La
compagnie Suez (ex Lyonnaise des eaux),
tout comme Vivendi environnement a
pris pied
dans les township des environs de Johannesburg.
Il
y a en Afrique du Sud 14 millions de personnes sur 45 millions d'habitants qui
n'ont pas accès à l'eau potable et 21 millions qui ne sont pas connectées à un
système d'assainissement. C'est dire s'il y a du pain sur la planche !
Johannesburg ne connaît pas de problème d'approvisionnement. La capacité de la
ville est de 3 millions de mètres cubes, alors que la consommation est de 1 million.
Le problème c'est la distribution, pas la production. L'eau est chère à Jo'burg.
Alors qu'en France le budget familial de l'eau est de 3 à 5% du revenu total,
ici il est de 6,5%. L'équivalent du SMIG se situe à 100 rands par mois (10 euros),
alors que le coût de la vie est sensiblement identique au coût européen. Le challenge
de Suez, c'est d'installer des points d'eau dans tous les township, de bâtir un
système d'assainissement simplifié et géré par la communauté de façon autonome,
afin d'arriver à une rentabilité financière. Aujourd'hui, le coût de l'assainissement
est de 34 rands par mètre carré d'habitation.
C'est totalement insupportable
et le nombre de factures impayées est phénoménal.
La Suez souhaite une modification
des tarifs pour passer à un rand au mètre cube, ce qui serait d'autant mieux supportable
que le gouvernement offre aux habitants les trois premiers mètres cubes. La société
fait un travail de communication pour sensibiliser au paiement de la facture.
Outre la construction avec des habitants du système d'assainissement, elle installe
" gratuitement " des toilettes. Les habitants ont accès au système par une clé,
et doivent donc payer avant de consommer. Elle peut ainsi compter que très rapidement
elle rentrera dans ses frais et atteindra la rentabilité.
Ce système pose
plusieurs questions : Quelle pérennité du système, alors que la pauvreté, les
inégalités, le chômage continuent de sévir ? Peut-on parler de développement durable
quand ce système est installé dans des structures de type bidonville, cabanes
d'habitation et toilettes en tôle et bois ? N'est-ce pas une manière de faire
perdurer ces lieux de misère ?

CHICHE
!!!!!
"
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, ; mutilée, surexploitée,
ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre. L'humanité
souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes
indifférents. La Terre et l'Humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables.
Il est temps d'ouvrir les yeux. Sur tous les continents, les signaux d'alerte
s'allument. L'Europe est frappée par des catastrophes naturelles et des crises
sanitaires. L'économie américaine, souvent boulimique en ressources naturelles,
paraît atteinte d'une crise de confiance dans ses modes de régulation. L'Amérique
Latine est à nouveau secouée par la crise financière et donc sociale. En Asie,
la multiplication des pollutions, dont témoigne le nuage brun, s'étend et menace
d'empoisonnement un continent entier.
(...)
L'Afrique
est accablée par les conflits, le sida, la désertification, la famine. Certains
pays insulaires sont menacés de disparition par le réchauffement climatique.
Nous
ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Prenons garde que le XXI éme siècle
ne devienne pas, pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité
contre la vie.
Notre
responsabilité collective est engagée. Responsabilité première des pays développés.
Première par l'histoire, première par la puissance, première par le niveau de
leur consommation. Si l'humanité entière se comportait comme les pays du nord,
il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face aux besoins.
Responsabilité
des pays en développement aussi. Nier les contraintes à long terme au nom de l'urgence
n'a pas de sens. Ces pays doivent admettre qu'il n'est d'autres solutions pour
eux que d'inventer un mode de croissance moins polluant.
Dix ans après Rio,
nous n'avons pas de quoi pavoiser. La mise en oeuvre de l'Agenda 21 est laborieuse.
La conscience de notre défaillance doit nous conduire, ici, à Johannesburg, à
conclure l'alliance mondiale pour le développement durable.
Une alliance par
laquelle les pays développés engageront la révolution écologique, la révolution
de leurs modes de production et de consommation. Une alliance par laquelle ils
consentiront l'effort de solidarité nécessaire en direction des pays pauvres.
Une alliance par laquelle le monde en développement s'engagera sur la voie de
la bonne gouvernance et du développement propre.
Nous
avons devant nous cinq chantiers prioritaires.
