Du
chanvre pour un avenir durable
Nous
avons visité avec Thierry Revert (Français installé en Afrique du sud et militant
lucide du développement durable agricole et du Bio) le chantier du futur " Your's
center ", centre comprenant divers commerces relatifs à la santé et l'alimentation
bio. Intérêt principal de cette visite, un mur construit en briques de chanvre,
matériau pour lequel existe un programme important, piloté par le ministère de
l'Agriculture sud africain. Il est question d'implanter du chanvre d'ici dix ans
sur 120 000 hectares dans 5 régions différentes. Les terrains choisis dans l'Eastern
Cap sont des jachères après culture de l'ananas et de la chicorée. Un partenariat
entre l'Etat, des grands propriétaires et des petits fermiers a été monté. Il
permettra à ces derniers d'acquérir progressivement à prix préférentiels, des
terres achetées par l'Etat aux propriétaires blancs, manière douce et progressive
de transférer les terres et d'éviter une situation similaire à celle du Zimbabwe.
Le
chanvre semble, ici comme ailleurs, peut être une culture d'avenir : dans la construction
automobile, la construction de maisons, comme isolant, en dallages, en briques.
Sa légèreté permet de remplacer l'armature de béton par du bois. Il est également
utile en pharmacie, agroalimentaire et industrie textile. Il peut aussi servir
à l'alimentation animale. Thierry Revert, a d'ailleurs présenté il y a quelques
jours son projet à des financiers du monde associatif et devrait être appuyé par
l'Europe. François Dufour, consulté sur ce sujet, dit que le chanvre pourrait
facilement retrouver une fonction dans le domaine de la construction, de l'élaboration
de tourteaux " bio " pour l'élevage et dans celui de la médecine. Il rappelle
aussi que le chanvre pousse très bien sur le territoire français. Ces grands projets
suscitent quelques interrogations. S'il s'agit de cultures à échelle industrielle
: quid de l'agriculture bio ? Les paysans sans terre profiteront-ils réellement
d'une telle opération ? A suivre très attentivement.
Myriam Golminc

Les
français en Afrique du sud,
manières de faire, manières de voir
Thierry
Alban Revert vit en Afrique du Sud depuis 1981. Ingénieur, il installe une boulangerie
industrielle, diverses entreprises successivement et avec succès, puis fait un
break pour passer une thèse de neurophysiologie.
Pendant ces premières années,
il crée une association " sport for peace " dans les townships, devient ami avec
des footballeurs résistants. Il lui est arrivé de faire de la prison pour avoir
transporté des noirs dans sa voiture. Comme il le dit " Il se trouve sur la vague
" lors de la fin de l'apartheid au début des années 1990. En 1994, un de ses amis
devient directeur général de l'agriculture sud africaine et lui demande son assistance.
Il monte alors quatre programmes : un programme de développement de la culture
des fibres naturelles, qui permet aujourd'hui d'envisager la construction de maisons
à partir de briques de chanvre, un programme " SAM plants, (plantes aromatiques
et médicinales), un programme algues d'eau douces et de mer, avec en particulier
le développement de la Jacinthe d'eau qui sert de filtre et de capteur des métaux
lourds des eaux usées, et enfin, un programme d'agriculture biologique, lié à
la nécessité d'éradiquer le SIDA en s'attaquant aux causes, notamment la mauvaise
alimentation des plus pauvres.
Ultérieurement
il s'intéresse aux plantes utilisées par les guérisseurs traditionnels qui sont
encore 80000, dont 15000 à Soweto. Il est à l'origine de la création de jardins
" nursery " pour ces plantes, afin d'en développer la culture.

Une
expérience pilote dans le KwaZulu-Natal
De
Durban, il faut deux heures de route pour atteindre le village de Batasil et sa
petite école perchée sur une des " 1000 collines ".
La
directrice de l'établissement nous mène à travers un bâtiment bicolore, nous faisant
découvrir avec une réelle fierté : ses lampes économes, sa photocopieuse, son
matériel vidéo et son ordinateur. L'électrification, cette école la doit à la
collaboration de deux associations qui se sont rencontrées en 1996 lors d'une
réunion organisée par l'ambassade de France. L'une est the Valley Trust (TVT),
une ONG sud-africaine qui intervient principalement dans les domaines de la santé
et de l'éducation ; l'autre, Electriciens sans frontière (ESF), née en 1985 de
la volonté de salariés d'EDF. TVT a fourni le soutien logistique et assuré la
coordination avec les autorités locales. ESF a offert son savoir-faire professionnel,
comme elle le fait dans 25 pays à travers le monde. " L'objectif est double, précise
Laurent Museau, un bénévole d'ESF : électrifier les écoles et engager un programme
de formation aux métiers de l'électricité " Pourquoi les écoles ?
