la seule cause animale.
De fait, le principal danger qui menace les phoques reste toujours les filets posés par les pêcheurs amateurs du lac Saïmaa. En effet, lorsque les jeunes, à peine sevrés doivent se nourrir, nombre d’entre eux, tentés par une manne facile d’accès, tombent dans le piège. Les mailles de nylon étant incassables, ils ne parviennent plus à se libérer. La seule solution trouvée par l’état finlandais est de verser une indemnité conséquente aux propriétaires du lac qui acceptent de renoncer à cette pêche traditionnelle d’avril à juin, la période sensible. En effet, selon la législation finlandaise, le lac appartient aux riverains et leur droit de propriété les autorise à faire ce qu’ils veulent chez eux ! Il faut donc les convaincre. Certains refusent toute négociation, d’autres touchent l’indemnité mais ne jouent pas le jeu. Heli Järvinen, une députée verte de la région, s’est battue pour faire voter une loi punissant sévèrement les contrevenants. La visibilité internationale espérée avec le soutient de la fondation Franz Weber devrait aider les défenseurs de la nature finlandaise à faire évoluer les mentalités locales. Une urgence absolue pour pouvoir faire face en plus à la nouvelle menace du réchauffement climatique à l’origine de la reprise du déclin de la population des phoques annelés. Car, pour espérer voir perdurer l’espèce, il faudrait la population des phoques d’eau douce de Saïma atteigne 4 à 500 individus.