Le
changement climatique d'abord. Il est engagé du fait de l'activité humaine. Il
nous menace d'une tragédie planétaire. Il n'est plus temps de jouer chacun pour
soi. De Johannesburg doit s'élever un appel solennel vers tous les pays du monde
et d'abord les grands pays industrialisés ; à ratifier et appliquer le Protocole
de Kyoto. Le réchauffement climatique est encore réversible. Lourde serait la
responsabilité de ceux qui refuseraient de le combattre.
Deuxième
chantier : l'éradication de la pauvreté. A l'heure de la mondialisation, la
persistance de la pauvreté de masse est un scandale et une aberration. Appliquons
les décisions de Doha et Monterrey. Augmentons l'aide au développement pour atteindre
dans dix ans les 0,7 % du PIB. Trouvons de nouvelles sources de financement. Par
exemple par un prélèvement de solidarité sur les richesses engendrées par la mondialisation.
Troisième
chantier : la diversité. La diversité biologique et la diversité culturelle,
toutes deux patrimoines communs de l'humanité, sont menacées. La réponse, c'est
l'affirmation du droit à la diversité et l'adoption d'engagements juridiques sur
l'éthique.
Quatrième
chantier : les modes de production et de consommation. Avec les entreprises,
il faut mettre au point des systèmes économes en ressources naturelles, en déchets
et en pollutions. L'invention du développement durable est un progrès fondamental
au service duquel nous devons mettre les avancées des sciences et des technologies,
dans le respect du principe de précaution. La France proposera à ses partenaires
du G8 l'adoption, lors du sommet d'Evian en juin prochain, une initiative pour
stimuler la recherche scientifique et technologique au service du développement
durable.
Cinquième
chantier : la gouvernance mondiale, pour humaniser et maîtriser la mondialisation.
Il est temps de reconnaître qu'existent des biens publics mondiaux que nous devons
gérer ensemble. Il est temps d'affirmer et de faire prévaloir un intérêt supérieur
de l'humanité, qui dépasse celui de chaque pays.
Pour assurer la cohérence de l'action internationale, nous avons besoin, je l'ai
dit à Monterrey, d'un Conseil de sécurité économique et sociale.
Pour mieux
gérer l'environnement, pour faire respecter les principes de Rio, nous avons besoin
d'une Organisation mondiale de l'Environnement.
Pour vérifier l'application
de l'Agenda 21 et du Plan d'action de Johannesburg, la France propose que la Commission
du développement durable soit investie d'une fonction d'évaluation. La France
est prête à se soumettre la première à cette évaluation.
Au regard de l'histoire
de la vie sur terre, celle de l'humanité commence à peine. Et pourtant la voici
déjà, par la faute de l'homme, menaçante pour la nature et donc elle-même menacée.
Il est apparu en Afrique voici plusieurs millions d'années. Fragile et désarmé.
Il a su par son intelligence, essaimer sur la planète entière et lui imposer sa
loi. Le moment est venu pour l'humanité, dans la diversité de ses cultures et
de ses civilisations, de nouer avec la nature un lien nouveau, un lien de respect
et d'harmonie, et donc d'apprendre à maîtriser la puissance et ses appétits.
Aujourd'hui à Johannesburg, l'humanité a rendez-vous avec son destin. Quel plus
beau lieu que l'Afrique du sud, pays emblématique par son combat victorieux contre
l'apartheid, pour franchir cette nouvelle étape de l'aventure humaine ! "
J.C.
Ce
discours a été prononcé par le Président de la République française le lundi 2
septembre à la tribune du Sommet de la Terre. Notre ami Nicolas Hulot, présent
dans la suite de Jacques Chirac, nous a juré qu'il n'avait pas écrit ce discours.
Enfin pas tout a-t-il modestement ajouté, précisant aussi que le dossier sur lequel
il avait le plus de mal à convaincre le président de changer les choses était
celui de l'agriculture intensive. D'ailleurs, dans cette intervention, il n'y
a aucune allusion à ce problème et à l'histoire des subventions.

Brèves
franco-françaises
Selon les dernières informations, le budget du ministère de l'environnement "
bénéficie " pour l'instant d'une réduction substantielle de ses crédits.