Parce que
dans cette région rurale du KwaZulu-Natal, où le taux de chômage atteint 70 %
de la population et où le sida fait des ravages, les écoles sont autant un lieu
pour l'éducation des enfants qu'un lieu de réunion pour les parents, permettant
de fédérer la communauté villageoise. Quant à la formation d'électriciens, elle
est un des points fondamental qu'aime à rappeler ESF : faire en sorte que la maintenance
de ces écoles soit ensuite assurée par les apprentis devenus de véritables professionnels
capables de voler de leurs propres ailes. Mdu Nacaduwnda, un des premiers apprentis
illustre cette volonté. Il travaille aujourd'hui à la tête d'une équipe de 4 personnes
dans toute la vallée.
Philippe Monges et Miryam Goldminc

EcoCity,
village africain du développement
durable au coeur du ghetto
Planté au coeur d'un
ghetto de la périphérie de Johannesburg, EcoCity, village africain expérimental
du développement durable idéal, initie une communauté deshéritée à la sauvegarde
de l'environnement et aux emplois verts. Avec ses maisons en brique de terre,
ses panneaux solaires, son circuit naturel de retraitement des eaux usées, ses
coopératives de légumes biologiques ou de recyclage des ordures, EcoCity ressemble
à l'utopie en chantier des défenseurs de l'environnement et adversaires de l'anti-mondialisation.
Pour y accéder, il faut en partant de Johannesburg traverser par autoroute des
kilomètres de plaines industrielles, puis s'enfoncer dans un bidonville enfumé
de barraques en tôle et de terrains vagues jonchés d'ordures.
Le projet EcoCity,
lancé par une organisation non-gouvernementale en association avec la mairie de
Johannesburg, emploie une centaine de personnes, toutes issues de la Township
de Midrand où le taux de chômage atteint 70%. Au bout du chantier, une quinzaine
de femmes, truelles à la main, montent le mur d'une maison "verte", empilant les
briques qu'elles ont elles-mêmes fabriquées dans leur coopérative, grâce à un
alliage de terre, de sable et de matières végétales. "Le principe, c'est qu'à
chaque fois que l'on peut le faire, on utilise des énergies renouvelables", explique
Mathapelo Mkhonza, une étudiante qui accompagne bénévolement les visiteurs à travers
EcoCity. A terme, le complexe abritera entre autre un "Centre communautaire zéro
energie", une crêche, un magasin de réparation de vélos, un atelier de petits
métiers manuels, tous éclairés et chauffés à l'aide de panneaux solaires. Portes
et fenêtres ont été récupérées sur des édifices abandonnés. Les visiteurs, dont
de nombreux habitants du quartier, sont initiés aux arcanes du tri des ordures.
Et lorsqu'ils se rendent aux toilettes, ils alimentent, grâce à un accélérateur
organique de décompositon, le compost de la ferme voisine qui leur fournira bientôt
épinards et carottes biologiques. Les fenêtres des maisons d'EcoCity sont orientées
au nord pour capter le soleil, leurs toîts isolés par des plaques de polystyrène,
tandis que les briques de terre captent la chaleur en hiver et conservent la fraîcheur
en été.
Il s'agit de montrer aux membres de la communauté des techniques pour
préserver l'environnement tout en faisant des économies. "Les habitants de Midrand
dépensent les trois-quart de leur salaires en électricité, soit 300 rands par
mois en moyenne. L'année dernière, nous avons mené une expérience pilote dans
14 familles qui ont économisé 100 rands par mois grâce à nos conseils techniques",
explique Mathapelo Mkhonza. La coopérative de recyclage de vélos procède de la
même philosophie mêlant intérêt bien compris et souci de l'environnement. Elle
va employer trois personnes qui répareront des bicyclettes endommagées, dons de
pays étrangers, qui seront revendues entre 180 et 250 rands. "Chaque jour un écolier
fera économiser à ses parents grâce à sa bicyclette les 5 rands de taxi du trajet
pour l'école et nous aurons moins de pollution", se félicite la jeune guide d'EcoCity.