Franz Weber, le poète écolo
Par Marie-Sophie Bazin
« Il faut croire en l’Humanité ». À 83 ans, Franz Weber n’a perdu ni la candeur ni l’optimisme qui l’ont animé toute sa vie. Élégamment et inébranlablement, ce grand enfant de Suisse poursuit d’un pas ferme le chemin qu’il se fixait il y a tant d’années : protéger la nature, sa féerie, ses richesses en réveillant la part d’innocence, d’humilité et de sagesse tapie au fond de chacun de nous.
Une triste jeunesse dans un orphelinat de Bâle après la mort prématurée de sa mère, la haine du régime nazi grondant à la frontière toute proche, auraient pu étouffer sa flamme dès le plus jeune âge. Mais voilà ! Tandis que des tanks prêts à riposter à la menace allemande martelaient les rues de sa ville natale, le petit Franz cavalait en forêt, jouait avec les animaux rencontrés, puisant déjà dans la nature force et réconfort pour faire face aux épreuves et imaginer un monde meilleur. « J’étais émerveillé par la beauté, c’était mon échappatoire. Régulièrement, je me rendais aussi à la gare centrale pour demander aux conducteurs de trains de me décrire les paysages qu’ils avaient vus. Et je rêvais. »
Cette même soif d’idéal le conduit en 1949 à abandonner le projet de carrière d’homme d’affaires à laquelle sa formation paraissait le destiner. Attiré par l’écriture, il songe à s’installer dans la ville intellectuelle de Munich. Mais la proximité du camp de concentration de Dachau l’en détourne. Admirant les Alliés, il choisit plutôt de se rendre à Pais avec le désir de s’épanouir à travers le journalisme et la poésie, « cette porte vers l’absolu ». Aspirations réalisées. Durant 25 ans, ce passionné d’art, de musique et de littérature rédige des contes, raconte la vie de la capitale française dans des journaux allemands et suisses, fonde la revue « la voix des poètes » avec Simone Chevallier, côtoie une pléiade de grands : Paul Fort, Jules Supervielle, Georges Duhamel, Jean Cocteau, François Mauriac, Roland Dorgelès, Pierre Mac Orlan, Francis Carco, Eugène Ionesco, Charles Vildrac, Daniel-Rops, Jean Anouilh, Pierre Emmanuel mais aussi Maurice Chevalier, Michèle Morgan, Salvador Dali, Jean Gabin, Pablo Picasso, Farah Diba, Jacques Brel, Jane Fonda, Charles Aznavour…
Son intérêt pour la culture n’exclut pas pour autant son amour de la nature. Au contraire ! En un temps où la défense de l’environnement est encore balbutiante, lui, en a déjà compris les enjeux et se mobilise. Lorsqu’il apprend en 1965 que le magnifique site de la Haute Engadine, chanté par Nietzsche, est menacé par des promoteurs immobiliers milanais, il signe dans Genossenschaft, le plus important hebdomadaire suisse de l’époque, un reportage proprement explosif, puis se lance dans une campagne internationale visant à démanteler le projet. Ses efforts payent : le gouvernement cantonal des Grisons finit par édicter une mesure de protection des lacs engadinois.
Ainsi encouragé et appelé au secours des quatre coins de l’Europe puis du globe, il réitère, devenant l’empêcheur de tourner en rond. 1971 le voit intervenir dans les Alpilles pour empêcher les industriels de défigurer les Baux de Provence. En 1972, il part en croisade pour sauver du bétonnage le vignoble de Lavaux, en Suisse, et la ville d’Asolo, en Italie. En 1973, c’est la guerre contre une autoroute risquant de traverser les jardins de Lausanne-Ouchy… En 1974, débordé par son engagement écologique, il renonce au journalisme « normal » pour un journalisme « appliqué ». Il quitte Paris, s’établit à Montreux et crée l’année suivante, la « Fondation Franz Weber » dans laquelle il mettra son cœur, son âme et tous ses deniers.
Dès lors, on le verra combattre sur tous les fronts : contre la chasse aux bébés phoques au Canada, la vivisection, le massacre héliporté de chevaux sauvages en Australie, aussi bien que pour la sauvegarde du site de Delphes, des rives du Lac Léman, des forêts sénégalaises, des éléphants togolais… Il est aussi à l’origine de la création à Genève de la Cour Internationale de Justice des Droits de l’Animal et, avec Denis de Rougemont, des Nations Unies des Animaux (United Animal Nations). Quelques actions parmi tant d’autres… Plus d’une centaine de campagnes à son actif, quasiment toutes couronnées de succès. Car Franz Weber a deux secrets : il sait les rouages de la presse et donc parler aux journalistes et, surtout, son charisme et sa sincérité ne peuvent que toucher ses interlocuteurs. Intègre dans sa démarche, il a pu entraîner l’adhésion de l’opinion publique et des dirigeants internationaux. Sa fondation compte aujourd’hui plus de 230 000 adhérents.
Évidemment, il ne s’est pas fait que des amis… Si aller à l’encontre d’intérêts financiers où des milliards sont en jeu était chose aisée, ça se saurait. Mais ni les diffamations, ni les aspersions de purin, ni les effractions de son domicile, ni les arrestations abusives, ni les menaces de mort de la mafia n’ont eu raison de sa ténacité. « Cela n’a fait que me renforcer ».
Aujourd’hui donc, plus résolu que jamais, Franz continue de marcher. Avec sa femme et sa fille Véra, prête à reprendre le flambeau, à ses côtés. Défenseur acharné de la nature, il a su garder la sienne intacte. C’est toujours la fleur au fusil qu’il se bat. Guerrier de la paix convaincu que « malgré les horreurs du monde et l’imbécilité des hommes, la beauté et la bonté l’emporteront sur le mal ». Et prophète d’annoncer : « Le prochain siècle sera celui de la lumière. La science est en train de se spiritualiser et, grâce à ces études, nous trouverons un jour les clés de la vie, du respect de nos semblables et des autres créatures. Cela favorisera de nouvelles prises de conscience. L’Humanité se libérera alors de ses entraves, se réconciliera avec elle-même et avec la nature. Vous allez voir… ».
Verrons-nous ? Que l’on ait foi ou non dans la providence, rien ne se fera sans nous. Le parcours exemplaire de Franz Weber en est témoin.
Plus d’infos sur : www.ffw.ch/
A lire :
- Des montagnes à soulever, Autobiographie. Ed. Jean-Jacques Pauvert, 1976
- Franz Weber. L’homme aux victoires de l’impossible, biographie par René Langel. Ed. Pierre Marcel Favre, Lausanne, 2009
- Entre chien et loup, 28 contes entre rêve et réalité. Ed. Xenia, 2010
Les nouveaux militants verts US
par Hélène Crié
Les écolos américains sont dans les choux. Comme partout, les climatosceptiques gagnent du terrain, et les grandes associations environnementales sont devenues trop professionnelles, trop loin du peuple. Mais un nouveau type de militant « grassroot » est en train de naître.
Ce n’est pas moi qui fait ce constat, mais une revue bimestrielle respectée, E-The Environmental Magazine, sous la plume de Christine McDonald, auteure du livre décapant Green, Inc., dans lequel elle décortique les liens entre les puissantes fondations vertes et l’industrie. L’article est optimiste :
« En dépit d’un contexte déprimant – 57 % des Américains croient à la réalité des changements climatiques, contre 71 % il y a deux ans - , on assiste à une montée populaire de la militance écologiste. Les actions deviennent très locales, très radicales, en rupture avec les stratégies policées des habituels lobbystes verts. »
Après avoir côtoyé de près les défenseurs français de l’environnement, globalement assez pauvres et, à quelques exceptions près, amateurs, j’avais eu un sacré choc en découvrant il y a dix ans le monde des écolos américains.
Des groupes de base et des bénévoles, certes, mais surtout une grande armée d’avocats, de scientifiques, de « fundraisers » (leveurs de fond, ici c’est un métier qui s’enseigne à l’université), voire d’animateurs professionnels affectés sur place le temps d’une campagne importante.
Au cours de l’année écoulée, j’ai pu mesurer la puissance de feu de ces professionnels de l’environnement, comme je l’ai raconté lors des débats préliminaires de la loi énergie-climat. (Ici sur le lobbying à destination des élus, là sur la manière d’associer les syndicats ouvriers aux actions des écolos.) Leur efficacité est impressionnante.
Evidemment, cette belle machine bien huilée devait forcément gripper un jour ou l’autre. Ça a commencé à grincer en juillet dernier quand les désaccords stratégiques entre « verts radicaux » et « écolos mous » ont débordé publiquement.
Le fossé s’élargit. Les « nouveaux » militants de terrain en ont ras le bol de s’entendre dire par les éco-professionnels qu’ils doivent composer avec le système en place pour gagner des batailles.
« Il faut oser se glisser soi-même dans les rouages de la machine qui menace notre survie. Quand on se sacrifie personnellement pour une cause, on donne l’exemple, et ainsi on est plus crédible. »
Tim DeChristopher parle d’une manière vaguement christique très américaine. Ce jeune homme, étudiant en économie, a sauvé des milliers d’hectares de terres en Utah des forages de pétrole et de gaz. Pour cela, il risque 10 ans de prison.
En décembre 2008, juste à la fin de l’ère Bush, l’Etat avait mis aux enchères le droit à forer du gaz et du pétrole sur 45 000 hectares de terre fédérales. Ces terres bordent le Dinausaur National Monument et les deux parcs nationaux des Arches et des Canyonlands.
DeChristopher a enchéri et acquis 14 parcelles représentant 9 000 hectares, avant que les organisateurs ne se rendent compte de sa manœuvre et n’interrompent les enchères. Ensuite, les groupes écolos locaux ont lancé des procédures pour irrégularité, ce qui a fichu une belle pagaille juridique.
L’administration Obama a mis un terme à cette grande braderie de biens publics, mais le jeune homme est sous le coup d’une procédure où il risque 10 ans de taule et 750 000 dollars d’amende.
Julia Bonds est une grand-mère des Appalaches, qui se bat localement depuis des années contre l’arasement des montagnes par les compagnies minières. Elle a reçu en 2003 le prestigieux Goldman Environmental Prize, mais en contrepartie elle subit régulièrement des menaces de mort et elle s’est faite agresser physiquement :
« Certains d’entre nous doivent aller personnellement au combat. De plus en plus de gens parlent d’écologie, et on gagne parfois des batailles. Mais on ne peut pas se contenter de ça, on doit continuer à pousser. »
Lynn Henning est une autre grandma écolo récipiendaire du fameux prix. Fermière du Michigan habituée aux dures trivialités agricoles, elle a pourtant décidé de partir en guerre contre la pollution délirante générée par les élevages industriels géants porcins, bovins ou ovins, pollution totalement légale, autorisée par les autorités. Elle voulait « faire connaître le problème, et y mettre fin. »
« J’ai subi des représailles. J’ai trouvé des animaux morts sur mon porche, dans ma boîte aux lettres et dans ma voiture. J’ai été arrêtée par le shériff. On m’a coincée sur des routes secondaires pour me faire la leçon. Notre ferme a été vandalisée. »
Au delà des histoires personnelles, qui font écho à celles de certains arracheurs d’OGM et autres démonteurs de McDo en France, la problématique soulevée par E-Magazine est celle de la mue du militantisme écolo.
Les manifs des années 70 n’ont plus la cote depuis longtemps chez les défenseurs de l’environnement. Les ordinateurs ont remplacé les mégaphones, la passion du collectif en moins.
Les grandes causes planétaires, telles la lutte contre la faim, pour l’accès à l’eau, pour la sauvegarde des forêts ou contre les changements climatiques, sont sans doute devenues trop abstraites pour que les gens se sentent personnellement impliqués. Face à l’impuissance de plus en plus flagrante des politiques, nationaux ou internationaux, le découragement est inévitable.
Les membres du groupe Rising Tide North America combattent à Portland l’installation d’un terminal gazier et l’extension d’un aéroport. Ils se font fait de précieux alliés des quartiers pauvres alentour et dans les parages ruraux :
« On s’est tellement focalisé sur ce qu’on demandait à nos politiciens nationaux qu’on a oublié que les choses se passent et se décident concrètement chez nous. »
Les agitateurs de la nouvelle vague écolo ont un point commun : ils rejettent les grandes organisations traditionnelles, qu’ils jugent dépassées. Mike Roselle, activiste vétéran frénétique, a aidé à mettre sur pied plusieurs groupes radicaux aux Etats-Unis :
« Composer avec le système, ça ne marche plus. Les assos habituelles sont devenues incapables d’imaginer des actions non violentes créatives. Les environnementalistes professionnels ont peur de prendre des risques. »
Les « Big Greens », les bureaucrates écolos que méprisent les radicaux verts, ont pourtant abattu un formidable travail législatif depuis les années 80. Sans eux et leur vigilance tatillonne , il ne serait pas non plus resté grand chose de la copieuse législation américaine sur l’environnement après huit années de bushisme.
Les fameux Yes Men ne changeront pas le monde et le système à eux seuls. Le salut réside évidemment dans une combinaison des deux types d’action.
En attendant, Bill McKibben, du réseau 350.org, suggère de ne plus perdre de temps à essayer de convaincre ceux qui ne croient pas aux changements climatiques, mais de mobiliser pour de bon les autres.
« Et de se mettre dans la tête que plus personne n’a envie de marcher sur Washington pour parler aux élus, dont les nouveaux militants se fichent absolument. »
Article paru sur le site www.rue89.com
Biodiversité au Sahara
Le fennec et la gerboise
par M’hamed Rebah
L’année internationale de la biodiversité - 2010 - n’a eu aucun effet sur les braconniers des pays du Golfe: ils continuent de pratiquer la chasse à l’outarde sans retenue dans le Sud-Algérien. Ils ont été vus, ces derniers mois, du côté de Bechar, dans leurs bivouacs, des tentes et des cabines sahariennes, et dans leurs véhicules tout terrain, parcourant les zones steppiques à la recherche de leur proie, l’outarde. Et, ce n’est pas la faim qui les pousse. C’est leur passe-temps favori.
La chasse faite à l’outarde par les émirs du Golfe, à l’aide de faucons, n’est pas chose nouvelle en Algérie. Le braconnage battait son plein, déjà, dans les années 80, dans les régions de Laghouat, Aflou et El-Goléa. Depuis, il n’a pas cessé. Sur le papier, l’outarde est « protégée » par la loi algérienne, mais, dans la réalité, c’est comme si elle était livrée sans défense à ses prédateurs humains.
Les espèces qui vivent dans le Tassili ont plus de chances d’être protégées. La presse a annoncé la mise en place par l’Administration des forêts, d’une brigade de lutte contre le braconnage à Illizi pour protéger la flore et la faune, contre l'abattage des essences autochtones et contre le braconnage qui se pratique souvent avec l’utilisation d'armes à feu et de projecteurs.
L’Agence pour la conservation de la nature fait ce qu’elle peut. Il y a plus d’une dizaine d’années, elle avait lancé le projet d’observatoire de la nature dans le Hoggar et le Tassili pour sauver la faune et la flore qui s’y trouvent, avec une attention spéciale pour le guépard du Hoggar, une espèce en voie de disparition.
De nombreuses espèces animales sauvages adaptées au climat saharien vivent et se multiplient dans les étendues désertiques, loin des centres d’habitations : renards, chacals, fennecs, gazelles et mouflons ainsi que vautours, aigles, gypaètes et reptiles, spécialement les vipères et lézards, ainsi que des rongeurs, comme les gerboises et les lièvres du désert. Dans cette liste, deux espèces occupent, de temps à autre, le devant de l’actualité, sans raison écologique apparente : le fennec, renard du désert, et la gerboise. L’un - petit animal charmant -, parce qu’il a été choisi pour être la mascotte de l’équipe nationale de football ; l’autre – dont la caractéristique est de ne sortir que la nuit-, parce que son nom a été usurpé pour être donné à la série d’essais nucléaires effectués par la France au Sahara. Omis sur cette liste : le daman des rochers, pourtant visible au loin, mais difficilement accessible. Egalement omis, mais inévitable au Sahara : le dromadaire, animal domestique, voire familier. C’est un des thèmes de recherche à l’université d’Ouargla.
Les chercheurs, également, font ce qu’ils peuvent. La biodiversité du Sud-Algérien figure parmi leurs priorités. Exemple : le pistachier de l'Atlas intéresse l'Institut national de recherches forestières (INRF). C’est une essence toute indiquée dans la lutte contre la désertification ; les nomades s’en servent pour avoir du bois. Autre exemple : le Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides a mis une équipe spéciale sur l’arganier qui peut être une source de revenus pour la population, en particulier pour la femme rurale.
L’abattage d’arbres au Sahara fait des dégâts considérables sur l’équilibre écologique, mais, pour la population, il faut bien chauffer les fours traditionnels pour les cuissons et se chauffer aussi quand il fait froid, en attendant que les bouteilles de gaz arrivent.
Article paru dans la page écologie de La Nouvelle République (Algérie) du samedi 17 avril 2010.
Le retour des tigres européens ?
par Marc Giraud
Des tigres ont vécu en Europe, à différentes époques, et jusqu’au Moyen-Âge. Un projet nommé « Dragon Vert » vise à la reconstitution du cordon continu de forêts alluviales des grands fleuves eurasiens, tel qu’il existait dans le passé, peuplé, notamment, de nombreux grands fauves, le tigre en étant l’hôte le plus emblématique. En effet, la reconstitution de vastes espaces sauvages est le moyen le plus approprié d’offrir à la nature une capacité de résistance renforcée face aux agressions de toutes sortes.
Alain Sennepin, concepteur du projet "Dragon vert", travaille en lien, à la fois, avec des russes de France amoureux des tigres, qui l'aident dans ses initiatives concernant la Russie, des responsables d'associations en Russie (WWF Russie, Fondation Phoenix entre autres, et les responsables du parc Zov Tigra, dont son Directeur, Yuri Bersenev, spécialiste du tigre mondialement reconnu (Primorye, extrême - Orient russe).
Depuis le début de cette année, russes et iraniens ont lancé un plan de réintroduction de grands félins dans certains de leurs espaces naturels respectifs. Une partie de ce plan concerne la reconstitution du tigre de la Caspienne à l'état sauvage dans des forêts du Nord de l'Iran. Celle-ci s'effectuera à partir d'individus de la souche sibérienne. Russes et Iraniens sont en effet forts du constat que tigres "caspiens" disparus et tigres "sibériens" survivants appartiennent à la même lignée génétique. Il s’agit désormais de parvenir à une initiative similaire concernant les marais d'Europe orientale "poumon vert de l'Europe".
Renseignements et documents téléchargeables
http://www.avenir-tigres.com et le blog http://europe-tigre.over-blog.com
Une décision du Premier ministre
Pas de diesel pour les administrations
Par M’hamed Rebah
Selon un cadre du ministère de l’Environnement qui intervenait, mardi 13 octobre 2009, au cours de l’émission « Grain de sel » sur les ondes de la chaîne 3 de la radio algérienne, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a demandé aux ministères de ne pas acheter de véhicules diesel pour leur parc automobile. Cette mesure pourrait être étendue à toutes les entreprises publiques qui bénéficient des finances de l’Etat.
Depuis quelques années, le gouvernement tente, essentiellement pour des raisons économiques, de réduire la consommation de carburant diesel. Motif : la facture d’importation de gas oil a atteint en 2007 les 200 millions de dollars. Cette facture salée est appelée à la hausse étant donné à la fois le succès des véhicules diesel, qui prennent une part de plus en plus importante dans le parc automobile algérien, et la capacité actuelle de production nationale de gas oil qui n’arrive pas à couvrir la demande.
Cette situation appelait un réajustement des prix à travers la fiscalité. Mais les propositions réitérées plusieurs années de suite dans les projets de loi de finances, visant à augmenter la taxe sur le diesel, ont été rejetées à chaque fois par les députés. La raison apparente de ce geste anti écologique : le mazout est utilisé par les particuliers, mais aussi dans des activités économiques sensibles par les routiers, les taxis et surtout les agriculteurs.
En France, un rapport de l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) a attiré l'attention sur le dioxyde d'azote (NO2) émis par les véhicules diesel, qui continue de poser des problèmes sanitaires en agglomération (exacerbation de l'asthme, irritations respiratoires...). Le rapport signale que « la réglementation européenne EURO sur les émissions des véhicules a fixé des contraintes sur les émissions de particules pour les véhicules diesel et a négligé le NO2, qui n’est aujourd’hui comptabilisé qu’au sein d’un agrégat, les oxydes d’azote (NOx) ». L’Afsset souligne que certains filtres à particules accroissent les émissions de NO2. Le rapport rappelle que « le dioxyde d’azote est avec les particules fines un des indicateurs majeurs de la pollution atmosphérique. Ils sont tous deux associés au trafic routier dans les agglomérations. Le NO2 réagit en plus dans l’air des villes et contribue à la formation d’autres polluants, ozone et particules secondaires. C’est un gaz oxydant puissant, qui pénètre facilement dans les poumons. A des concentrations dépassant 200 µg/m3 sur de courtes périodes, il provoque des irritations et des inflammations de l’appareil respiratoire et une augmentation de l’hyperréactivité bronchique chez les asthmatiques ».
La pollution par le diesel pourrait connaître à Alger une atténuation grâce à la diminution du trafic du port avec l’interdiction, depuis début octobre, des déchargements de rond à béton, de bois, de véhicules et d’autres produits non conteneurisés. Avant cette date, des centaines de camions de marchandises et de véhicules lourds et légers quittaient le port chaque jour, aggravant les encombrements qui empoisonnent la circulation dans le tissu urbain. Les pouvoirs publics envisagent également d’interdire à la circulation les vieux véhicules.
Selon des chiffres officiels, Alger, une ville faite pour supporter 162 000 véhicules par jour, en reçoit 305 000. Le transport collectif public ne constitue pas encore une alternative à l’utilisation du véhicule particulier. Mais, dans les prochains mois, la qualité des prestations de service en matière de transport collectif urbain devrait connaître des changements avec la réorganisation des services de transport public.
Ainsi, le projet métro d'Alger, initié en 1982, verra son aboutissement avant la fin de l’année 2009, avec l’ouverture de sa première ligne et des extensions sont prévues. Le tramway d’Alger pourrait être en service dans un an, sur une distance de 16,3 km avec 30 stations. Une extension est également prévue. Par contraste avec l’investissement colossal et inexpliqué dans la construction de l’autoroute est-ouest, la modernisation du réseau ferroviaire dans la banlieue algéroise et celles prévues sur les autres réseaux, traduit ce que devrait être une véritable politique de transport public respectueuse de l’environnement.
A quelques semaines de la Conférence de Copenhague
La carte britannique montrée à Alger
Par M’hamed Rebah
Une fois n’est pas coutume, dimanche 25 octobre 2009, la conférence de presse de l’ambassadeur de Grande Bretagne à Alger ne concernait, du moins principalement, ni les relations bilatérales ni un quelconque conflit parmi les nombreux qui déchirent la planète. Le réchauffement climatique, voilà le péril en la demeure qui a motivé cette rencontre tenue au siège de l’ambassade, pas loin du Palais du peuple, dans un bâtiment écologique, nous dit-on. C’est le seul problème véritablement digne d’intérêt à quelques semaines de la Conférence de Copenhague. Une Conférence qui a pour mission impossible, selon les données du jour, d’obtenir des pays qui ont signé la Convention des Nations-unies sur le changement climatique leur accord pour ne pas laisser le vide s’installer quand le protocole de Kyoto arrivera à son terme, en 2012. Et si Copenhague échouait ? « Je préfère ne pas y penser, restons optimistes », répond l’ambassadeur. Son but est de convaincre qu’un accord ambitieux, mais juste et durable, est possible pour peu que les pays concernés négocient avec responsabilité.
Carte à l’appui, traversée par les isothermes qui montrent le danger de la montée des températures pour chaque région du globe, et assisté par Mohamed Amimour, responsable des affaires énergétiques et du changement climatique à l’ambassade, et Nour El Houda Ghediri, responsable des relations publiques, l’ambassadeur, Andrew Henderson, s’est efforcé, sans verser dans l’alarmisme, de souligner la gravité de la situation à la veille de la Conférence de Copenhague. La carte que les journalistes ont eue sous les yeux montre « l’incidence d’un réchauffement planétaire de 4°C ». En légende, ils ont lu les explications qui permettent de mieux saisir les enjeux de la Conférence de Copenhague. Aucun point du globe n’est épargné par les dangers du réchauffement climatique. Exemple : « les ressources en eau seront touchées par une diminution du ruissellement pouvant atteindre jusqu’à 70 % autour de la Méditerranée », là où se trouve l’Algérie.
Cette carte a été rendue publique il y a quelques jours par le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, le ministre de l’Énergie et du Climat, Ed Miliband, et le professeur John Beddignton. Elle sert à porter l’argumentaire que développe la Grande-Bretagne, par la voix de ses ambassadeurs, pour alerter le monde sur « les conséquences planétaires si nous devions échouer à maintenir le changement climatique en deçà de 2 degrés ». Ces conséquences désastreuses toucheraient tous les pays. En somme : le malheur de la planète ne fera le bonheur de personne.
L’objectif de l’offensive britannique sur le front du climat, est de faire prendre conscience à tous du problème du changement climatique pour que la mobilisation dépasse le cercle étroit des scientifiques et des écologistes et atteigne les populations. Les média qui ont fait si peu encore en Algérie, sur ce problème, sont sollicités pour contribuer à cette prise de conscience, mais sans grande illusion, d’autres problèmes plus pressants préoccupent les gens. Nul besoin d’un sondage pour comprendre que l’opinion qui domine en Algérie fait peu de cas de la couleur du développement, pourvu qu’il réponde aux besoins sociaux et améliore les conditions de vie du plus grand nombre. Quel Algérien militerait pour une économie sans ou même avec peu de carbone sachant que ses moyens d’existence dépendent directement de la vente des hydrocarbures sur le marché international ? L’alternative présentée par ceux qui nous invitent à laisser tomber le pétrole, est le Soleil qui réchauffe en permanence le Sahara, mais dans l’immédiat - le jeu de mots est facile - ce serait abandonner la proie pour l’ombre.
Pour l’heure, c’est le pessimisme qui l’emporte quant aux chances de voir la Conférence de Copenhague se terminer par cet accord ambitieux souhaité par la Grande-Bretagne, dont les diplomates tentent de faire partager l’espoir au reste du monde. D’autres diplomates préparent l’opinion à l’idée contraire, celle d’un échec, en suggérant qu’il est improbable qu'un accord puisse être conclu entre le 7 et le 18 décembre, dans la capitale danoise, sur le document censé prendre la relève du traité de Kyoto. L'objectif le plus ambitieux envisageable est, à leur avis, une « déclaration commune non contraignante ». En novembre, les négociateurs se retrouveront à Barcelone pour tenter une dernière fois de régler leurs divergences qui s’étalent sur plus de 200 pages.
Alger la Blanche ?
par M'hamed Rebah
A leur grande honte, les Algérois ont appris que la capitale de leur pays est à l’avant-dernière place dans un classement mondial des villes établi sur la base d’une enquête effectuée par l’hebdomadaire britannique « The Economist ».
On peut contester l’objectivité de cette enquête et lui trouver des failles, mais peut-on nier qu’Alger subit depuis plus de deux décennies une telle dégradation de son environnement et des conditions de vie, que beaucoup désespèrent de voir cette ville dont le site est d’une beauté incomparable, redevenir Alger la Blanche qu’ils ont connue par le passé. Sans doute, plus que les autres villes du pays, Alger est soumise aux effets conjugués de la saleté, du bruit et de la pollution. Il faut noter que, selon un confrère, l’enquête qui a abouti au très mauvais classement d’Alger n’a pas tenu compte de ces trois nuisances.
L’étude a pris en compte 8 variables : le plan environnemental de la ville et ses progrès, la santé et les loisirs, l’éducation, l’art et la culture, le transport et les logements, l’économie et le développement commercial, le cadre réglementaire, l’application de la loi et la transparence, les médias, l’innovation et l’investissement. Destiné aux candidats à l’expatriation pour les aider dans leur choix de la ville où ils pourront s’installer, le classement a surtout visé à noter la qualité de l’éducation (pour les enfants), la santé (en cas de pépin) et les divertissements (après le travail). On peut se demander quel aurait été le classement d’Alger si les évaluateurs avaient tenu compte du «triptyque » saleté-bruit-pollution.
Sur les responsabilités de cette situation, autorités et population se rejettent la balle : les gens manqueraient de civisme, selon les autorités alors que la population se plaint de l’absence des pouvoirs publics. Il faut reconnaître que les autorités locales sont elles-mêmes à l’origine de nuisances sonores insupportables mais pas du tout inévitables. L’exemple d’Alger-Centre est édifiant : comment a-t-on pu organiser, durant plusieurs années, l’été, pendant tout un mois et plus, des activités prétendument culturelles ou de loisirs qui s’apparentent à de la pure nuisance sonore, le jour, et au tapage nocturne, après 22 h, en installant une scène sur la voie publique (fermée à la circulation pour cette raison, avec les embouteillages que cela occasionne et le bruit des klaxons) au milieu d’habitations et en faisant fi des protestations des riverains ? Or, la qualité de la vie en milieu urbain est un tout. Le bruit marche avec la saleté et la pollution. Là où il y a la saleté, il y a également le tapage nocturne. Si on veille à la tranquillité des habitants, en évitant de faire du bruit, la saleté deviendra inadmissible. En fait, «la mère des réformes est celle des mentalités», comme l’a souvent répété un haut responsable algérien. Plus prosaïquement, les gens disent : «C’est dans la tête que ça se passe.»
Est-ce que le classement plus que médiocre d’Alger parmi les grandes villes du monde entraînera un sursaut d’orgueil chez ses habitants et chez les autorités ? C’est souhaitable. Il est possible de renverser la tendance. Il suffit de s’en tenir aux excellentes dispositions environnementales contenues dans le cadre juridique et s’appuyer sur la disponibilité de la population pour la faire contribuer à redonner à la ville la tranquillité qui convient à la beauté du site.
En Algérie, la législation sur le bruit est bonne. Aux termes de la loi sur l’environnement de juillet 2003, les activités bruyantes qui sont «de nature à présenter des dangers nuisibles à la santé des personnes, à leur causer un trouble excessif ou à porter atteinte à leur environnement», sont soumises à des prescriptions générales, c’est-à-dire des obligations légales sans lesquelles elles ne sont pas autorisées. Parmi les conditions posées par la loi, il y a l’éloignement par rapport aux habitations. Autrement dit : aucune activité bruyante, fut-elle culturelle et estivale, ne peut être organisée et encore moins autorisée au milieu d’habitations, sans l’étude d’impact et la consultation du public (c’est-à-dire des riverains). La loi algérienne sur l’environnement encourage la tranquillité et la quiétude. Elle constitue un instrument de lutte contre le bruit.
http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.phpate_insert=20090625
Cas de typhoïde à Jijel
Les maladies à transmission hydrique toujours là
Par M’hamed Rebah
Les dizaines de cas de fièvre typhoïde qui ont été enregistrés à Jijel, dans l’est du pays, ces derniers jours, confirment la menace des maladies à transmission hydrique (MTH) qui est toujours présente et peut se manifester en n’importe quel point du pays et pas seulement en été, au moment des chaleurs torrides. Ce qui est arrivé dans un bidonville de Jijel est à l’origine de la plupart des cas de MTH dans le pays : les eaux usées se sont mélangées à l’eau potable. Le phénomène d’« échange » entre les canalisations d’eau potable et les égouts, la fameuse cross-connexion, est malheureusement assez courant chez nous. Les habitants des constructions précaires non connectées aux réseaux d’alimentation en eau potable et d’assainissement y sont particulièrement vulnérables. Personne ne peut vivre sans eau et quand le branchement sur le réseau fait défaut, ce sont les piquages clandestins qui le remplacent créant ainsi les conditions de contamination de l’eau utilisée pour la boisson et la préparation des aliments. Ce phénomène n’arrive pas que dans les bidonvilles, il menace tous les quartiers nouveaux, composés pas seulement de cités-dortoirs mais aussi de villas somptueuses, qui ont surgi de façon illégale et qui, de ce fait, sont dépourvus de réseaux d’assainissement. Ils fonctionnent aux fosses septiques vidées par camions citernes. Ces quartiers baignent constamment dans les eaux usées où toutes sortes d’insectes prolifèrent.
L’extension urbaine anarchique des villes algériennes rend l’assainissement plus complexe à cause du sous-dimensionnement des canalisations. On sait que le Code de l’eau amendé en 1996 fait obligation aux villes de plus de 80 000 habitants d’épurer leurs effluents. Le gouvernement a exprimé sa volonté de s’attaquer sérieusement à ce problème. Son objectif est de récupérer 650 millions de m3 d’eaux usées par an, soit plus de 86% du volume actuel des eaux usées, qui est de 750 millions de m3, et en faire profiter l’industrie et l’agriculture. Il faudra attendre la réception – prévue pour 2010 - des projets en cours de réalisation. L'ONA (Office national de l’assainissement), créé en 2001, est chargé de la mise en œuvre de la d’assainissement défaillant.
A la campagne, il arrive que des paysans confrontés au manque d’eau, récupèrent les eaux usées pour les réutiliser en l’état, sans épuration préalable. Les oued-égouts qui véhiculent des eaux usées collectées sur leur passage à partir des rejets des agglomérations et des zones industrielles, sont également exploitées pour l’irrigation quand il n’y a pas d’autres moyens d’avoir de l’eau. La loi interdit, de la façon la plus explicite, cette pratique considérée comme une des principales causes des épidémies de MTH. Mais, il n’est pas rare que des parcelles de pomme de terre ou de choux fleurs soient détruites par les autorités qui constatent qu’elles ont été irriguées à l’aide d’eaux usées brutes.
Les vrais pirates de Somalie vus par Paul Watson
Par Marc Giraud
De retour d’une mission dans les eaux de l’Antarctique (sanctuaire protégé) où il a empêché les flottes japonaises de tuer leur quota de baleines (espèces protégées), le capitaine Paul Watson a fait le 3 avril dernier une conférence à Paris au Salon Planète durable avant le Grenelle de la mer. Les médias dominants ont globalement ignoré sa venue en France, alors que le personnage est unique, et son action immense. Soutenu par des gens aussi différents que Mick Jagger, le Dalaï Lama, Cher ou Sean Penn, Paul Watson a déjà coulé neuf baleiniers illégaux. Cofondateur de Greenpeace (qu’il ne trouve pas assez efficace), le pirate pacifique harcèle les baleiniers en leur lançant du beurre rance ou du pudding. Il les oblige à prendre des assurances de guerre, si chères que le braconnage perd sa rentabilité. Bien qu’il soit parfois traité de terroriste, Watson n’a jamais tué ni même blessé personne, alors que ses adversaires n’hésitent pas à lui tirer dessus. Il ne doit d’être encore en vie qu’à son gilet pare-balles. Selon le capitaine Watson, il faudrait stopper toutes les pêches et arrêter de consommer du poisson tant les stocks sont épuisés. Les chiffres sont effarants, et vu l’ampleur de la catastrophe, « un peu d’extrémisme ne fait pas de mal ». Cependant, Paul Watson ne se considère pas lui-même comme quelqu’un de radical, mais comme un conservateur. Enfin, il rappelle que les « pirates de Somalie » sont en fait de pauvres pêcheurs ruinés par les pêcheries industrielles taïwanaises et européennes, qui leur ont tout pris. Les vrais pirates des mers, ce sont les industriels qui vandalisent les ressources et affament l’humanité. Et pour Watson, seul un pirate peut arrêter d’autres pirates. Sa prochaine mission : aider les Galápagos à se défendre contre les braconniers, avant de repartir en Antarctique.
Plus d’infos :
« Les Héros de la nature » (Robert Laffont 2005)
de notre consœur JNE Natacha Calestrémé
Le site de l’organisation de Paul Watson, la Sea Shepherd Conservation society www.seashepherd.org et pour les représentants français www.seashepherd.fr
Contact media@seashepherd.fr
L’agriculture au secours de la pollution industrielle américaine
Un virage radical pour l’agriculture industrielle américaine
Par Hélène Crié-Wiesner - (article paru sur :
http://www.rue89.com/american-ecolo/2009/03/14/l-a)
Le nouveau ministre de l’Agriculture est haï des écolos ultras et des capitalistes agricoles. Il soutient les biotechnologies, mais il va couper les subventions aux agriculteurs industriels, il va payer les fermiers pour passer au bio et lutter contre les changements climatiques. Objectif : transformer radicalement l’agriculture américaine.
Le 10 mars, un interview sur la radio NPR de Tom Vilnack (http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=101642026), ancien gouverneur de l’Iowa –Etat phare de la culture du maïs et du soja à échelle géante, m’a clouée sur place. Qu’un ministre de l’Agriculture, eut-il été recruté par Saint Obama, ose tenir un discours si novateur, si provocateur, si… (n’ayons pas peur des mots) révolutionnaire, m’a un instant fait douter de sa nationalité américaine. Ou de ma compréhension de l’anglais.
Si en France Michel Barnier tenait le même discours, il serait peut-être soutenu par une fraction de la Confédération paysanne. Même pas sûr ! Le reste du monde agricole irait brûler les préfectures. Aux Etats-Unis, pour l’instant, rien ne se passe, si ce n’est dans les couloirs du Congrès où les lobbystes ont entamé leur travail de fourmi pour faire capoter les projets du ministre.
Sur la radio NPR, donc, le journaliste Steve Inskeep (http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=4080709) commence par raconter qu’en prenant son poste à Washington, Tom Vilsack a loué un marteau piqueur, et fait défoncer un parking derrière le ministère pour planter un potager.
« Ceci donne une idée de la personnalité de l’homme qui a pour ambition – et pour mission – de réorienter l’approche américaine de l’agriculture. L’ancien gouverneur de l’Iowa considère que chaque action individuelle du moindre fermier a un impact sur ce qu’on mange, sur l’énergie qu’on consomme, et sur nos chances de réussir à enrayer les changements climatiques. »
Mieux qu’un résumé, voici ma traduction de l’interview. Le ministre Tom Vilsack attaque :
« L’équipement des agriculteurs, leurs semences, où et quand ils les plantent, le type d’engrais qu’ils choisissent, leurs pratiques culturales, leurs méthodes de récolte, le type de bétail, comment ils nourrissent ce bétail, sans compter ce qui se passe en sous-sol à cause de l’agriculture… tout, absolument tout, a un impact sur notre société.
Le gouvernement doit faire face aux critiques quand il annonce vouloir réduire les subventions aux plus grandes exploitations. Que répondez-vous ?
- C’est complexe, ces histoires de subvention ! Elles ont été créées pour garantir la survie des agriculteurs en des temps difficiles. Le défi est donc de trouver un moyen pour continuer à offrir aux consommateurs de la nourriture à un prix raisonnable, tout en assurant une certaine aisance aux producteurs.
C’est là qu’interviennent les contraintes climatiques : on doit anticiper un avenir dans lequel les fermiers seraient payés pour réduire leur empreinte carbone et la nôtre, pour préserver la nature. Nous nous préoccupons de la qualité de l’eau, de la préservation des sols, et nous sommes prêts à payer ces gens pour qu’ils travaillent leur terre d’une manière qui ne soit pas seulement bénéfique pour eux, mais aussi pour nous.
- Etes-vous en train de nous dire qu’un jour on paiera les agriculteurs pour qu’ils n’utilisent plus d’engrais chimiques, ou pour installer une éolienne sur leur terrain afin de produire de l’énergie renouvelable ?
- Oui, pourquoi pas ? Ça et bien d’autres choses. Je pense qu’on doit tendre vers la notion de compensation globale des nuisances.
- - Admettons qu’il y ait quelque part une centrale thermique au charbon qui pollue trop. Selon votre système, la centrale devrait payer un fermier pour stocker son gaz carbonique, ou pour compenser la pollution par une action plus propre. Au bout du compte, le fermier gagnerait de l’argent avec ça ?
- - Oui, En gros, ça marcherait selon ce principe-là. Mais ça peut aussi fonctionner grâce à une organisation plus centralisée, qui vendrait ces compensations et passerait les contrats avec les agriculteurs. A un moment, les agriculteurs seraient récompensés d’agir pour le bien du pays, pour le bien de la terre, c’est à dire pour avoir contribué à réduire nos émissions de carbone.
- - En somme, vous prônez tout de même des subventions à l’agriculture. Alors que depuis votre arrivée à ce poste de ministre, vous aviez indiqué vouloir les réduire.
- - Ce qu’on veut, c’est offrir une certaine sécurité aux agriculteurs qui en ont besoin. Et nous sommes aussi confrontés à un déficit qui se compte en billards (trillon) de dollars. On doit composer avec ce déficit. Par conséquent, c’est bon pour tout le monde si on peut investir dans l’économie, notamment dans une agriculture qui permettra aux Américains de retrouver un travail.
- J’ai l’impression que ça va vous coûter cher, en termes politiques. En effet, lorsque vous regardez les chiffres, vous allez économiser quelques milliards de dollars sur quelques années. Mais, dans le contexte des billiards qui sont actuellement discussion, vos économies ne sont pas énormes. Vous êtes conscient des risques politiques que vous encourez en regard de ce tout petit gain ?
- On doit bien commencer par un bout, non ? A la base, il y a ce besoin de sécurité pour les agriculteurs. Et aussi il y a ce déficit avec lequel il nous faut composer. L’agriculture doit évoluer, et je pense que les changements climatiques et les impératifs énergétiques fournissent une opportunité idéale.
- Voulez-vous dire que l’objectif va bien au delà de l’économie de quelques milliards de dollars ? Vous voulez repenser entièrement l’agriculture ?
- - Parfaitement ! L’agriculture, comme n’importe quelle autre activité, ne peut pas rester statique. Si vous pensez le contraire, demandez juste aux travailleurs de Général Motors ou de l’industrie bancaire ce qu’ils en pensent. Les changements sont constants, et en ce moment, nous avons une occasion unique de nous attaquer aux réformes : les Américains n’ont jamais été aussi attentifs à ce qu’ils mangent.
- Nous devons encourager nos enfants à devenir des consommateurs alimentaires avertis. Ils faut qu’ils aient envie de fruits et légumes variés dans leurs assiettes. Ils doivent être capables de réclamer ça. On doit les y encourager. Cette crise énergétique et climatique est une opportunité formidable. Mais le changement, c’est toujours difficile. »
Les médias nationaux ont pour l’instant peu repris ces propos tenus par Tom Vilsack sur NPR. Sans doute parce qu’une interview n’engage à rien, et que la vraie polémique commencera lors de l’examen au Congrès de cette réforme agricole.
En attendant, voici ce qu’écrivait le New York Times en décembre à propos de Vilsack (http://www.nytimes.com/2008/12/19/opinion/1), quand celui-ci n’était encore que « nominé » pour le poste de ministre de l’Agriculture :
« Les partisans d’une agriculture durable lui reprochent son soutien aux biotechnologies, alors que les partisans du status quo s’insurgent contre sa position sur les subventions aux agriculteurs. Cela lui laisse finalement pas mal de supporters au centre. (…) Le ministère dont il hérite, quoiqu’ayant à son actif des gains extraordinaires en recherche et en productivité, a longtemps favorisé les très gros fermiers. Cette politique a généré des paysages stériles de fermes industrielles, de villes détruites, et des plantations à l’infini de maïs et de soja. »
Cette image de l’Amérique sera peut-être un jour à reléguer avec celle des bisons sauvages, des drive-in, des saloons et des diligences.
Retrouvez régulièrement Hélène Crié sur le blog American ecolo sur le site de Rue 89 : http://www.rue89.com/american-ecolo/
Faute de cash, les traders américains se mettent au troc
Par Hélène Crié-Wiesner
(article paru sur http://www.rue89.com/american-ecolo/2009/02/25/
Ça a la saveur d’une rébellion communautaire contre le système bancaire, une allure de déjà-vu utopiste admirable, le goût d’une initiative altermondialiste. En fait, non : si le troc refait brusquement surface aux USA depuis quelque mois, c’est surtout pour permettre à la société marchande de tenir bon en attendant le retour des jours meilleurs.
Le pragmatisme aigu des Américains m’étonnera toujours. Les banques ne prêtent plus aux entreprises ? Le robinet du crédit à la consommation s’est tari ? Il n’y a plus assez de cash en circulation ? Qu’à cela ne tienne : vive le troc !
Attention : un troc à l’échelle supersonique, celui qui va permettre aux entreprises de rester à flot et de ne pas perdre leurs marchés, aux restaurants de continuer à remplir leurs salles, aux cabinets médicaux de rentabiliser leurs scanners et leurs labos d’analyse, aux instituts de beauté de continuer à botoxer et purifier, aux garages d’écouler jusqu’à leurs 4x4. Et ce, sans que ces transactions n’impliquent la circulation du moindre dollar.
Rien à voir, donc, avec « une coupe de cheveux contre une tonte de pelouse ». Ce genre d’échange amical, même quand il est codifié comme en France par l’usage des SEL (http://selidaire.org/spip/ Système d’Echange Local, une monnaie alternative utilisée dans les pays francophones, et dans le monde sous d’autres dénominations), existe bien sûr aux Etats-Unis. Il est pratiqué un peu partout sur le territoire américain, avec le recours à des « monnaies » locales, tel le LET’s (Local exchange trading system), inventé au début des années 80 par des Canadiens (http://wiki.ashevillelets.org/wiki/What_is_LETS%3F).
Avec le troc appliqué à la grosse économie, on passe dans une autre dimension. Genre :
«Je mets trois consultants de mon cabinet à votre disposition pour vous assister dans votre étude de marché. De votre côté, vous renouvelez l’équipement informatique de ma société, et vous me fournissez une nouvelle photocopieuse couleur. »
En fait, à ce niveau de valeur des prestations, les échanges ne se font pas directement entre troqueurs. Des sociétés spécialisées se sont créées, qui ressemblent à des banques à bien des égards. Voici l’argumentaire commercial de l’une d’elle, Tradebank Cashless Commerce (http://www.tradebank.com/), qui résume très clairement leur activité à toutes :
« Ne serait-ce pas formidable d’avoir la liberté d’acheter exactement ce dont vous avez envie, rien qu’en échangeant des biens et des services ? Chez Tradebank, nos clients ont toute la souplesse nécessaire pour utiliser leurs « crédits d’échanges » comme ils veulent, où ils veulent, dans notre réseau international de fournisseurs. (Le « trade credit », ou trade dollar, équivaut au dollar monétaire du pays où il est possédé.)
Cela semble facile, non ? Eh bien, ça l’est ! Tradebank fournit une plateforme d’échanges à ses clients, un peu comme des chambres de compensation avec des titres boursiers, ou une banque commerciale avec des chèques. Comme n’importe quelle société de courtage, Tradebank perçoit une commission sur chaque transaction.
Notre service inclut votre mise en contact permanente avec de nouvelles opportunités d’échange, facilitant ainsi vos options d’achat, et l’enregistrement automatique de vos transactions. En outre, ces dernières sont immédiatement créditées, évitant ainsi toute dette intempestive. »
Evidemment, pareille philosophie n’a guère à voir avec les fameuses banques du peuple sans circulation d’argent, imaginées en 1848 par Joseph Proudhon. Mais nous sommes aux Etats-Unis, au XXI ° siècle, hein !
Quelques exemples concrets, près de chez moi, relevés dans la presse de Caroline du Nord (http://www.newsobserver.com/front/story/1416570.html), où le troc est solidement installé.
Tim G. est garagiste à Raleigh. Juste avant la crise, il avait investi toutes ses économies dans l’achat d’un vieux bâtiment industriel qu’il devait retaper et transformer en grand atelier. Pour cela, il comptait sur un prêt bancaire. Patatras, plus de crédit possible !
Pour 500 dollars, Tim s’inscrit à Barter Business Exchange (http://www.ncbarter.com/index.html), l’une des sociétés de troc les plus anciennes des Etats-Unis (1994), justement basée à Raleigh. En échange de prestations à valoir dans son premier garage en activité, il voit arriver plombiers, peintres, électriciens, dératiseurs, et tous les professionnels (clients du même courtier en troc) dont il a besoin pour terminer ses travaux. Son nouveau garage a pu ouvrir en janvier.
Paula C. possède une petite imprimerie à Charlotte. Ses clients habituels sont presque tous en faillite, ou archi fauchés. Va-t-elle aussi mettre la clé sous la porte ? Que nenni ! Grâce notamment à Barter Brokers International (http://www.barterbrokers.com/), elle troque des travaux d’impression contre des dîners au restaurant, elle s’offre des nouvelles lunettes, bref, elle continue à vivre normalement « en dépit d’une absence presque totale de rentrées d’argent ».
Paula et son mari sont des vieux routiers de ce type de transaction. Quand ils ont quitté New-York en 2007 pour s’installer en Caroline du Nord, ils étaient déjà clients de Tradebank et de Synergy Street Trade (http://www.SynergyStreet.com/). Grâce à ces deux réseaux, ils ont pu échanger en 2008 des services et des biens pour un montant estimé à 22 000 dollars.
En découvrant l’ampleur de ce qui se fait aux Etats-Unis en matière de troc, je me suis souvenu de la polémique enflammée qui avait saisi la France dans les années 90 : l’usage des SEL avait commencé à faire de l’ombre aux artisans, et surtout le fisc français s’en était mêlé, estimant que toutes ces activités économiques parallèles échappaient aux taxations légales. On dirait que tout le monde s’est calmé, si j’en crois cet article sur l’économie solidaire dans Wikipédia-France (http://fr.wikipedia.org/wiki/Économie_solidaire#Les_SEL):
« Les SEL sont généralement tolérés par les administrations fiscales, à condition de rester de modestes structures d'entraide citoyenne. »
Il semble qu’aux Etats-Unis les autorités fiscales de l’Internal Revenue Service se sont adaptées très vite à l’essor du troc. La valeur des biens et services reçus est tout simplement traitée comme un revenu pour les entreprises qui en profitent. Mais cet « achat » peut naturellement être déduit du chiffre d’affaire, pour sa valeur en « vrais » dollars. D’ailleurs, la plupart des « banquiers du troc » fournissent les imprimés du fisc ad hoc à leurs membres.
Ceci pose la question de la « monnaie » utilisée lors des transactions. Apparemment, chaque société de troc à but lucratif a la sienne propre, qu’elle ait ou non une dénomination. Quand il s’agit d’échanges entre entreprises, comme décrits plus hauts, et que les transactions se font par le biais des banquiers troqueurs, la choses restent simples.
Mais les particuliers ont eux aussi de plus en plus recours au troc. Et la plupart du temps, ils passent par des associations à but non lucratif, militantes, communautaires, altermondialistes ou religieuses (on trouve tout en Amérique). Dans ce cas, les « monnaies » utilisées sont innombrables et varient selon les régions. (Leur liste sur Wikipedia-US: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_community_currencies_in_the_United_States).
Une précision, enfin : pourquoi traiter du troc dans le blog American Ecolo ? Parce que la plupart des groupes oeuvrant pour un meilleur environnement, pour la préservation de la planète, pour une répartition équitable des richesses et des ressources, appellent de leurs vœux un changement des rapports économiques et sociaux. La généralisation du troc est en général une chose qu’ils favorisent.
Or la pratique du troc aux Etats-Unis, sa récupération par l’establishment, est l’exemple de l’évolution d’une utopie vers une réalité… disons, inattendue.
Ailleurs sur le web :
* Du troc vraiment alternatif :
* Wikipedia (anglais), sur l’historique et le fonctionnement des monnaies alternatives :
http://en.wikipedia.org/wiki/Local_currency
Retrouvez régulièrement Hélène Crié sur le blog American ecolo sur le site de Rue 89 : http://www.rue89.com/american-ecolo/
Les paradoxes écologiques de la crise
Par Hélène Crié-Wiesner (Article paru dans Politis)
Saint-Louis, dans le Missouri, est une ville très ouvrière qui frôle les 3 millions d’habitants. Comme partout aux Etats-Unis, la crise frappe dur. Expulsions, faillites, fermetures d’entreprises… Les caisses de la cité, qui ne sont plus alimentées par les impôts locaux et les diverses taxes locales, sont exsangues. Tous les budgets publics sont donc amputés.
Notamment celui des transports collectifs : 2 300 arrêts de bus seront supprimés fin février. Des milliers de travailleurs vont perdre leur travail, faute de pouvoir s’y rendre. Car oui, même aux Etats-Unis, des tas de gens n’ont pas de voiture. La situation de Saint-Louis quant aux transports est, pour l’instant, la pire des USA.
Le métro de Washington va supprimer 900 emplois et diminuer la fréquence de ses trains. Chicago augmente drastiquement les tarifs du sien. Charlotte, en Caroline du Nord, qui vient de mettre en service un tramway ultra-moderne, en restreint déjà la circulation et augmente le prix du ticket. La régie des transports de New York annonce 23% d’augmentation de sa carte orange, la suppression de 24 lignes de bus et de 2 lignes de métro, une réduction du service en période de pointe, et la fermeture de certaines stations la nuit. Les transports d’Atlanta, Boston, et San Francisco n’ont guère plus d’avenir.
Alors que, partout aux Etats-Unis, il y a un rush sur les transports en commun. Résumons : plus grande est la demande, plus l’offre se restreint. Le phénomène est d’autant plus paradoxal qu’il intervient quand le pays se décide enfin pour une diminution drastique de ses émissions de gaz à effet de serre. Pour cette raison, et aussi pour créer des emplois, la nouvelle Amérique veut mettre le paquet sur le rail et, en général, sur les infrastructures. En attendant la modernisation, on assiste à une détérioration sérieuse, ce n’était pas prévu au programme.
Autre mauvaise surprise : les chantiers de fermes éoliennes et solaires sont en panne, faute de crédit disponible. Or, vu la taille des projets aux USA, le moindre d’entre eux dépend à 50% des prêts bancaires. Les banques ne prêtent plus aux investisseurs et aux développeurs, lesquels ne passent plus commande aux fabricants de turbines et panneaux, dont les prix s’effondrent, et qui débauchent déjà leurs ouvriers. Les installateurs d’énergies renouvelables escomptent une baisse de moitié des projets lancés en 2009 par rapport à l’an dernier.
Et la grande mutation industrielle promise par Obama, alors ? Les transports non polluants du 21° siècle, les sources d’énergie renouvelables destinées à remplacer progressivement les sales charbon (américain) et pétrole (étranger) ? Oh, bien sûr, de vigoureuses incitations fiscales favorisant les projets « verts » vont être instaurées très vite. Mais si les banques rescapées ne prêtent pas, elles ne prêtent pas, point final.
L’Etat n’aura certainement pas les moyens de financer tout cela sur ses fonds propres. Sans parler de l’éducation, du système de santé, de retraite, etc… Non, même en arrêtant la guerre, Obama aura du mal à bâtir la société plus écologique qu’il appelle de ses vœux. C’est difficile de changer le monde !
Un mégaprojet entre In Salah et Tamanrasset
Une double conduite d’eau sur 700 km dans le désert
Par M’hamed Rebah -Article paru dans la Nouvelle République le 11/03/09
En juillet 2010, si tout se passe bien et rien n’indique pour le moment le contraire, la ville de Tamanrasset, située à l’extrême sud du pays (à quelque 2000 km d’Alger), dans le Hoggar, démunie de ressources hydriques, du fait d’une pluviométrie très défavorable, recevra l’eau puisée à 700 km de là, à quelque 70 km de In Salah, à partir de la nappe du continental intercalaire. Sur cette longue distance, 100 000 mètres cubes d’eau seront ainsi transférés, en plein désert, chaque jour, vers Tamanrasset. Jusqu’à 2050, les besoins en alimentation en eau potable de toute la wilaya de Tamanrasset seront sécurisés.
Ce mégaprojet, comme le qualifient ses promoteurs du ministère des Ressources en eau, qui bénéficie d’une enveloppe financière conséquente, avoisinant le milliard de dollars, vise, en fait, à créer de meilleures conditions au développement socio économique du Grand-Sud. Les mines d’or du Hoggar seront alimentées grâce à cet ouvrage. On le sait : sans ressources en eau suffisantes, les activités agricoles, ou d’élevage, et industrielles ont du mal à se développer. Tout le long du tracé, qui suit celui de la route transsaharienne, entre In Salah et Tamanrasset, des centres de vie viendront s’ajouter à ceux qui existent déjà. Les routiers qui empruntent cette partie de transsaharienne auront à leur disposition les stations-services et les relais où ils pourront récupérer de la fatigue de la route et procéder aux entretiens nécessaires à leurs camions poids lourds.
Trois compagnies chinoises et l’entreprise algérienne Cosider sont chargées de mener à bien les travaux d’une dimension exceptionnelle, pour reprendre les termes des responsables de l’Algérienne des eaux (ADE) qui pilote le projet. Il s’agit de la réalisation de 48 forages, la pose de plus de 1250 km de conduites métalliques - deux fois le tracé, car la conduite d’eau est doublée pour faire face à tout aléa et surtout éviter la rupture d’alimentation -, l’installation de six stations de pompage identiques, la mise en place du réseau de collecte (dont 8 châteaux d’eau et un réservoir de 50 000 mètres cubes) et enfin la station de déminéralisation (exigée par la salinité de l’eau, bien que son taux soit faible) qui aura une capacité de 100 000 mètres cubes correspondant à la quantité d’eau qui sera transférée quotidiennement. Les stations de pompage qui exigent une forte puissance énergétique fonctionneront au gasoil qui sera livré par la raffinerie d’Adrar.
Il convient de souligner que les conditions dans la région sont particulièrement dures et contraignantes : le climat très chaud (à des moments de la journée, la température dépasse souvent les 50 °) mais aussi le relief et le sol (par endroits rocheux) ne se prêtent à un avancement rapide des travaux. Mais aux dernières nouvelles, le rythme est appréciable et le projet prend forme.
Rappelons que le continental intercalaire fait partie du système aquifère du Sahara septentrional qui recouvre une superficie de plus d’un million de km2 répartis sur les territoires de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye. Il comprend également le complexe terminal. Les réserves d’eau de ce système aquifère sont estimées à 60.000 milliards de m3 dont 40.000 environ en Algérie. Ce sont des réserves fossiles dont la durabilité dépend de la façon dont elles sont exploitées. M’hamed Rebah
Un système qui donne de l’eau à l’est du pays
L’horloge de Beni Haroun
Par M’hamed Rebah - Article paru dans la Nouvelle République le 12/03/09
On l’appelle le système Beni Haroun. Il consiste en un ensemble de cinq barrages (Beni Haroun, Oued El Athmania, Ourkis, Boussiaba, Koudiat M'daouar) et d’infrastructures complémentaires, dont deux stations de traitement, qui permettent de transférer de l’eau stockée dans le plus grand des cinq barrages, celui de Beni Haroun, vers les populations de six wilaya de l’est-algérien : Mila (où se trouve ce grand barrage), Batna, Khenchela, Oum el Bouaghi, Constantine et Jijel. Sur une capacité théorique optimale de 960 millions de mètres cubes, le système Beni Haroun a pour objectif de transférer 530 millions de mètres cubes d’eau par an. Le plus extraordinaire est dans la longévité des travaux de construction de ce complexe hydraulique : ils ont commencé à la fin des années soixante pour se terminer en 2007. Il y a quelques années, alors que sa construction allait bon train et que l’on s’acheminait vers la mise en eau du barrage de Beni Haroun, des craintes sont apparues quant aux conditions de sécurité entourant ce système. Le ministre des Ressources en eau, Abdelmalek Sellal, avait dû intervenir pour démentir les propos pessimistes sur l’avenir du barrage et rassurer sur les soucis de sécurité exprimés dans la presse. Devant les suspicions de « défaut », le directeur de l’alimentation en eau potable (AEP) au ministère avait tenu à souligner, pour sa part, que « le complexe Beni Haroun est parfaitement réalisé et fonctionne comme une horloge ».
Une enveloppe financière conséquente a été prévue pour l’entretien du système de Beni Haroun. Les responsables veulent éviter qu’il connaisse le même sort que les barrages existants restés longtemps sans entretien et livrés à la pollution et à l’érosion. L’état de l’environnement en Algérie étant ce qu’il est – une crise écologique visiblement permanente – le risque de pollution et d’eutrophisation du aux rejets de toutes sortes de déchets (y compris cadavres d’animaux) et aux eaux usées (chargées de pesticides et de polluants chimiques), n’a pas été écarté. Pour y faire face, une station d’épuration des eaux usées a été envisagée. On a parlé également du couvert végétal insuffisant pour empêcher l’érosion et l’envasement du barrage. Riposte : le bassin versant du barrage Beni Haroun est concerné par un programme de revalorisation des forêts, étalé de 2008 à 2010, mis en œuvre par la Direction générale des forêts (DGF) et financé par Sonatrach.
C’est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), créé entre l’Agence nationale des transferts et barrages (ANBT) et l’ADE, qui est chargé de la gestion et l’entretien du système Beni Haroun. Une attention spéciale est accordée à la maintenance qui a toujours été le point faible des équipements dans le secteur de l’hydraulique.
La preuve que les choses commencent bien, un confrère a récemment annoncé que le premier chalutier de pêche en eau douce a navigué dans les eaux du barrage de Beni Haroun. Plusieurs espèces dont des variétés de carpe et le barbeau, sont cultivées dans ce bassin immense.
Mais, évidemment, là n’est pas la principale fonction du système Beni Haroun. D’après les données du ministère des Ressources en eau, ce sont environ 4,5 millions d’habitants qui bénéficieront d’un approvisionnement en eau quotidien, grâce à ce système. Jusque là, ils étaient soumis à un rationnement difficilement supportable qui ne leur permettait d’avoir de l’eau qu’un jour sur d’eux, dans le meilleur des cas, le plus souvent un jour sur trois ou quatre et même un jour sur cinq voire parfois plus. Six couloirs assurent le fonctionnement du système pour l’AEP. Enfin, les agriculteurs des régions desservies par le barrage pourront dire adieu à l’utilisation des eaux usées, 41 000 hectares de terres pourront être irrigués à l’aide de l’eau du système Beni Haroun. M’hamed Rebah
Haro sur le lac Trasimène
Par Elisabeth Schneiter
L’un des plus beaux lacs d’Italie, le lac Trasimène en Ombrie, dont l’eau est pompée illégalement se transforme en un marécage. Et les belles collines bleues alentour, peintes par le Perugino, sont défigurées par des lotissements de plus en plus nombreux.
Comment?
Lentement, imperceptiblement, depuis plus de quinze ans, le niveau du lac baisse régulièrement sans qu’aucune mesure utile ne soit prise. Beaucoup de pseudo conférences, réunions, missions spéciales qui ne sont que de la poudre aux yeux.
Et la Présidente de la Région d’Ombrie, en 2003, année de canicule, en 2004 et en 2005 encore, a autorisé le pompage de l’eau.
Cette région qui est l’une des plus belles de l’Italie est menacée par un changement radical du paysage et de l’environnement, car les zones où le lac n’a plus qu’un mètre ou moins de profondeur risquent de s’assécher très rapidement. Le Trasimène qui est passé de 124 km2 à 114 km2 a perdu environ 20% de sa superficie et presque la moitié de son eau. Pour ce qui en reste, 80% environ a une profondeur moyenne de moins de 3 mètres, au lieu de 6,5 il y a vingt ans !
Et, en contradiction avec une loi nationale italienne qui protège les forêts, les collines boisées qui entourent le lac sont constamment rongées par de nouvelles constructions, grâce à un tour de passe-passe entre l’autorité de l’État et celle des communes.
Il est urgent de protéger sérieusement cette merveille italienne qui risque de subir le même sort que la mer d’Aral!
Un Parc naturel qui n’existe que sur le papier!
Le Parc naturel régional, créé en 1995 pour protéger le lac et son environnement n’existe qu’en théorie. Prévu pour englober l’ensemble des collines qui forment le bassin naturel du lac, il a été réduit à la surface de l’eau et aux rives, sur quelques dizaines de mètres seulement !
Les communes qui entourent le lac, avides et peu soucieuses du long terme, ont refusé le tracé prévu car elles préfèrent le béton et les profits immédiats.
Ainsi, l’existence apparente du « Parc » permet d’obtenir des subventions tout en n’empêchant pas le développement inconsidéré de zones industrielles et autres lotissements touristiques, décharges, ou projets divers comme deux nouveaux ports de plaisance (200 et 400 places) alors qu'il n'y a plus d'eau… Toutes ces réalisations empiètent sur les rares m2 consacrés au parc naturel du Trasimène. Et dans le bassin hydrométrique du lac (watershed) zone prévue à l’origine pour faire partie du Parc Naturel, on trouve d'autres réalisations dévastatrices, champ d’exercice de tir, carrières de gravier et autres.
Même ce simulacre de Parc naturel n’est pas respecté :
- l'eau n’est pas protégée, elle est pompée en dépit du bon sens par quatre énormes pompes qui arrosent jusqu’en Toscane. Pompage qui continue malgré les avertissements européens…
- On coupe les roseaux tout autour du lac, malgré les lois qui interdisent de le faire, pour créer des plages et des ports.
- La « piste cyclable » récemment aménagée avec des subsides européens, passe trop près de l’eau, à travers des zones humides où elle a détruit tout un écosystème précieux. Autre anomalie, cette piste mesure, par endroits (à Castiglion del Lago) 2,5 mètres de large et sert plus aux 4/4 et autres quads qu’aux cyclistes.
- La « réserve d’oiseaux », au Sud Est du lac, l’Oasi de San Savino, est coupée par des champs cultivés avec bruits de tracteurs, épandage d’engrais et autres activités incompatibles avec une zone humide destinée à favoriser le repos des oiseaux migrateurs, comme des hôtels, Ali sul Lago qui se vante d’être situé dans le parc régional du lac, par exemple.
Les mystères de l’eau du lac
Le niveau du lac baisse inexorablement et depuis 1989 l’eau du lac n’a pas été renouvelée. La concentration en engrais et autres toxiques, provenant des stations d’épuration qui fonctionnent mal (à Castiglion del Lago) augmentent la concentration des polluants.
À qui sert cette eau ? Aux agriculteurs d’Ombrie et de Toscane dont certains ne semblent planter et n’arroser que pour recevoir des subventions européennes : on voit souvent des champs entiers de plants de tabac ou de maïs (très hydrovores) sécher sur pieds... D’où l’idée qu’après avoir pu justifier d’une récolte à venir, les cultivateurs ne se soucient plus, une fois reçus les fonds, de récolter.
L’eau sert aussi à abreuver les quelques 80 000 porcs et 800 000 volailles (sans compter ceux qui ne sont pas déclarés officiellement) qui peuplent les élevages intensifs présents autour de ce lac, avec une production d’environ 150 000m3 de lisier. Et il n’est pas certain que la façon dont on se débarrasse de ce lisier soit conforme !
La seule solution en vue, l’arrivée de l’eau de la digue du Monte d’Oglio, pour laquelle le gouvernement italien a ordonnancé les fonds en 2004, ne portera pas d’eau au lac mais seulement aux cultures, et n'arrivera que si la Région gère correctement l’argent reçu de l’État. Nous sommes en 2009 et toujours rien. D'ailleurs l'eau manque aussi dans le Tibre et la Toscane semble moins disposer à la donner à l'Ombrie.
Tourisme ou industrie ?
Paradoxalement, ou hallucination collective, alors même qu'elles détruisent leurs paysages, les communes lacustres misent sur le tourisme, et sont en train de s’équiper en ports de plaisance, aquariums et autres piste cyclable et campings autour du lac. Elles construisent des lotissements de studios de vacance, des super marchés... alors que l’eau est de plus en plus trouble et que plus personne ne s’y baignait en 2008. Les algues qui affleurent, la présence de ragondins, la propreté incertaine de l’eau et la baisse de qualité de vie (nuisances dues au bruit, dégradation de l’esthétique, de l’air…) attirent de moins en moins les touristes.
Au lieu d’en tirer les leçons évidentes et de protéger l’environnement, on continue à détruire les richesses naturelles, appauvrissant ainsi définitivement la région.
Les communes persistent dans une vision convenue et dévastatrice du développement. Elles font creuser des canaux souterrains pour faire passer les bateaux qui desservent les îles espérant ainsi déguiser le manque d’eau, et répandre des insecticides pour combattre les insectes qui se développent sur les rives d’eau stagnante…
Oui l'Italie était l'un des plus beaux pays au monde, avec ses villes d'art et ses paysages harmonieux. Mais aujourd'hui les paysages se transforment en banlieues et les villes en galeries commerciales. Continuer de fermer les yeux devant ce massacre, particulièrement dramatique en Ombrie, n'aidera pas à l'empêcher!
Par Èlisabeth Schneiter
Février 2009
La DGF met en place un réseau d'observateurs
L'ornithologie à l'honneur
Par M'hamed Rebah (Article paru dans la Nouvelle République le 4 février)
A l'occasion de la célébration de la journée mondiale des zones humides, la sous-directrice des Parcs nationaux et des groupements végétaux naturels au sein de la Direction générale des forêts (DGF), Mme Ghania Bessah, a annoncé la création prochaine d'un réseau national d'observateurs ornithologues, chargé du recensement et du suivi de l'avifaune dans les zones humides en Algérie. Un arrêté ministériel précisera les contours de ce réseau qui comprendra, outre le personnel de la DGF (gardes forestiers notamment), des universitaires et des membres d'associations de protection de l'environnement qui participeront ainsi, dans le cadre d'un dispositif technique et administratif, organisé et coordonné, à l'observation de l'avifaune hivernale et nicheuse en Algérie. C'est la première fois qu'un réseau impliquant la population dans la protection de la biodiversité, est mis en place dans notre pays.
A la DGF, on explique cette mesure par « l'importance nationale et internationale des zones humides en Algérie et le nombre sans cesse grandissant d'oiseaux qui les peuplent ». L'intérêt des zones humides algériennes vient du fait qu'elles occupent une position stratégique sur deux grandes voies de migrations internationales et qu'elles constituent des sites d'hivernage et de reproduction de première importance entre la mer Méditerranée et le Sahara. A titre d'exemple, dans les nombreuses zones humides (lacs, étangs, marécages, sols détrempés, aulnaies…) du Parc national d'El Kala (PNEK, dont la renommée a dépassé les frontières depuis l'affaire de l'autoroute est-ouest), qui est une étape vitale dans la grande voie de migration ente l'Europe occidentale et l'Afrique, on enregistre 70 espèces d'oiseaux d'eau. Dans cette partie du pays, chaque hiver, ce sont des dizaines de milliers d'oiseaux migrateurs de différentes espèces qui sont recensés. Les oies cendrées regagnent les lacs Tonga et Oubeïra (qui font partie du PNEK) par centaines. Dans le chott El Hodna, ce sont les flamants roses, par milliers, que l'on observe. Cet hiver, dans la wilaya de Bordj bou Arréridj, plus précisément à Ras el Oued, un écologiste qui observe depuis longtemps, mais de façon isolée, les oiseaux migrateurs, a noté la présence de la cigogne blanche, du vanneau huppé et de trois espèces de canard, dans une zone semi-marécageuse étalée sur 30 hectares. Intégré dans le réseau qui sera mis en place par la DGF, cet observateur pourra sortir de son isolement et contribuer plus efficacement à la protection de l'avifaune grâce au soutien technique (matériel et conseils) de ce réseau. Sa motivation sera renforcée en sachant qu'il participe à une action coordonnée dont l'impact a une dimension internationale, les oiseaux migrateurs n'ayant pas d'identité nationale.
Un rapport concernant l'état de conservation des oiseaux d'eau migrateurs sur les voies de migration d'Afrique-Eurasie, préparé par Wetlands International pour le compte de l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA) publié en septembre dernier, révélait que 41 % des tendances connues pour 522 populations d'oiseaux d'eau migrateurs sur les itinéraires en Afrique et en Eurasie montrent des tendances au déclin.
Selon ce rapport, le déclin du nombre d'individus de nombreuses espèces est enregistré le long des itinéraires de migration d'Afrique-Eurasie dans des régions utilisées par ces oiseaux pour la reproduction, la migration et l'hivernage à travers les continents africain et eurasien. Sa cause : « la destruction et l'exploitation non durable des zones humides qui s'expliquent en grande partie par un développement économique peu planifié ». Les activités humaines « non durables » dans les zones humides, auxquelles s'ajoutent les effets du changement climatique, entraînent la destruction de l'habitat de l'avifaune. Ce résultat est fatalement atteint quand le les actions de développement l'emportent sur l'effort de conservation. M'hamed Rebah
A Ain Sefra
Arc en Ciel veille sur les zones humides
Par M'hamed Rebah (Article paru dans la Nouvelle République le 4 février)
A Ain Sefra, dans la wilaya de Naama (sud-ouest du pays), à quelque 450 km d'Oran, une association de protection de l'environnement, créée en 2007 et appelée Arc en Ciel, mène une action de sensibilisation pour la sauvegarde et la valorisation des zones humides de la région, en collaboration avec l'ambassade des Pays-Bas en Algérie. Son slogan renferme tout un programme : « valorisons nos zones humides…soyons éco citoyens ». Son action touche particulièrement les clubs verts des écoles et centres de formation professionnelle pour adultes (CFPA) et s'appuie sur le support médiatique offert par la radio locale. Elle a lancé deux concours : l'un, intitulé « la nature et l'homme dans la région d'Ain Sefra », pour le meilleur dessin, et l'autre, intitulé « faune, flore et nature des zones humides (oasis de Tiout et Moghrar et le cirque de Ain Ouarka) », pour le meilleur exposé. Ces concours s'adressent aux jeunes d'Ain Sefra, âgés de 6 à 19 ans répartis en trois catégories correspondant aux cycles scolaires : primaire, moyen, secondaire. Un règlement fixe les modalités de participation aux concours, la date de clôture, la composition des commissions de sélection et des jurys ainsi que la nature des prix qui récompenseront les meilleurs.
Selon son président, Abdallah Kazène, l'association a intensifié son travail pour renforcer la « culture » des clubs verts au niveau des établissements scolaires en incitant les directeurs et les professeurs à créer de tels espaces. Elle a distribué des outils pédagogiques dans les établissements (une école primaire, quatre CEM, deux lycées et un CFPA) qui ont manifesté leur intérêt pour les clubs verts .
Le président d'Arc en Ciel annonce que son association va participer à une émission hebdomadaire sur l'environnement, diffusée par la radio locale de Naama. Cette émission présente l'avantage de recevoir les autorités et des acteurs de l'environnement pour débattre de l'actualité écologique. Le correspondant de la chaîne 3 de la radio nationale a promis de couvrir les actions de l'association notamment pour le volet sensibilisation à l'éducation environnementale. Pour la célébration de la Journée mondiale des zones humides, Arc en Ciel a confectionné des affiches, autocollants, banderoles et autre supports de sensibilisation.
L'Association a organisé, le lundi 12 janvier 2009, un séminaire sur le thème « l'écocitoyenneté et la préservation des zones humides de la région de Ain Sefra», à l'amphithéâtre du CFPA Hadri Mohamed, d'Ain Sefra. Quelque 120 personnes y ont pris part dont beaucoup d'élèves des établissements scolaires et du CFPA. Abdallah Khazene, président de l'association Arc en Ciel, Tahar Bousmaha, ingénieur forestier, et Mejdoub Tilouli, imam, sont intervenus pour expliquer l'importance des zones humides de la région d'Ain Sefra et la nécessité de les préserver de tout acte de dégradation.
La région d'Ain Sefra abrite trois zones humides, les oasis de Tiout et Mohgane (ensemble, elles couvrent une superficie de 195 500 ha) et le lac d'Ain Ouarka (2350 ha), classées depuis 2003 sur la liste de Ramsar qui comprend les sites d'importance internationale. Les deux oasis se caractérisent par des variétés locales de palmier-dattier d'excellente qualité appelées Feggous et Aghrass, dont les qualités naturelles de conservation sont rares, selon les spécialistes. Ces oasis abritent des espèces caractéristiques: bec croisé, pigeon ramier, merle bleu, guêpier, huppe, circaète, aigle de Bonelli, gypaete, perdrix. Le lac, quant à lui, est présenté comme un excellent biotope pour le pistachier de l'Atlas (betoum). On y trouve une faune remarquable : varan, fouette-queue, genette, fennec, porc épic, hyène rayée ainsi que des passereaux et des rapaces. Au moins, 19 espèces d'oiseaux d'eau y ont été recensées. M'h.R.