Le lettre de cadrage envoyée par le ministère des finances au ministère de l'Ecologie,
prévoit actuellement une réduction de 41 % du budget de l'Ademe, l'agence qui
a en autres pour fonction de développer les énergies renouvelables à l'honneur
dans les discussions du Sommet.
Madame Tokia Saïfi, qui serait secrétaire d'état au Développement Durable, a disparu
de la circulation à Johannesburg où elle réside pourtant encore à l'hôtel Hilton.
Tous les journalistes se perdent en conjectures sur cette soudaine disparition.
Elle a tout juste silencieusement et " morosement " écouté le Président de la
République lors de son intervention au Pavillon de la France au Village Ubuntu.
Pierre Radanne, président de l'Ademe, toujours chez les Verts et toujours aussi
compétent dans son domaine, ne sera pas renouvelé dans ses fonctions à la fin
de l'année.
Deux directeurs du ministère de l'Ecologie pourraient très prochainement subir
le même sort ainsi que plusieurs Directeurs régionaux de l'environnement.
Commentaire de Rémy Parmentier, directeur des affaires politiques de Greenpeace-International,
sur le discours du Président Chirac : " J'ai déjà entendu ça quelque part, c'est
très beau, c'est de la très belle réthorique mais j'attends des actes ".
Les journalistes " envoyés spéciaux " dont le métier est d'accompagner le président
de la république logent dans un hôtel qui offre le double " avantage " d'être
au coeur d'une zone industrielle de Pretoria et à soixante-quinze minutes du centre
de conférence. La vie est vraiment très dure.
Les conditions dans lesquelles, surtout au début, la délégation française a mené
les négociations fait apparaître à quel point le gouvernement Jospin et le ministère
de l'Environnement n'avaient pas préparé les discussions et la réflexion sur le
développement durable. Le Comité français pour le Sommet mondial du développement
durable a travaillé pendant des mois dans une annexe de l'hôtel Matignon avec
des bouts des ficelles et des moyens ridicules.
Remarque de notre ami François Terrasson : Jacques Chirac est l'un des rares à
avoir prononcé le mot nature dans une intervention officielle.
La France devrait proposer avant la fin du Sommet une taxation internationale
sur les billets d'avion, sur les émissions de C0 2 et sur les médicaments vendus
dans les pays industrialisés. Mais pas question de Taxe Tobin jugée " irréaliste
".
Au pavillon de France, le président français a relancé son projet d'une charte
environnementale " adossée à la Constitution. Elle est actuellement rédigée sous
la direction d'Yves Coppens et devrait être adoptée par le Parlement le 5 juin
2003, à l'occasion de la journée mondiale de l'environnement.

Le
point des négociations
avant l'arrivée des chefs d'Etat
Sortis hier après midi de leur torpeur par l'arrivée des manifestants qu'ils ont
longuement contemplés à travers une double rangée de barbelés, les délégués et
experts du Sommet de la Terre s'ennuient profondément tant les discussions tournent
en rond sur la plupart des sujets. Un peu comme si cette conférence n'était plus
pour les négociateurs qu'un mauvais moment à passer en attendant le 4 septembre,
faute d'entrevoir les consensus qui sont nécessaires à ce genre de grande messe
internationale. Contrairement à ce qui se passe habituellement, les chefs d'Etat
qui arrivent à partir d'aujourd'hui n'auront pas pour rôle de résoudre les dernières
difficultés : tout restait pratiquement à faire hier soir.
Cette
impression de contempler une armée de discoureurs qui marchent sur place avec
de moins de force et de conviction, ce pessimisme diffus qui gagne la conférence
est rejeté avec véhémence et dynamisme par Roselyne Bachelot, la ministre française
de l'écologie et du développement durable arrivée ici vendredi. Elle explique
: " Il y a quand même des points positifs et nous avançons sur de nombreux dossiers,
l'eau par exemple, ou bien la gestion des ressources naturelles, la biodiversité.
Dans ce domaine, l'Europe est très en pointe. Il faut le dire, l'Europe se bat
pour l'environnement. En ce qui concerne l'eau, je suis choquée que des pays comme
les Etats Unis et l'Australie s'opposent obstinément à ce que cette question du
droit à l'assainissement figure dans le programme d'action ".