Selon elle, la sensibilisation commence à porter ses fruits. "On a expliqué aux
enfants que la rivière de la township était polluée et que c'était pour cela qu'il
y avait du choléra. Depuis, on ne les voit plus s'y baigner", assure-t-elle. Très
dévouée à la cause du développement durable, la jeune fille se montre néanmoins
un peu perplexe quant à la généralisation de certaines innovations d'EcoCity,
comme les panneaux solaires, "beaucoup trop chers pour les gens comme nous". Elle
leur préfère de loin le nouveau brasero à charbon, allongé par le haut et troué
à sa base, qui réduit les émanations de fumée.

Agriculture
bio et démocratie durable
Les vaches sont africaines, tout comme les cochons qui errent en plein champ,
les oies et les chèvres qui se gavent d'herbe un peu sèche en cette fin d'hiver
avant de venir manger un complément de foin et de feuilles. Le " patron " de l'Ubuntu
farm, Huibert Frankein, explique: " le développement durable commence sur ce principe:
utiliser les animaux domestiques indigènes adaptés au pays. On respecte les sols
et on prend moins de risques avec des animaux adaptés au climat, à la région ".
Au volant d'un minibus, car il y a 400 hectares d'exploitation à découvrir, Huibert
nous fait parcourir avec un plaisir manifeste le domaine qu'il partage avec une
centaine de salariés : des ouvriers et ouvrières agricoles aux enseignants en
passant par les boulangères et aussi les quelques infirmières qui s'efforcent
de soigner des gens de la région atteint par le sida. Dans une petite clinique
intégrée au domaine.
Chaque matin,
vers 7 heures et demie, ces gens se retrouvent tous devant la cour de la ferme
ou bien, s'il pleut dans un grand hangar, pour former un grand cercle. Ils consacrent
quelques minutes à se raconter leurs éventuels problèmes puis, noirs et blancs
s'étant symboliquement donnés la main pendant quelques secondes, tout le monde
part au travail. Occupations variées bien sur, mais basées pour tout le monde
sur un principe simple : sur le domaine chacun remplit au moins deux tâches, les
plus différentes possibles. Ainsi le responsable du petit restaurant, Ian, est
également prof d'informatique, d'économie et de comptabilité; et la chef de cuisine
Madi, sa femme, s'occupe de l'intendance mais enseigne aussi la cuisine aux étudiants
et aux étudiantes les plus âgés. Dans un an elle espère faire fonctionner une
véritable école de cuisine. Tout en initiant évidemment les élèves aux subtilités
et aux impératifs de la cuisine " bio ".Noami Boisson gère la boutique du domaine
tout en donnant des cours de coupe de vêtements. Elle dit gentiment : " ici nous
avons plus une mode de vie qu'un métier. Avec un fort rapport aux gens et à la
terre ". A quelques mètres, c'est un noir handicapé virtuose du fauteuil roulant
qui organise la préparation des plantations, surveillant d'un œil attentif les
premiers plants de salades et de romarin. Quand il explique les subtilités de
ses cultures sans engrais, on ne peut plus l'arrêter.
Suite
de l'article 

Kruger Park
"
It is not allowed to…
It is not allowed to..." (Il n'est pas autorisé de...),
voilà les phrases qui résonnent en leitmotiv dans ma tête après la visite au plus
célèbre parc de l'Afrique du Sud. Depuis Johannesburg ou Pretoria, il faut faire
400 km de route (goudronnée) rapide, 400 km de monoculture (canne à sucre, céréales,
bananes), piquetées d'odorants complexes chimiques, avec aussi des étendues d'eucalyptus
en champs d'arbres que personne n'oserait confondre avec une forêt. Et voici l'entrée
payante (pas chère), les supermarchés et commerces divers de la marchandisation
générale de la nature. Les bétaillères à touristes, les 4x4 rutilants et un air
si net d'autosatisfaction pseudo-écologique que ça en fait froid dans le dos.