Par Claude-Marie Vadrot
Article publié sur son blog www.horreurecologique.blogspot.com/ le 29/12/08
Ayant souvent séjourné, jusqu'à l'année dernière, à Gaza pour des reportages, sans me prononcer sur la responsabilité des uns et des autres, je voudrais rappeler que Gaza n'est pas un enfer seulement depuis samedi. Depuis plusieurs années, les Gazaouis survivent dans un enfer environnemental. Ils ont droit à toutes les pollutions, lesquelles expliquent l'augmentation des maladies pulmonaires et des intoxications. Le ramassage des ordures, toutes natures confondues, n'étant plus assuré depuis longtemps, sauf parfois dans le centre de Gaza-ville, près du siège du Hamas, elles brûlent jour et nuit, dégageant des vapeurs irritantes et de la dioxine provenant des plastiques et des batteries usagées. Comme l'électricité n'est plus distribuée à Gaza que quelques heures par jour (les bons jours...) les Gazaouis qui en ont les moyens, mais aussi les administrations et les hôtels de luxe installés sur le bord de mer, mettent en route des petits ou gros groupes électrogènes fonctionnant avec du gazole de mauvaise qualité. Ce qui a pour effet d'augmenter la pollution de l'air. Touchée par des tirs israéliens, la station d'épuration ne fonctionne plus. Toutes les eaux usées s'en vont donc dans la mer ou bien grossissent l'immense lac d'eau putride qui d'étend un peu plus chaque année dans le nord du territoire, la zone où les combats sont les plus intenses : les maires de la région ont fait dresser les plans d'une nouvelle station d'épuration que l'Europe refuse de financer en arguant qu'elle serait aussitôt détruite par les tirs israéliens. Les mêmes qui touchent souvent la digue bordant le lac, provoquant l'envahissement des maisons et des caves d'immeubles. Au pied des immeubles bordant ce « lac », l'été, l'odeur est insupportable. Comme elle l'est toute l'année sur les bords du Wadi Gaza, la seule rivière du territoire. Un cours d'eau qui constituait, il y a des années, une zone de repos pour des milliers d'oiseaux migrateurs, aussi bien des rapaces que des cigognes faisant halte sur leur route les ramenant d'Egypte ou du Soudan. Aujourd'hui, aucune vie n'est discernable dans les eaux du Wadi Gaza dont le fond est tapissé d'algues vertes : plus un poisson. Les nappes phréatiques sont de plus en plus polluées par des produits chimiques et des bactéries : c'est pourtant avec cette eau que les Gazaouis qui en ont la possibilité, en dehors de Gaza-ville notamment, arrosent leurs petits « jardins de survie ». Depuis trois ans, il n'y a jamais eu autant de gastro-entérites et d'empoisonnements mortels, constatent les médecins. En raison de l'interdiction faite aux pêcheurs par la marine israélienne de gagner le large, c'est dans des eaux polluées, des eaux d'égouts salées, qu'ils prennent de moins en moins en moins de poissons aux nageoires souvent rongées par des produits chimiques. C'est dans ces eaux qu'à la belle saison se baignent les enfants et les habitants de Gaza. Avec les conséquences que l'on imagine. La surpopulation du territoire, probablement aujourd'hui plus d'un million et demi d'habitants pour 378 kilomètres carrés, soit 4200 habitants au kilomètres carrés, a entraîné la quasi disparition des espaces naturels et des espèces sauvages et il faut bien chercher, vers le sud du territoire, pour trouver quelques arbres. Au-delà de la tragédie des morts, ceux d'aujourd'hui ou ceux d'hier, les habitants de Gaza vivent donc dans un enfer environnemental permanent. Le PNUE, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement l'a d'ailleurs très bien décrit, il y a quelques années. En expliquant que sur tous les points la situation n'est guère plus enviable en Cisjordanie. Malheureusement, ce rapport qui est à la fois prudent et courageux, a fini dans les tiroirs des Nations unies et d'un certain nombre de gouvernements. La destruction de la santé par l'empoisonnement des ordures ménagères qui brûlent, on la retrouve aussi en Cisjordanie où la situation politique fait que le parcours d'une benne à ordures dure deux à trois jours. Au point que les colons israéliens finissent par se plaindre des effluves empoisonnés qui finissent par les atteindre, la Cisjordanie se transformant peu à peu comme Gaza en un véritable champ d'ordures encombrées de carcasses de voitures, de camions et de réfrigérateurs. Une dernière remarque sur l'environnement dans Gaza : la pollution par le bruit. Il y a d'abord celui des armes et des bombes auxquelles les gens ne s'habituent pas, mais aussi toutes les nuits pratiquement le bruit des avions qui pour des raisons de guerre psychologique passent volontairement le mur du son au-dessus de Gaza-ville. Les adultes et surtout les enfants sont réveillés plusieurs fois la nuit par un ou plusieurs avions supersoniques. Quand on est journaliste, on passe huit jours, quinze jours, et on oublie rapidement ces réveils en sursaut et le sommeil repris dans l'attente de la prochaine explosion supersonique. Quand, on est sur place, on finit par sinon devenir fou, tout au moins avoir des problèmes psychologiques. Ce dont témoignent les rares médecins étrangers travaillant dans le territoire A ce propos, une anecdote vécue : je ne parle pas l'arabe et quand je suis à Gaza, un interprète travaille régulièrement avec moi. Un samedi soir, il y a quatre ou cinq mois, je l'ai invité avec sa femme et ses deux enfants à l'hôtel où j'étais, espèce d'oasis pour étrangers au bord de la mer. Nous avons passé une soirée agréable ; les enfants étaient plutôt contents, et nous sommes repartis dans les rues de Gaza. J'ai raccompagné en voiture l'interprète, sa femme, sa famille, et brusquement il y a eu des pétards qui ont éclaté dans la rue. C'était un mariage tout simplement, rien de grave, mais les gosses ont hurlé, gueulé pendant une heure à cause de ce bruit, qui les avait totalement traumatisés, parce que pour eux un bruit c'est la guerre, il ne faut jamais oublier cela quand on parle de Gaza : la pollution par le vacarme.