Ce
front du refus, toujours organisé par les Etats-Unis mais cette fois avec la participation
des pays pétroliers, la ministre de l'écologie et bien d'autres en en fait également
les frais à propos des énergies renouvelables. A plusieurs reprises, au cours
de sa conversation informelle avec le Journal du Dimanche, Roselyne Bachelot a
souligné avec force l'attitude négative des Américains. Ce qui laisse présager
un discours offensif sur ce point du président français dont on dit ici qu'il
parlera de la création de l'OME, l'Organisation Mondiale de l'Environnement "
sans illusion ". Le projet est donc virtuellement enterré.
Evidemment une
autre question préoccupe le gouvernement français et sa ministre : la question
des subventions agricoles. Un sujet sur lequel le front commun est d'une toute
ampleur que celui qui se cristallise autour des Etats Unis. Des institutions internationales
et de nombreux pays réclament leur suppression, estimant qu'elles déstabilisent
et pénalisent les agricultures des pays du sud. Ce qui fait bondir Roselyne Bachelot
: " Cette histoire des subventions agricoles, c'est un rideau de fumée qui sert
à masquer d'autres désaccords ou des refus de négocier. Si elles étaient supprimées,
cela ne changerait hélas rien aux rapports entre le Nord et le sud. D'ailleurs
l'Union Européenne est le premier importateur mondial de produits agricoles des
pays en voie de développement. Il y a même une convention qui autorise une quarantaine
de pays très pauvres à exporter leurs productions alimentaires sans le moindre
droit de douane. Non vraiment, c'est un prétexte. " François Dufour, présent à
la conférence pour la confédération paysanne et Attac, ne partage pas ce point
de vue : " les subventions aux exportations permettent d'alimenter un excédent
permanent de production dans le monde, ce qui fait baisser les cours pour les
paysans du Nord et du Sud, sachant qu'au Nord les subventions compensent cette
baisse. Il faut donc supprimer les subventions à l'exportation sur le marché mondial.
Si nous cessons ce dumping, les pays du sud iront mieux".
Ce
mélange de pessimisme et d'optimisme de Roselyne Bachelot, exercice ministériel
obligé en quelque sorte, n'est évidemment pas partagé par tout le monde. Sauf
sur les problèmes de partage et d'accès à l'eau, un des rares points sur lesquels
les délégués ont progressé de façon importante. Peut-être, expliquent de nombreux
observateurs, parce que les grandes compagnies de distribution d'eau, Suez et
Vivendi-Environnement par exemple se sont impliqués aux côtés des politiques,
n'hésitant pas à travailler à perte pour les populations défavorisées des pays
du sud pour capter des marchés dans dix ou vingt ans.
Sur
l'avenir du " Principe de précaution " , mis à mal depuis quelques jours et qui
avait été inventé à la Conférence de Rio il y a dix ans, la ministre de l'écologie
et Hélène Gassin de Greenpeace se retrouvent en plein accord. " Il faut le défendre
et l'étendre à la santé humaine, dit Roselyne Bachelot, ne pas revenir en arrière.
Là on est dans les points négatifs ". Pour la représentante de Greenpeace " il
n'est pas question de reculer sur quelque chose qui a été acquis il y a dix ans.
Ce serait une horreur, le symbole d'un échec ".
Toute la nuit d'hier à aujourd'hui,
les ministres auront donc tenté de mener à bien ce que leurs délégations n'on
pas réussi à faire : trouver, pour que les chefs d'Etat n'aient plus qu'à régler
quelques détails, un accord au moins provisoire sur la santé, les énergies renouvelables,
les Droits de l'Homme, l'accès à l'énergie et l'agriculture. Ils devront aussi
pouvoir affirmer dans les textes que les problèmes d'environnement ne doivent
en aucun cas être réglés par les accords commerciaux de l'Organisation du Commerce
qui tente ici de prendre sa revanche sur l'échec de Seattle. Tout cela paraissait
dimanche hors de portée.
Quant
au climat, il est dans les nuages
Claude-Marie
Vadrot
A
la demande de François Terrasson, j'ai demandé à Madame Roselyne Bachelot pourquoi,
contrairement à ce qui s'est passé à Rio il y a dix ans, les délégués, officiels
ou officieux ne prononçaient pratiquement jamais le mot nature. D'abord surprise
par la question, la ministre a répondu : " Rio, c'était un sommet plus poétique.
Ici à Johannesburg, on est dans le concret, dans la réalité. C'est plus difficile
mais exaltant ".