Mais ils sont bien là, les animaux. Zèbres, girafes dédaigneuses, buffles,
élans du Cap, un éléphant, les hippopotames… On a même vu la queue d'un lion…
Scène
: je m'approche à pied d'une berge de la rivière semée de chaos granitiques et
de bancs de sable. Hélas, tout près est garé un minibus d'une agence de tourisme,
genre Biotour ou Vivatour, je ne sais plus très bien, d'où tombe sur mon enthousiasme
une voix féminine autoritaire " Sir you MUST go back INSIDE your car ".
La
jeune femme n'a même pas d'uniforme. Simple citoyenne ou guide. J'étais dans un
de mes bons jours. J'ai simplement répondu " I don't speak English ". " La perte
de la liberté est le prix qu'on paie pour la conservation ", me disait-on récemment
aux Galapagos. C'est cher.
François Terrasson

Réserve
de Mohales
(déjà
présenté par Claude-Marie Vadrot le lundi 26)
3
500 hectares d'ancien domaine agricole qui retournent au zèbre et à l'autruche.
Un centre d'initiation à l'environnement. Sponsorisé par une banque qui possède
le domaine.
Voici donc en apparence une série de belles victoires. Le discours
qui va avec est éminemment séduisant et peut-être même sincère. Pourquoi faut-il
que l'enseignement de la biologie des plantes se fasse sur des espèces européennes
? " Plus facile ", nous dit-on. Scientifiquement dur à croire. Et sous plastique.
Dans une serre. Quand on sait qu'au delà de la qualité des informations données
dans un enseignement, les caractéristiques d'ambiance physique s'imprègnent automatiquement
dans les cerveaux, après la perception du poisson qui vit au supermarché ; on
risque la vision de la nature comme lieu couvert plastifié. Mais non, à l'extérieur,
les enfants et touristes circulent. En 4x4 d'où on descendra un peu, guère assez
pour avoir beaucoup les pieds sur terre. Et en groupe, sans émotion individuelle.
Bon, ça va comme ça ! Pensons aux vautours. Sur leur aire de nourrissage s'étale
leur nourriture quotidienne. Les carcasses de cochons crevés provenant de l'immense
élevage hors-sol visible à l'horizon…
La nature a de l'avenir…
François
Terrasson
Interview
Pierre
Radanne, directeur de l'ADEME, n'est pas particulièrement optimiste
sur les résultats du sommet de Johannesburg.
"
Malgré des objectifs faibles, les blocages sont énormes. Les pays en voie de développement
sont écartelés car leur développement reste très difficile, notamment lorsque
leur démographie est forte. De plus, lorsqu'ils arrivent à se développer, ils
se développement selon un modèle non durable, et ils en souffrent. D'où une colère,
et un appel vis-à-vis des pays riches.
Or, dans ces pays riches, nous avons
deux conceptions qui s'affrontent. D'une part, les " pays pleins ", comme l'Europe.
Ce sont des pays anciennement industrialisés, à croissance démographique faible,
qui ont consommé toutes leurs matières premières. Ils ont réalisé que le développement
tel qu'ils l'ont connu depuis le XIXe siècle est non durable. D'autre part, nous
avons les pays vides, comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et la Russie.
Ce sont des pays à faible densité de population, à croissance démographique forte,
et qui ont encore beaucoup de ressources énergétiques et minières. Ils n'ont pas
vécu le choc pétrolier de 1973 de façon aussi traumatisante que l'Europe, et n'ont
pas réalisé leurs limites. Leur opinion publique, de ce fait, n'est pas suffisamment
sensibilisée et ne pousse pas au changement. Dans ces catégories, des pays peuvent
changer de camp, comme le Japon, qui s'est rendu compte récemment de ses limites
et s'est rallié à la ratification du protocole de Kyoto.
D'où des négociations
tripolaires : toute la difficulté aujourd'hui se situe dans cette divergence entre
pays pleins, pays vides et pays en développement, qui, eux, se radicalisent.
Par
contre, dans le sommet, on sent une fantastique envie des gens de faire avancer
les choses, et surtout le souci de gestion des biens collectifs : l'air, l'eau,
la biodiversité...
Cette conception est nouvelle par rapport au fonctionnement
de l'ONU tel qu'il a été défini après la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci instaurait
un principe de souveraineté de chaque état, qui peut bloquer les négociations
par son veto. Aujourd'hui, le principe s'inverse : nous réalisons que chaque erreur
de l'un a un impact sur ses voisins, et qu'il faut gérer ensemble un bien commun.