Par Hélène Crié-Wiesner
Article paru dans Politis le 08/01/09
Le 2 décembre, les neuf juges de la Cour suprême des Etats-Unis se sont penchés sur un cas d'école soumis par les compagnies électriques. Celles-ci leur demandent – en gros- d'évaluer le prix des poissons et du plancton décimés par leurs 550 centrales réparties sur le territoire américain.
Ces dernières années, les électriciens ont localement perdu tous les procès intentés par des associations environnementales et plusieurs Etats. Avec cet ultime appel, elles jouent leur dernière carte avant l'arrivée d'Obama, lequel a promis de faire table rase de l'abominable passé anti-écolo de l'administration Bush.
Aujourd'hui, les centrales électriques sont tenues « d'utiliser les meilleures technologies disponibles » pour minimiser leur impact sur les ressources en eau. Si les centrales modernes utilisent relativement peu d'eau pour se refroidir, les vieilles installations sont dévastatrices pour la faune et la flore aquatique. La question est donc de savoir si ces dernières doivent procéder à des travaux de rénovation.
Les compagnies disent que ce serait trop cher. De fait, sous le règne de Bush, l'Environmental Protection Agency (EPA, ministère de l'Environnement) les a autorisées à passer outre « quand elles peuvent prouver que le coût de remise à niveau serait plus élevé que les bénéfices attendus » . Quels bénéfices ? Rien de plus que des plans d'eau plein de poiscailles en bonne santé, qui profiteraient aux pêcheurs amateurs et professionnels, et aux touristes. Fi donc ! Combien vaut un kilo de poisson à l'aune d'un mégawatt indispensable à la vie économique d'une nation ?
Les environnementalistes ne sont pas des thons en matière d'économie, ils savent tout cela. Mais ils refusent que la loi sur l'eau soit appliquée selon la règle basique de la comparaison coûts/bénéfices. A quoi les avocats des électriciens rétorquent : « Si vous ne pouvez pas fournir quelques analyses coûts/bénéfices sur ce sujet, la perspective de dépenser des millions de dollars pour sauver une poignée de poissons est tout simplement absurde. »
Aux super juges de décider, donc. Ils sont neuf, inamovibles, dont sept ont été nommés par des présidents républicains. A priori – mais rien n'est sûr en matière d'environnement - les électriciens comptent sur leur appui. Car ils savent avec certitude que le futur patron (ou patronne, si l'on en croit les rumeurs) de l'EPA aura à cœur de changer l'échelle des valeurs. Mais si la Cour suprême décide d'appliquer cette règle des coûts-bénéfices au champ de l'environnement (ce sur quoi elle n'a jamais été consultée), la nouvelle EPA n'y pourra rien changer. Toutes les futures législations seront affectées, et Obama pourra se brosser pour mettre en place des politiques que les industriels dénonceront comme « trop chères en regard des bénéfices escomptés » . Il va sans falloir en rabattre quant aux espoirs démesurés placés dans le nouveau président.
Hélène Crié-Wiesner
Retrouvez également Hélène Crié-Wiesner dans sa chronique American ecolo sur le site Rue 89, où elle consacre un article à deux livres qui prônent la rupture avec le capitalisme : celui d'Hervé Kempf « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » et celui de James Gustave Speth "The Bridge at The Edge of The World: capitalism, the environment, and crossing from crisis to sustainability" . Traduction approximative: "Le Pont du bout du monde: le capitalisme, l'environnement, et le passage de la crise vers la durabilité."
http://www.rue89.com/american-ecolo/2009/01/08/ecologie-pour-sauver-la-planete-les-petits-gestes-ne-suffisent-pas

Par M'hamed Rebah
(Article paru dans La Nouvelle République du 26/11/08)
Le comité de sauvegarde du Parc national d'El Kala (PNEK, sur le littoral, à l'extrême est de l'Algérie) maintient sa mobilisation contre le passage d'un tronçon de 17,5 km de l'autoroute Est-Ouest à l'intérieur de ce sanctuaire de la nature, théoriquement protégé par la loi algérienne.
La pétition lancée par le comité a été signée par quelque 20 000 personnes. Elle appelle les autorités à choisir, pour ce tronçon, un tracé respectueux de l'environnement et en conformité avec les textes juridiques qui régissent le PNEK. On sait que, malgré cette protestation, les écologistes ont eu la désagréable surprise d'apprendre, au début de cette année, que les premiers bulldozers étaient entrés dans le PNEK et avaient commencé à remuer la terre, en violation du statut officiel de ce territoire qui en fait une aire protégée. Il s'agissait de travaux de défrichement et de terrassement de l'assiette. Les défenseurs du PNEK ne se sont pas découragés pour autant, «le défrichement du tronçon est terminé, mais tout reste possible tant que les constructions n'ont pas été entamées et… achevées», peut-on lire dans leur appel diffusé au printemps dernier.
En riposte à la protestation des écologistes, au lieu de contourner le PNEK, en changeant carrément le tracé de cette portion, les responsables de l'autoroute Est-Ouest ont cherché plutôt à contourner le problème, en créant – «pour rattraper les dégâts» - un observatoire dont le fondement légal est inconnu.
Les incertitudes sur la volonté des autorités tunisiennes de prolonger l'autoroute par la partie sur leur territoire et les informations selon lesquelles ces mêmes autorités n'ont pas, dans tous les cas, l'intention de porter atteinte à leurs aires protégées, en y faisant passer l'autoroute, devraient inciter les responsables algériens à revoir le tracé qui passe par le PNEK. Les animateurs du comité de sauvegarde du PNEK ne manquent pas de souligner, à chaque occasion, que plus personne dans le monde ne fait passer une autoroute par une aire protégée.
Pour rappel, le PNEK, sur la côte est-algérienne, est un territoire classé de près 80 000 hectares, renfermant plusieurs écosystèmes originaux, «un réservoir de la biodiversité de la région méditerranéenne elle-même considérée comme un cas à part à la surface de la planète pour être de faible étendue mais à l'origine des principales espèces cultivées aujourd'hui pour l'alimentation et la santé de l'humanité», selon un de ses anciens directeurs. La liste des espèces que le PNEK abrite est impressionnante : 850 espèces végétales, le tiers de la flore d'Afrique du Nord, 37 espèces de mammifères dont 2 chiroptères et l'hypothétique phoque moine, 21 rapaces nicheurs dont l'aigle pêcheur et le faucon d'Eléonore, 70 espèces oiseaux d'eau dont le fuligule nyroca ou l'érismature à tête blanche, 9 oiseaux marins, une centaine de passereaux, des centaines de fleurs, d'orchidées, le nénuphar blanc, etc. Avec ses nombreuses zones humides (lacs, étangs, marécages, sols détrempés, aulnaies…), le PNEK qui offre des sites d'hivernage mais aussi de nidification aux oiseaux migrateurs, est, souligne son ancien directeur, «une étape vitale dans la grande voie de migration ente l'Europe occidentale et l'Afrique» C'est ce joyau que les bulldozers agressent pour préparer le terrain au bitume et ouvrir le passage aux camions de marchandises roulant au diesel et polluant l'atmosphère. M'hamed Rebah
Par M'hamed Rebah
(Article paru dans la Nouvelle République le 12/11/08)
Les lundi 3 et mardi 4 novembre 2008 à Alger, s'est tenue une table ronde autour du thème « Créons un avenir vivable : éthique environnementale dans les pays du Maghreb », organisée par le Bureau du programme « Relations interculturelles avec les pays musulmans », de la GTZ, organisme allemand de coopération internationale pour le développement durable. Cette table ronde, consacrée aux liens entre l'islam et l'éthique environnementale au Maghreb, s'est déroulée avec la participation de scientifiques, de journalistes et d'imams ainsi que de représentants d'entreprises et d'organisations de développement (au total près d'une quarantaine de personnes de Tunisie, Mauritanie, Maroc, Allemagne et Algérie), ce qui a créé une bonne occasion d'échanges fructueux.
Pour justifier l'opportunité d'une table ronde sur ce thème, les organisateurs ont souligné les graves problèmes environnementaux, tels que « la pollution de l'air et des ressources en eau, la dégradation des terres agricoles et la désertification », auxquels sont confrontés les pays du Maghreb, ajoutés à leur « évolution démographique et économique allant de pair avec une urbanisation souvent insuffisamment contrôlée et une destruction de l'environnement en zones côtières ». Autres problèmes majeurs dans ce contexte : « la pénurie en eau et la dégradation de sa qualité qui affectent l'accès à l'eau potable, l'agriculture et le secteur touristique ». Les organisateurs de la table ronde considèrent que la protection de l'environnement et une utilisation durable des ressources naturelles sont des « enjeux majeurs pour le développement du Maghreb ». Face à ces enjeux, ils font remarquer que « des initiatives de la société civile et des politiques publiques se mobilisent dans ce sens, mais de nombreux défis demeurent ». Ils estiment que « les valeurs et les directives islamiques peuvent jouer un rôle important et les principes religieux liés à la conservation de la création peuvent faciliter la sensibilisation des populations aux problèmes environnementaux ». Dans ce sens, la présentation, faite par M. Moussa Abdellaoui, directeur des affaires religieuses de la wilaya d'Annaba (sur le littoral nord-est de l'Algérie), de l'expérience d'une campagne de sensibilisation sur les questions de l'environnement, engagée dans les mosquées de cette ville, avec la coopération de la GTZ, a fait ressortir l'impact des prêches et de la prière du vendredi sur la population en matière de protection de l'environnement. Un film documentaire réalisé par la chaîne franco-allemande, ARTE, sur cette expérience, a été projetée aux participants. A l'appui, une intervention de M. Ahmed Fekaïri, conseiller technique de la GTZ et principal animateur de l'expérience d'Annaba, qui a exposé les enseignements et les résultats de cette action traduits dans une meilleure organisation de la collecte des déchets ménagers et une plus grande propreté des quartiers concernés.
Le thème des changements climatiques (à partir d'observations faites au Maroc par Mme Annabelle Houdret, de l'Institut de recherche sur le développement et la paix de Duisbourg) ainsi que celui des ressources en eau (sur la base de communications du Dr Ahmed Khettab, professeur à l'Ecole nationale polytechnique d'Alger, et du Dr Raoudha Lahache Gafrej, de l'Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis) ont soulevé des débats qui ont révélé une riche diversité d'opinions.
Notons qu'il s'agit de la deuxième table ronde du genre, à l'initiative du Bureau du programme « Relations interculturelles avec les pays musulmans », de la GTZ. La première a eu lieu les 3 et 4 avril 2008, à Ifrane au Maroc dans les locaux de l'Université Al Akhawayn, sur le thème « tradition et modernité : la promotion d'un développement économique durable ». Les organisateurs de ces tables rondes comptent poursuivre leur action sur la problématique du dialogue interculturel.

Par M'hamed Rebah - Article paru dans La Nouvelle République
En novembre 2007, la presse algérienne annonçait un projet d'exportation d'électricité solaire d'Algérie à destination de l'Allemagne, via un câble de 3000 km de long. L'information avait été révélée à l'occasion d'une conférence algéro-allemande sur le thème «Sécurité énergétique et changement climatique, un défi pour l'Allemagne et l'Algérie», organisée à l'hôtel Sheraton, en présence du président de la République fédérale d'Allemagne, M. Horst Kohler, alors en visite à Alger, et du chef du gouvernement algérien, à l'époque Abdelaziz Belkhadem. Les journalistes qui ont couvert l'événement avaient rapporté tous les menus détails, y compris les coûts astronomiques, du projet concernant l'installation des centrales solaires dans le Sud algérien, d'une capacité de production d'électricité pouvant aller jusqu'à 6000 mégawatts (MW), avec un budget oscillant entre 12 et 18 milliards d'euros et concernant également la liaison par câble de 3 000 km qui relierait la ville de Adrar à Aachen (Aix-la-Chapelle), en traversant la Sardaigne, l'Italie du Nord et la Suisse et dont le financement était estimé à 2 milliards d'euros. Les sources de ces informations : le directeur général de New Energy Algeria (NEAL) et l'agence spatiale allemande. Les comptes rendus avaient fait ressortir la « portée stratégique » du projet destiné à assurer la diversification des ressources d'énergie importées par l'Union européenne et la sécurisation de leurs sources d'approvisionnement en énergie électrique. Seule réserve, de taille cependant, émise à l'époque par les journalistes : le projet était dans l'attente de l'accord des responsables politiques des deux parties ainsi que du consortium d'investisseurs appelé à acheter cette électricité solaire.
Près d'un an après, le 19 octobre 2008, dans le même hôtel Sheraton, aussi bien du côté algérien (le ministre chargé de l'Environnement) que du côté allemand (l'ambassadeur à Alger), on avoue ne pas connaître grand-chose sur l'évolution de ce projet. Interrogé à ce sujet, à l'occasion du premier salon algéro-allemand de l'environnement, l'ambassadeur d'Allemagne, Johannes Westerhoff, a fait remarquer qu'il n'y a pas de technologie pour transporter de l'énergie sur une aussi longue distance, il faut, a-t-il ajouté, une recherche énorme qui demande beaucoup d'investissements. Le projet est réaliste, mais il est difficile de définir l'horizon dans lequel il sera concrétisé, a conclu l'ambassadeur d'Allemagne.
La liaison Afrique du Nord - Europe à travers un réseau d'électricité solaire qui passe par la Méditerranée, reste du domaine du rêve. « Clean power from desert », un projet mort-né ?
Cela n'empêche pas l'Algérie de poursuivre son objectif qui est de produire 5 % de son électricité à partir de l'énergie solaire d'ici à 2015. Dans cette perspective, une centrale hybride combinant l'énergie solaire et le gaz naturel, la première à l'échelle mondiale, sera mise en service à Hassi R'mel, en 2010, selon les prévisions du ministère de l'Energie et des Mines. Elle produira 180 MW. Le coût de la réalisation, confiée à une société mixte algéro-espagnole, constituée entre NEAL et Abenar, est estimé à 350 millions de dollars.
L'Algérie compte sur l'Allemagne pour atteindre son objectif en matière d'énergie solaire. En janvier dernier, à Bruxelles, un accord de coopération a été signé entre le Centre Helmholtz de recherche aérospatiale (DLR) et NEAL pour la recherche dans le domaine de l'énergie solaire thermodynamique. Par ailleurs, l'Unité de développement de la technologie du silicium (UDTS) algérienne et la société allemande Sonnergy GmbH ont décidé de créer une société de droit algérien, ALEN, pour construire, à Berrouaghia, au sud d'Alger, une usine de silicium grade solaire.
Les Allemands sont intéressés par le marché algérien des énergies renouvelables qu'ils qualifient de très dynamique. Preuve de cet intérêt : la Chambre algéro-allemande de commerce et d'industrie (AHK Algérie) organisera du 30 novembre au 3 décembre 2008, en collaboration avec l'Agence Allemande de l'Energie (Dena), un séminaire sur le thème des énergies renouvelables et plus particulièrement l'énergie solaire, avec la participation d'une délégation d'hommes d'affaires allemands.

Par M’hamed Rebah (article paru dans le numéro de septembre de la revue Economia)
L'Algérie, en sa qualité de présidente du Groupe Afrique pour les changements climatiques, abritera la Conférence africaine des ministres de l'Environnement sur les changements climatiques les 19 et 20 Novembre 2008 à Alger. L’objectif de cette rencontre, selon des sources officielles, est de contribuer effectivement et efficacement à la prise en considération des préoccupations africaines face aux effets et conséquences des changements climatiques. La Commission pour les changements climatiques des Nations unies considère que les changements climatiques sont le plus grand danger pour l'environnement en Afrique subsaharienne, accélérant l'avancée du désert et l'érosion des côtes littorales. La Conférence d’Alger devrait permettre à l’Afrique de parler d’une même voix dans les futures négociations internationales pour que sa voix soit entendue à la Conférence des Nations unies sur le changement climatique qui se déroulera à Copenhague en décembre 2009.
Déjà , à la conférence d'Accra, qui s’est tenue, fin août, au niveau des experts - troisième rendez-vous depuis la conférence ministérielle de Bali en décembre 2007 et la dernière avant celle de Poznan (Pologne), en décembre 2008 - le cas particulier de l'Afrique a été évoqué longuement, les participants s'accordant sur le fait qu'il est impératif d'améliorer les mécanismes de développement propres (MDP). L'Afrique compte parmi les régions du monde les plus vulnérables au phénomène du changement climatique dont les effets se traduisent par la réduction de la production agricole, la détérioration de la sécurité alimentaire, l’incidence accrue des inondations et de la sécheresse, la propagation des maladies et l’augmentation du risque de conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau.
L’Afrique a besoin de mettre en œuvre des mesures d'adaptation et, pour cela, a besoin des technologies appropriées. En effet, la capacité des pays en développement à engager des actions pour atténuer les effets du changement climatique dépend du degré de transfert des technologies des pays développés aux pays en développement.
Selon les spécialistes, la part de l'Afrique subsaharienne représente une fraction minime des projets développés dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies pour le changement climatique (Ccnucc), de l'ordre de 1,4% sur un total de 3 700 projets soumis. Pourtant, toutes les institutions internationales s’accordent à dire que l’Afrique possède un potentiel énorme de développement de projets dans le cadre du MDP, particulièrement dans les énergies propres. Le PNUE estime que les projets MDP pourraient drainer en Afrique près de 1 milliard de dollars d'ici 2012. D’après la même source, le nombre de projets MDP en Afrique devrait passer de 71 à 150 à 230 en 2012. Déjà, six pays africains ont vu émerger leurs premiers projets MDP : la République démocratique du Congo,
Madagascar, Maurice, le Mozambique, le Mali et le Sénégal. Cette faiblesse de l’Afrique, en matière de projets de MDP, est du essentiellement au manque de capacités et de compétences locales ainsi qu’au manque de planification et aux lacunes dans la réglementation.

Par M’hamed Rebah (article paru dans le numéro de septembre de la revue Economia)
Depuis quelques mois, il n’y a plus de production d'amiante-ciment en Algérie. Les trois usines qui étaient spécialisées dans cette activité viennent d’être fermées et leurs sites doivent être soumis à une opération de désamiantage. Ces usines ont été construites dans les années 70 et étaient implantées à Zahana, dans la wilaya de Mascara, Meftah, près d’Alger, et Bordj Bou Arréridj, dans l’est-algérien. Une quatrième usine, celle du Gué de Constantine, dans la périphérie d’Alger, construite dans les années 50, durant la période coloniale, avait déjà été fermée à la fin des années 90. L’importation de produits à base d’amiante a également été interdite par le gouvernement.
C’est un peu la fin de l’aventure algérienne pour ce minéral fibreux et cristallin dont les « bonnes » propriétés physiques, chimiques et le faible coût, lui ont ouvert largement et partout les portes de l’industrie et du bâtiment. L’amiante est très résistant à l’action du feu et aux agressions chimiques diverses. Ses fibres sont assez souples pour pouvoir être tissées. Il n’est pas surprenant de le trouver dans une gamme très large de produits allant des plaquettes de freins jusqu’aux produits de protection contre les incendies ou d’isolation phonique. Il y a des cas où son utilisation est incontournable comme pour les garnitures de freins de poids lourds et les vêtements ignifugés de pompiers. On trouve l’amiante même dans les bijoux où il est mélangé à du quartz.
En Algérie, les quatre usines, aujourd’hui fermées, transformaient l’amiante importée pour l’essentiel du Canada, mais aussi d’Afrique du Sud, en le mélangeant au ciment pour la fabrication de tuyaux et de plaques en amiante-ciment, des produits destinés aux secteurs du bâtiment et de l’hydraulique. A coté de ces usines, qui appartiennent secteur public, d’autres usines privées utilisent l’amiante pour fabriquer les plaquettes de frein.
Contrairement à une idée fausse largement répandue chez les profanes, la chaîne alimentaire n’est pas concernée par le risque lié à l’utilisation de l’amiante. Ses nuisances, l’amiante les porte dans ses fibres et le danger vient uniquement des poussières d’amiante quand elles sont inhalées. En général, quand nous inhalons des fibres, notre système respiratoire possède tout un dispositif de défense. Les plus grosses peuvent être arrêtées par les poils du nez, les cils vibratiles et les muqueuses des conduits respiratoires, et rejetées à l’extérieur par le mouchage, la toux, les éternuements ou l’expectoration par crachats. La particularité des fibres d’amiante est qu’elles sont très fines, moins d’un micron, c'est-à-dire un millième de millimètre de diamètre. Inhalées, surtout en ambiance de travail, elles peuvent pénétrer de façon plus profonde dans le système respiratoire pour atteindre les bronches et elles restent prisonnières des alvéoles pulmonaires ou de la plèvre. A ce niveau, le dispositif de défense est moins efficace d’où le caractère irritant et nocif de ces fibres. Certaines particules ne seront jamais éliminées. Elles entraîneront des cancers pulmonaires et de la plèvre, des fibroses pulmonaires, des plaques pleurales. Le lien de cause à effet est difficilement établi entre l’amiante et ces maladies parce qu’elles n’apparaissent que vingt, trente, voire quarante ans après l’exposition. C’est pourquoi, les spécialistes considèrent que l’amiante handicape et tue lentement.
L’amiante constitue un des principaux problèmes d’environnement en Algérie. Les usines ont été des sources de pollution de l’environnement. Les poussières parvenaient jusqu’aux habitations et les déchets d’amiante étaient soit enfouis dans l’enceinte de l’usine soit carrément jetés dans les décharges. Le cadastre national des déchets dangereux, établi par les services de la direction générale de l’environnement (DGE), en a recensé des milliers de tonnes dont le stockage doit être rigoureusement contrôlé en attendant l’opération de vitrification éventuelle.
Ce n’est pas tout : ce matériau cancérigène a été systématiquement utilisé dans les constructions en Algérie, particulièrement dans les années 1980. Le désamiantage a commencé avec l’opération qui a touché la Coupole du complexe olympique du 5 juillet, à Alger, de décembre 2001 à octobre 2002. Cette première opération a coûté 10 millions de dollars.

Par M’hamed Rebah (article paru dans le numéro de septembre de la revue Economia)
Pour aider les ménages à faire une économie d’énergie sur l’éclairage domestique et alléger leur facture de consommation d’électricité, la direction commerciale de Sonelgaz a annoncé qu’elle allait distribuer, en octobre, 250 000 lampes basses consommations (LBC). Des lampes de ce type sont déjà disponibles dans le commerce mais la contrefaçon a, semble-t-il, quelque peu nui aux LBC conformes.
Selon des informations données il y a quelques mois par les responsables de l’Agence pour la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (Aprue), qui est partenaire de Sonelgaz dans cette opération, le prix de vente de la lampe, fixée à 250 DA, bénéficie d’un soutien du Fonds national pour la maîtrise de l’énergie. Cette première opération sera suivie d’autres durant les mois prochains. L’ADEME (Agence française de l’environnement et de maîtrise de l’énergie) apporte son soutien technique à ce programme d'envergure qui consiste en la diffusion, au total, d'un million de LBC.
Ailleurs, on appelle cela la sobriété énergétique, ce qui signifie ne pas s’arrêter à l’utilisation des énergies renouvelables mais regarder aussi vers la consommation. La démarche concerne, outre l’éclairage, le chauffage, la cuisine, le lavage et plein d’autres gestes quotidiens. Pour les dirigeants de l’APRUE, le secteur résidentiel qui représente, à lui seul, plus de 32 % de la consommation nationale, constitue un enjeu majeur pour la maîtrise de l’énergie. En novembre 2003, la Sonelgaz et la Télévision algérienne avaient procédé, avec les ménages algériens, à une opération-test pour montrer l’économie d’électricité que l’on peut réaliser en éteignant une ampoule qui serait restée allumée inutilement. En juillet dernier, les Marocains étaient appelés, un soir, à ne laisser, pendant 15 minutes, qu'une ampoule allumée. C’est la première grande expérience de rationalisation énergétique au Maroc où une opération de généralisation des lampes basses consommations dans les locaux de l'Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT) a été lancée, portant sur le remplacement de plus de 800 lampes, dans le but de réduire la facture électrique de l'OFPPT, tout en contribuant au Plan national d'efficacité énergétique mis en œuvre en 2008 et qui vise à réduire de 15 % les dépenses énergétiques à l'horizon 2020. En Tunisie, les autorités ont mis en œuvre un plan de diffusion des lampes basses consommations.
Un pays différent de ceux du Maghreb, l’Irlande, a décidé depuis la fin 2007, de mettre fin à la vente des lampes à incandescence à compter de l'an 2009. En Amérique latine, à Cuba, en 2005, Fidel Castro a fait changer les ampoules afin de diminuer la consommation d’électricité et au Venezuela, Hugo Chavez a offert 52 millions d’ampoules basses consommations à ses concitoyens. Dans ces deux pays, les lampes à incandescence sont interdites. En 2007, l'Australie a décidé l'interdiction d'ici à 2010 des ampoules classiques. En Californie, les lampes à incandescence pourraient être interdites à la vente en 2012. Les membres de l’Union Européenne veulent améliorer l'efficacité énergétique dans les bureaux et l'éclairage public (en 2008) ainsi que chez les particuliers (en 2009), par l’utilisation de lampes qui permettent d'économiser l'énergie. En Allemagne, l’art de « construire sain » a conduit à l’emploi de matériaux naturels, une plus grande sollicitation de la nature pour la ventilation et l’éclairage ainsi qu’une exploitation intelligente de ses éléments - soleil, vent, eau, biomasse et géothermie - comme potentiel d’énergie. Enfin, en Algérie, quand les autorités parlent d’éclairage performant et d’équipements électroménagers performants, il faut entendre « économie d’énergie », c'est-à-dire moins de consommation d’électricité. C’est un des axes d’un programme qui va jusqu’à 2011.
Les experts de l'Agence Internationale de l'Energie, qui prônent un changement du mode d’éclairage, rappellent que l'éclairage consomme jusqu’à 19% de la production d'électricité mondiale ou presque 2% de la consommation annuelle d'énergie et il engendre 1 700 millions de tonnes de CO2.

Par M'hamed Rebah (article paru dans la Nouvelle République)
Après la Conférence sur « les énergies renouvelables et bourse de coopération dans le domaine de l'énergie solaire », qui s'est tenue le 10 décembre 2007, et la première Rencontre nationale sur « la gestion des déchets solides », qui s'est déroulée les 15 et 16 janvier 2008, Alger va abriter les 19, 20 et 21 octobre 2008, à l'hôtel Sheraton, le premier Salon algéro-allemand sur l'environnement « EnviroAlgérie ». Cette manifestation, tout comme les deux qui l'ont précédée, est organisée conjointement par la Chambre algéro-allemande de commerce et d'industrie et l'organisme gouvernemental allemand de coopération technique (GTZ). Des opérateurs des deux pays intervenant dans le domaine de l'environnement, particulièrement dans les filières de la gestion des déchets, de la gestion de l'eau, des énergies renouvelables et de l'efficience énergétique, seront présents à ce premier salon (au Maroc, le Salon « EnviroMaroc » en est à sa quatrième édition). La Chambre algéro-allemande de commerce et d'industrie a prévu, à leur intention, un atelier de travail qui leur permettra de se faire connaître, de discuter d'idées de projets et d'établir des contacts professionnels ou d'intensifier les contacts déjà existants. Parallèlement au salon, une conférence, animée par des experts, s'étalera sur deux jours et portera sur les « énergies renouvelables/efficience énergétique », « gestion des déchets » et « gestion de l'eau ».
Les opérateurs algériens, encore peu nombreux dans le créneau de l'environnement, auront l'occasion, à la faveur de ce salon, de voir où ils en sont par rapport à ce qui se fait dans un pays pionnier en la matière comme l'Allemagne et de prospecter les opportunités de coopération avec les entreprises allemandes. Le segment vert de l'économie algérienne en est à ses débuts, mais il est appelé à se développer pour faire face aussi bien aux problèmes des déchets ou de la gestion de l'eau qu'aux défis environnementaux dans le domaine de l'énergie et de l'efficacité énergétique.
Ce premier salon algéro-allemand sera également l'occasion, justement, de faire l'état des lieux concernant les entreprises algériennes qui opèrent dans le domaine de l'environnement. Combien sont-elles ? Dans quels créneaux ? Quelle est leur taille ? Quelle place ont-elles dans les activités de protection de l'environnement ?
Il est intéressant, pour ces opérateurs, de savoir que le Programme des nations unies pour l'environnement (PNUE) avec le Bureau international du Travail (BIT), la Confédération syndicale internationale (CSI) et l'Organisation internationale des employeurs (OIE), ont rendu public récemment un rapport intitulé « Pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone », qui cite une étude selon laquelle le marché mondial des produits et services liés à l'environnement devrait doubler pour passer de 1370 milliards de dollars par an actuellement à 2740 milliards de dollars vers 2020. L'étude précise que « la moitié de ce marché concerne l'efficacité énergétique et l'autre moitié les transports durables, l'approvisionnement en eau, l'assainissement et la gestion des déchets » et donne l'exemple de l'Allemagne où la technologie environnementale devrait quadrupler pour atteindre 16 pour cent de la production industrielle vers 2030. Autres exemples significatifs tirés de ce rapport : le recyclage et la gestion des déchets emploient aujourd'hui quelque 10 millions de personnes en Chine et 500 000 au Brésil ; en Chine, 600 000 personnes sont déjà employées dans des produits de fabrication et d'installation d'énergie solaire tels que les chauffe-eau solaires.
Le rapport constate que « c'est lorsque le soutien politique au plus au niveau a été solide et cohérent que les marchés ont le plus prospéré et que les transformations ont le plus progressé ». Ce soutien, note le rapport, a notamment pris la forme « d'objectifs, d'amendes et d'incitations telles que les lois « feed-in » (tarif minimum garanti pour les énergies renouvelables), de normes d'efficacité pour les bâtiments et les appareils, ainsi que d'un secteur de recherche et développement dynamique ».
Le rapport indique que « l'évolution de l'emploi et de l'investissement liée aux actions entreprises pour faire face au changement climatique et à ses effets ont déjà généré de nouveaux emplois dans de nombreux secteurs et économies et pourraient créer des millions d'autres emplois, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement ». Il s'agit, naturellement, non pas d'une occupation saisonnière et encore moins précaire mais d'emplois décents et durables.

Par Hélène Crié-Wiesner
(Article paru sur le site de Rue 89 :
http://www.rue89.com/campagnes-damerique/2008/09/18/american-ecolo-lenvironnement-sinvite-dans-la-campagne
Quel candidat à la présidentielle a le meilleur programme de protection de l'environnement ? La question était peut-être pertinente jusqu'à la fin de l'été, mais aujourd'hui, presque tout le monde s'en moque. Sauf les écolos, qui s'arrachent les cheveux en assistant à ce spectaculaire revirement de l'opinion publique américaine.
Certes, « l'effet Palin » est passé par là : plus anti-écolo que la dame, y a pas ! Du fond de son fauteuil de maire, puis de gouverneure de l'Alaska, terre posée sur un gigantesque réservoir de pétrole, elle devait bouillir depuis deux ans. Car ses compatriotes basculaient doucement dans la prise de conscience de l'aggravation de l'effet de serre, de la réalité des changements climatiques, et commençaient même à envisager vaguement une évolution de leur mode de vie. Merci Al Gore !
Beaucoup d'Etats et de municipalités passaient à l'acte : audits des dépenses publiques d'énergie, chasse aux gaspis en eau et électricité, mesures favorisant l'accès des fermiers locaux (et parfois bios) aux marchés publics, limitation des bouteilles en plastique… Imperceptiblement, on voyait le citoyen lambda évoluer lui aussi : un peu de vélo par ci, plus de recyclage par là, mauvaise conscience affichée face à certains comportements de son entreprise, de sa « communauté »…
Les choses se sont brusquement enrayées en mai ( http://www.rue89.com/american-ecolo/moins-l-essence-etait-chere-plus-sa-hausse-fait-mal ), lorsque le gallon d'essence a atteint les 4 dollars. Les économies d'énergies devenaient alors une vraie obligation. Dans un premier temps, sans sous-estimer le facteur injustice sociale, les gens comme moi se sont réjouis de cette conversion forcée au principe de réalité : les Américains n'allaient plus avoir le choix, ils allaient devenir plus verts bon gré mal gré.
C'est raté, complètement raté ! Les gens sont désormais littéralement obsédés par le souci d'augmenter les ressources pétrolières des Etats-Unis. Pourquoi ? Pour maintenir les prix à un niveau supportable, bien sûr. Mais aussi pour pouvoir continuer comme avant sans se prendre la tête. Il faut admettre que l'impossibilité d'écouler sur le marché d'occasion son ancienne grosse voiture pour la remplacer par une moins gourmande n'a pas facilité la transition idéologique. L'absence de transports en commun fiables n'offre aucune alternative rapide à l'individualisme. Et le prix de la nourriture, qui, plus encore qu'en France, dépend des acheminements d'un bout à l'autre du continent, est décidément très douloureux. Alors, ras le bol des grands discours sur l'écologie, voilà tout !
Il suffit de voir comment a évolué la campagne présidentielle ces dernières semaines. Jusque là, John McCain ramait pour rappeler à l'opinion qu'il s'était toujours soucié d'environnement, qu'il avait même secoué très fort ses amis du parti républicain en martelant la responsabilité de l'Amérique dans les changements climatiques, et en clamant son opposition à l'ouverture aux forages pétroliers de la réserve naturelle de l'Alaska. Il oubliait juste de dire qu'il n'avait pas voté grand-chose au Sénat pour mettre ses discours en pratique, mais bon…
Barak Obama et Hillary Clinton, de leur côté, avaient fait assaut pendant les primaires de propositions en faveur des énergies renouvelables, des futurs millions d'emplois verts pour les ouvriers, et du contrôle des entreprises pour les obliger à polluer moins. Jo Bidden, le candidat à la vice-présidence aux côtés d'Obama, présente pour sa part un joli score d'actions, de votes et de prises de position plus que décentes en matière d'environnement.
Pour la première fois dans une campagne présidentielle américaine, les thèmes liés à l'environnement semblaient bien partis pour peser sur l'opinion. (Voir ce qu'en disait le Sierra Club http://www.treehugger.com/files/2008/01/finally_environ.php sur l'excellent site Treehugger http://www.treehugger.com) Mais les passages estivaux par les stations services ont fait leur oeuvre, suivis des conventions démocrates et républicaines. Cette dernière a nettement fait basculer l'ambiance.
« Drill, baby, drill » (Fore, chéri, fore !) : cette phrase, plusieurs fois scandée par des milliers de supporters républicains lors de leur convention, désormais reprise à l'envi par les commentateurs et les débateurs, est devenue emblématique du virage pris par cette campagne. Au cœur de l'affaire : l'autorisation ou non par le Congrès des forages offshore dans des zones jusque-là interdites, ainsi que sur les terres fédérales situées dans les Etats qui le désireraient.
Obama et Bidden, ainsi que la plupart des candidats démocrates aux postes de gouverneur à pourvoir en novembre, avaient jusque-là affirmé leur opposition à cette mesure, pour des raisons écologiques autant qu'économiques : on va détruire des fonds marins et massacrer des terres protégées pour un pétrole qui partira sur le marché mondial, et qui n'aura qu'un très faible impact positif sur les disponibilités américaines.
Jusqu'à ce que Sarah Palin (et d'autres) s'en mêlent et retournent l'opinion publique, notamment ceux qui n'avaient pas d'avis arrêté sur la question. Obama tempère désormais son refus : « Non aux forages, sauf si… », et Jo Bidden explique : « On peut envisager de lever le moratoire si les Républicains s'engagent à ne pas exporter notre pétrole ; si ce pétrole-là est vendu moins cher aux Américains ; si les compagnies pétrolières payent des royalties aux Etats. »
McCain, défenseur de l'intégrité des espaces naturels en Alaska, s'en remet maintenant… à la sagesse de Sarah Palin, laquelle, insistons-là dessus, estime que Dieu est de son côté sur ce coup-là. Evidemment, si Dieu le veut, qu'est-ce qu'on va contester ?
La bataille des forages et l'ampleur des capitulations ayant anéanti tout débat décent sur l'environnement, le thème a logiquement rétrogradé dans l'ordre des priorités politiques. Certes les démocrates et les républicains insistent toujours sur la nécessité de développer les énergies renouvelables et les agrocarburants, le charbon « propre » et le nucléaire, mais désormais la perspective est différente, du moins aux oreilles des électeurs : on parle moins de changements climatiques, et plus d'indépendance énergétique.
Evidemment, sur la protection de la nature et les questions agricoles (l'aide au bio, l'expansion des OGM par exemple), nos candidats sont aux antipodes les uns des autres. Mais qui se soucie de leurs divergences sur ces sujets ?
Le magazine Plenty ( http://www.plentymag.com/ ) a publié mardi sur son site un tableau comparatif des positions environnementales des deux équipes candidates : http://www.plentymag.com/plenty_matrix.html

Par Cécile Gladel
Les Canadiens iront aux urnes le 14 octobre prochain. La protection de l'environnement s'impose comme l'un des principaux thèmes de cette élection. D'autant plus que le premier ministre sortant conservateur (droite), Stephen Harper, s'est mis à dos l'ensemble du mouvement écologiste. Un site internet est d'ailleurs né afin de provoquer sa défaite en utilisant le vote stratégique. Les quatre autres partis remportant les faveurs des écolos.
Cinq partis se disputent les 308 circonscriptions à travers les 10 provinces et 3 territoires canadiens. Historiquement les partis conservateurs et libéraux s'échangent le pouvoir. Jusqu'à la dissolution de la 39 e législature, le parti conservateur formait le gouvernement. Cependant, il était minoritaire. Étant donné le système de scrutin, c'est ainsi qu'un parti qui ne gagne pas une majorité de votes, mais plus de sièges, peut constituer le gouvernement.
Un gouvernement qui reste fragile car il peut être renversé à tout moment par les partis d'opposition. Le parti conservateur a échappé à un tel scénario. Les partis d'opposition, pas prêts à affronter une campagne électorale, ne se sont jamais entendus. Bizarrement c'est plutôt le premier ministre Harper qui a déclenché les élections. Il espérait, et espère toujours, remporter un mandat majoritaire. De moins en moins probable selon les sondages. Un retour à la case départ finalement.
Si les partis d'opposition, le parti libéral (centre droit), le nouveau parti démocratique (centre gauche) et le Bloc québécois (parti souverainiste qui ne se présente qu'au Québec) et le parti vert, bien entendu, reçoivent les faveurs des environnementalistes canadiens de tout acabit, ce n'est pas le cas du parti conservateur.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement minoritaire du conservateur Stephen Harper n'a cessé de se heurter aux groupes environnementalistes. En particulier lorsque le premier ministre canadien a renié les accords du protocole de Kyoto, dans le sillage de son ami Georges Bush alors qu'historiquement le Canada en était l'un des ardents défenseurs.
Les hostilités s'enclenchaient. Les environnementalistes ne cessaient de critiquer les décisions, ou plutôt l'absence de décisions du gouvernement. Une guerre qui s'amplifia avec la croissance de l'exploitation des sables bitumineux en Alberta, province d'origine de Stephen Harper. La manière la plus polluante d'extraire du pétrole.
Pour ces raisons, pour son absence de plan en matière d'écologie, pour son déni des problèmes environnementaux, un site internet non partisan, mais pro-environnement, http://www.voterpourlenvironnement.org/ , a été fondé afin d'encourager les Canadiens à voter stratégiquement pour l'environnement. C'est-à-dire en favorisant l'un des candidats des quatre autres partis afin de barrer la route au candidat conservateur.
Comment cela fonctionne ? Le citoyen tape le code postal de sa circonscription. Grâce à l'analyse combinée des résultats de la dernière élection et des sondages, le site internet conseille de voter pour le parti libéral, le NPD, le Bloc québécois ou le parti vert ou de voter selon son cœur.
Sur la page d'accueil du site, on indique que si les Canadiens votent stratégiquement, le parti libéral formera le gouvernement, sinon ce sera le parti conservateur. Est-ce que le peuple canadien sera aussi écolo qu'il le dit dans les sondages et votera contre Stephen Harper et le parti conservateur ? Réponse le mardi 14 octobre en fin de soirée ou au matin du 15 octobre pour les européens lève-tôt !

Par M'hamed Rebah (article paru dans La Nouvelle République le 17/09/08)
Lors d'une de ses récentes réunions, le gouvernement s'est préoccupé de la situation des espaces verts. Selon le communiqué officiel, le gouvernement considère que « les espaces verts contribuent à la valorisation de la composante paysagère de nos villes, à l'amélioration du cadre de vie en milieu urbain et constituent pour la population, des espaces conviviaux de loisirs et de détente. Il en conclut qu'« il y a donc nécessité de veiller à leur préservation par des actions d'entretien, à les développer et à les promouvoir par des programmes de renouvellement ». On lit également dans le communiqué que « les espaces verts répondent à un besoin de contact avec la nature exprimé de plus en plus par les populations des villes, en manque de verdure. Aujourd'hui les responsables de la gestion urbaine intègrent de plus en plus la dimension des espaces verts dans tous les projets d'aménagement urbain afin de promouvoir l'image de la ville, d'améliorer le cadre de vie des populations et d'assurer son attractivité et sa compétitivité. » Le gouvernement a institué un prix national décerné à la ville la plus verte.
On peut penser, à la lecture de ces lignes, que le parc national d'El Kala, espace vert par excellence, a encore une chance d'échapper à la dégradation provoquée par le passage de l'autoroute Est-Ouest alors que son territoire est protégé par un statut spécial. Les observateurs qui suivent sur place la progression des bulldozers affirment que rien n'est encore définitivement joué et qu'il n'est pas trop tard pour agir et sauver le parc. La nature a besoin du petit geste qui permet d'empêcher le massacre annoncé, le geste qui signifie « stop ! » à l'adresse des conducteurs des bulldozers et qui dessine un autre tracé pour l'autoroute, en dehors du parc.
Un espace vert à sauver ici, à El Kala, un autre à réhabiliter là bas, à Alger, du côté de la Grande Poste, où, au début des années 1980, a été détruite une belle placette avec beaucoup de verdure et un jet d'eau, entourée de bancs publics et remplie de pigeons, à l'ombre de palmiers et d'une rangée d'arbres. A sa place, il y a maintenant d'affreux escaliers en mauvais marbre en forme d'amphithéâtre qui aboutissent à un centre commercial souterrain. Personne ne sait à quoi sert cet amphithéâtre, sans doute une erreur de construction, sauf qu'il donne prétexte à tapage nocturne puisque les élus locaux le « rentabilisent » à diverses occasions (soirées de ramadhan, fêtes nationales,…), en organisant, au mépris de la réglementation, des activités bruyantes le soir et durant une partie de la nuit.
On connaît aussi l'histoire des espaces verts transformés en dépotoirs avant leur destruction pour laisser place à des locaux commerciaux en béton. Fait significatif : les promoteurs immobiliers privilégient la location ou la vente d'espaces libres à des privés influents, pour des activités commerciales plutôt qu'aménager des espaces verts
Grâce à l'utilisation des technologies spatiales et de l'outil ALSAT 1, les spécialistes ont pu suivre, à l'aide d'images satellites, l'évolution des espaces verts en Algérie. La superficie qui leur est consacrée est de 1,5 m 2 par habitant contre 20 m 2 selon les normes internationales, lorsque l'on considère les populations rurales et urbaines.
Le ministère de l'Education nationale et celui de l'Agriculture et du Développement rural, ont décidé, eux aussi, de faire des gestes pour la nature. Huit millions d'arbres fruitiers locaux (figuiers, grenadiers, oliviers et palmiers) seront plantés, à l'échelle nationale, par des écoliers durant la période allant du 13 septembre courant au 21 mars 2009. Cette opération est intitulée « Une école, un enfant, un arbre, un double cadeau pour la nature et l'enfance ». Comment ne pas évoquer le reboisement de 1963 qui fut peut-être le plus grand mouvement de masse, écologiste avant la lettre, que l'Algérie n'ait jamais connu. Des centaines de milliers d'Algériens y avaient participé pour planter des arbres, freiner l'érosion sur les versants arides et sauvegarder la terre.

Par M'hamed Rebah - (Article paru dans la Nouvelle République le 22-04-2008)
Le conflit qui oppose des écologistes algériens rassemblés autour du comité de sauvegarde du parc national d'El Kala (PNEK) au ministère des Travaux publics à propos du passage de l'autoroute est-ouest par le PNEK, fait ressortir l'importance de la démocratie participative, un concept qui, pourtant, remplit les discours officiels, ainsi que le rôle déterminant que pourrait jouer la médiation environnementale, une notion encore inconnue chez les décideurs et donc absente de leur discours. Fait significatif de ce retard : le Conservatoire national de formation à l'environnement (CNFE), qui dépend du ministère chargé de l'environnement, n'a pas inclus dans ses programmes, la médiation environnementale.
La médiation environnementale aurait pu prévenir le conflit qui a pour origine une controverse à propos du tracé du projet d'autoroute est-ouest dans sa partie PNEK. Ce n'est pas la seule raison d'y faire appel, il y en a des tas d'autres. On sait, par exemple, que l'une des plus grandes difficultés qui entrave la réalisation des centres d'enfouissement technique (CET), est liée au choix du site comme le montre la longue lutte menée par une association écologique contre l'implantation à Ouled Fayet (dans la banlieue ouest d'Alger) d'une décharge en remplacement de celle d'Oued Smar (dans la banlieue est). D'ailleurs, l'association de protection de l'environnement de Baba Hassen a, semble-t-il, obtenu satisfaction puisqu'elle a annoncé que, par arrêté rendu en date du 23 mai 2007, le Conseil d'Etat a ordonné la fermeture définitive de cette décharge. Le cas d'Ouled Fayet est tout à fait symptomatique. Les habitants d'un quartier ou d'un village sont très prompts à se mettre d'accord et à s'organiser pour empêcher l'implantation d'une décharge dans leur voisinage. Ils appliquent, certainement sans le savoir, le fameux principe du NIMBY (« not in my back yard », pas dans mon voisinage) mais par contre, ils savent exactement pourquoi ils refusent la proximité d'une décharge: dégagement de fumées et risque de pollution des sources d'eau, autrement dit, maladies hydriques et affections respiratoires en perspective.
Le problème des déchets ménagers se prête très bien à l'application de la médiation environnementale. En matière de déchets ménagers, en effet, la population et les autorités locales sont sur la même longueur d'ondes quand il s'agit de faire le constat : la situation actuelle est intenable. Mais quand on passe aux responsabilités, les divergences commencent entre l'accusation d'incivisme lancée contre les uns et le procès de mauvaise gestion fait aux autres. Les deux protagonistes se rejettent la balle. La médiation environnementale peut faire avancer les choses et éviter qu'un conflit que l'on peut gérer ne dégénère en positions inconciliables avec toutes les conséquences prévisibles ou, pire, inattendues.
La preuve que la médiation environnementale peut être efficace pour sortir de la situation créée par la gestion anarchique des déchets ménagers, est donnée par les exemples de bon comportement que rapportent assez souvent les correspondants régionaux de la presse quotidienne et qui ont trait, justement, à une gestion « participative » des déchets ménagers. A titre d'exemple, il y a un village à 70 km de Tizi Ouzou où une déchetterie a été entièrement financée par les cotisations des habitants.
La médiation environnementale fait partie des méthodes alternatives de résolution des conflits. Elle s'intègre naturellement dans la démarche de modernisation de la gestion locale que le gouvernement veut introduire dans les communes. Mais elle est inconnue chez nous alors qu'elle a un statut officiel dans plusieurs pays et commence à se faire une place dans le processus décisionnel de nombreux autres pays. Certaines entreprises internationales ont leurs propres médiateurs environnementaux. Mais, généralement, le médiateur environnemental est une partie tierce qui a pour fonction de faciliter le dialogue entre les parties en conflit.
Le tracé de l'autoroute est-ouest à El Kala, s'il avait fait appel à la médiation environnementale, aurait pu donner lieu à une recherche de compromis entre l'enjeu écologique (défense du parc national d'El Kala) et l'enjeu économique (réalisation de l'autoroute).

Par M'hamed Rebah - (Article paru dans la Nouvelle République le 29-04-2008)
Une médiatisation inhabituelle en Algérie a entouré cette année la Journée mondiale de lutte contre le paludisme que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé de célébrer depuis 2001 chaque 25 avril. La raison en est toute simple, le slogan choisi par l'OMS pour 2008, «Le paludisme : une maladie sans frontières», nous concerne directement. En 2007, 95 % des 288 cas de paludisme enregistrés sont, selon les estimations officielles, importés du Mali et du Niger. Le nombre de cas autochtones n'est pas le signe d'une situation critique. Il faut rappeler que de 1952 à 1961, il y avait 50 000 cas de paludisme enregistrés chaque année. Ce nombre a carrément dégringolé pour atteindre, dans les années 90, à peine quelques dizaines de cas autochtones, le total ne dépassant pas 250. C'est remonté en 2005, avec 299 cas.
Par contre, s'il y a, pour les autorités, un motif d'inquiétude, il est, sans doute, s'agissant des cas autochtones, dans les causes liées à la dégradation de l'environnement et à la prolifération de l'habitat précaire érigé près des oueds, des puits, des sebkhas, …La dégradation de l'environnement donne aux insectes les conditions favorables à leur pullulement. Les décharges sauvages, particulièrement - les riverains de Oued Smar et des autres dépotoirs éparpillés à travers le pays, le savent très bien – favorisent le développement des insectes et des maladies qu'ils véhiculent et transmettent à l'être humain par les piqûres. Cette situation nécessite un programme de prévention avec des mesures très sévères. Les autorités admettent que la santé de la population n'a pas de prix mais sans mesures préventives, les dépenses de soins seront exorbitantes.
Les conditions climatiques n'arrangent pas les choses. Les spécialistes estiment, en effet, que le réchauffement climatique favorise le développement de maladies infectieuses et parasitaires comme le paludisme inoculé par la salive de moustiques qui se reproduisent à proximité des zones marécageuses, vers 28 °C et dans une ambiance humide, ce qui correspond aux caractéristiques de beaucoup de régions de l'Algérie, y compris au nord. La situation est aggravée là où la remontée des eaux est provoquée par la pluie.
Les oueds et le drain de palmeraies sont des lieux de prédilection des gîtes d'anophèles, principal vecteur du paludisme. La hausse des températures fait migrer les insectes, selon des chercheurs qui sont convaincus qu'il y a un lien entre la température et l'alimentation des insectes qui se nourrissent de feuilles.
Selon les données de l'OMS, dans le monde, le paludisme tue chaque année plus d'un million de personnes et entraîne plus de 500 millions de cas clinique. Environ 40 % des habitants de la planète, vivant majoritairement dans les pays les plus pauvres, sont exposés au risque de paludisme. Parmi ces 2,5 milliards de personnes à risque, plus de 500 millions contractent la maladie sous une forme grave et plus d'un million meurent de ses effets chaque année.
Plus d'un décès infantile sur cinq (20 %) survenant en Afrique est dû au paludisme. On estime qu'un enfant africain subit en moyenne 1,6 à 5,4 épisodes de fièvre palustre chaque année. Toutes les 30 secondes, un enfant meurt du paludisme en Afrique.
Par ailleurs, dans le bassin méditerranéen, d'après le rapport sur l'état de l'environnement 2005 (RNE 2005), l'Algérie est le pays le plus touché par la leishmaniose. C'est un véritable problème de santé publique qui touche certaines régions du sud où les moustiques prolifèrent grâce à la présence de mares d'eaux usées. Les larves de moustiques se développent dans les eaux usées et quand les moustiques quittent leur larve, ils rejoignent les jardins et les palmeraies où ils se nourrissent et atteignent leur pleine maturité pour ensuite s'attaquer aux habitants. L'indicateur le plus immédiat de la gravité de la situation est le grand nombre d'enfants qui présentent des lésions cutanées dues aux piqûres de moustiques. La solution est dans les actions de protection de l'environnement à condition qu'elles sortent du domaine du symbolique pour se concrétiser efficacement dans la réalité et répondent aux besoins pressants en la matière.

Par M'hamed Rebah - (Article paru dans la Nouvelle République le 07-05-2008)
Malgré le contrôle gouvernemental que lui impose son statut d'établissement public, la Radio algérienne apporte une contribution non négligeable à la diffusion de l'information environnementale et à la sensibilisation de son auditoire à l'écologie. Malheureusement, c'est le cas des autres médias aussi, son influence sur les décideurs et sur la population reste faible, si on la mesure aux effets sur le terrain.
Prenons un exemple tiré de l'actualité : la radio publique et la presse écrite indépendante ont fait état de l'opposition des écologistes au passage de l'autoroute est-ouest par le parc national d'El Kala (PNEK) et elles ont fait connaître leurs arguments qui tiennent à la réglementation en vigueur dans notre pays et à l'importance de cet écosystème et la faune et la flore qu'il abrite. On s'attendait à ce que l'ordre soit donné aux bulldozers de s'arrêter à la limite du sanctuaire et de suivre le tracé qui le contourne. C'est le contraire qui s'est produit : les décideurs n'ont pas tenu compte de l'avertissement des écologistes et les bulldozers se sont mis à bouleverser cet espace naturel exceptionnel. Pire : Hamid Belkessam, le chroniqueur de la chaîne 3 de la radio, qui donne chaque matin -- à sa façon plutôt caustique, mais c'est le ton d'une chronique -- l'indice vert du pays, a été contraint au silence privant les auditeurs du plaisir d'écouter son réquisitoire matinal. Les décideurs que sa critique importunait sont certainement satisfaits, ils n'ont plus à entendre les sarcasmes du chroniqueur en se préparant à aller au bureau : tout va pour le mieux, maintenant, le «mais», cette conjonction qui sert à l'opposition, a disparu de l'évaluation, c'est l'unanimisme, tout a été accompli et il n'y a rien à dire. Pourtant, aucune personne sensée, ou même douée d'un minimum de raison, ne peut contester le fait que la politique nationale de l'environnement est «critiquable». On n'ira pas jusqu'à emprunter le raccourci populaire pour dire que dans cette politique «rien ne fait plaisir, tout fait mal au cœur» ou reprendre le jugement hâtif de ceux qui la considèrent comme une somme de velléités résumées dans le fameux « on va… ». La vérité est dans la réalité : les déchets ménagers éparpillés agrémentés de sachets aux couleurs différentes, les déchets dangereux oubliés dans des aires de stockage, l'air pollué, l'eau de mer impropre à la baignade, le littoral agressé, les égouts éclatés, le tapage nocturne comme s'il était autorisé,… Inutile de citer la pollution lumineuse, le retard de ceux qui manipulent les kilowatts sur la voie publique (c'est le contribuable qui paie) est trop grand et leurs capacités insuffisantes pour mesurer la nuisance qu'ils provoquent en improvisant les emplacements des projecteurs. Les autorités ont connaissance de cette situation. Le rapport officiel sur l'état de l'environnement en Algérie (dans ses éditions successives, depuis la première en 2000) ne cesse d'alerter sur la crise écologique que vit le pays. Le constat alarmant est suivi par une profession de foi incantatoire qui proclame que l'environnement est l'affaire de tous. Mais, en fait, cette formule est surtout destinée à diluer les responsabilités. En effet, souvent, par leur attitude, (l'exemple du Parc national d'El Kala n'est pas le seul à le prouver), les autorités laissent entendre aux écologistes qui veulent faire de l'environnement leur affaire, que justement…ce n'est pas leur affaire.
Que reste-t-il ? La radio locale El Bahdja indique la piste qu'il faut suivre. Elle organisera, le vendredi 16 mai 2008, une journée sans voiture sur un petit itinéraire du centre d'Alger pour attirer l'attention sur la pollution de l'air entraînée par la circulation automobile. L'itinéraire passe par les sièges de l'Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, d'où est sortie la loi sur l'environnement dont il a été fait peu de cas par les décideurs du tracé de l'autoroute dans sa partie PNEK. C'est aussi dans ces deux hémicycles qu'un polluant nommé diesel compte le plus d'amis. Mais, cette idée de «journée sans voiture» ne plaira certainement pas aux constructeurs de routes, de trémies et d'autoroutes qui sont faites pour les voitures, pas pour les piétons.
On sait encore peu de choses sur l'initiative de radio El Bahdja et qu'est-ce qui en est attendu : un acte volontaire des automobilistes ou une interdiction de circuler sur les artères concernées ? Les bus qui roulent au gasoil polluant pourront-ils circuler ? Quelle alternative aux véhicules à moteur pour les personnes qui doivent se déplacer à cet endroit ? Y aura-t-il, sur cet itinéraire, un défilé avec les barouds assourdissants qui avaient «réhabilité» la nuisance sonore et révélé le grand malentendu écologique, un certain 5 juin 2006, Journée mondiale de l'environnement dédiée par les Nations unies à notre pays ? On verra bien. Dans un mois, c'est Wellington, en Nouvelle-Zélande, qui sera l'hôte de la Journée mondiale de l'environnement. La ville est lointaine, mais le thème choisi tellement proche qu'on dirait qu'il a été pensé chez nous : «non à la dépendance du carbone», autrement dit, on l'a compris, du pétrole. On veut bien.