Actuellement, nous sommes en plein période de mutation entre ces deux conceptions
: nous sommes entre le stade de la chenille, qui serait celui de l'ONU de 1945,
et celui de papillon, qui serait l'entrée de la société civile au cœur des débats,
et qui pose le problème de la conservation des ressources, au delà de la notion
de souveraineté. "
Marie Arnould et Myriam Goldminc
Ndlr
: Malgré ses qualités ou à cause d'elles, ou parce qu'il est lié au Verts depuis
des années, Pierre Radanne ne sera malheureusement pas reconduit dans ses fonctions
par la nouvelle majorité.

Marché
des herbes médicinales
et aromatiques de Johannesbourg
Voici
un texte en anglais sur le marché des herbes médicinales et aromatiques de Johannesbourg.
Ce texte a été préparé par Vivienne Williams, la jeune femme qui aide les
cueilleurs et les marchands à s'organiser.
History
of the Trade in Traditional Medicine on the Witwatersrand
Johannesburg's
link with the trade in traditional medicine begins with the discovery of gold
in 1886. The need for cheap labour on the gold mines was a trigger for early African
urbanisation and led to the entrenchment of the migrant labour system. The ensuing
rural-urban oscillation of people from around the country enhanced the introduction
of traditional activities related to Black 'rural' culture in the late 1890s.
Activities such as craftwork, beer making and traditional herbalism were introduced
and incorporated into the developing urban mine culture to meet the needs of both
the Black migrant labourers and the expanding, permanent urban population for
traditional products and services. Most of the early herbalists and muthi shop
owners established their practices near the migrant labour force in the mines
and mine hostels. Next/Suite

Marché
aux plantes médicinales, Faraday
Dans
le centre de Johannesburg, coincé entre une bretelle de périphérique et une voie
de chemin de fer, le plus grand marché aux plantes médicinales de la ville étale
ses feuilles, branches, racines et écorces, entremêlés à quelques cranes et peaux
de bêtes, à même le sol. Près de deux cents vendeurs -dont 70% de femmes, se concentrent
là, abrités sous les piliers de la route ou, pour les plus "chanceux", dans des
containers destinés à conserver les plantes. Du moins au départ! Car, ces cubes
de 1 m de haut tout au plus, procurent souvent un abri de fortune pour ceux qui
n'ont pas les moyens de se payer une chambre en ville. C'est à dire la majorité
d'entre eux. La double poignée de plantes se vend 5 Rands, et les plantes plus
rares deux à trois fois plus cher. Mais les bénéfices des vendeurs excèdent rarement
400 Rands (soit 40) par mois Pas de quoi payer un loyer et nourrir une famille
(le prix d'une chambre à proximité est de 200 Rands) ! (1)
Autrefois
seulement ouvert le vendredi, le marché est aujourd'hui devenu quotidien. Comme
l'explique Vivianne Williams, notre guide, titulaire d'un PHD sur les plantes
médicinales africaines, ce lieu est quasiment devenu un marché au gros ou les
boutiques ainsi que les guérisseurs traditionnels viennent s'approvisionner.
Certains
marchands sont eux-mêmes des guérisseurs, initiés aux pratiques ancestrales et
aux pouvoirs secrets des plantes, mais la plupart sont de simples herboristes.
Ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes, notamment d'environnement.
Les cueilleurs de plantes, sans formation particulière, récoltent tout azimut
leur matière première sans considération de taille, d'époque ou de chances de
renouvellement des espèces et épuisent peu à peu leurs propres ressources. Mais
ceux pour qui le moindre brin récolté est une question de survie, parler de gestion
à long terme dans l'urgence n'est pas tout à fait réaliste.
Pourtant, comme
le souligne Mvubu Samson, président d'un comité regroupant une vingtaine d'herboristes,
des solutions peuvent être trouvées progressivement, comme celle de cultiver les
plantes par exemple.
Deux objections cependant ; la première étant que les
plantes cultivées ne possèdent par les mêmes vertus thérapeutiques que le plantes
sauvages et la seconde, que les plantes cultivées seront forcément plus chères
(investissements, mains d'oeuvre...) que les plantes cueillies. La solution serait
d'amener progressivement à mélanger des plantes sauvages et des plantes cultivées,
tout en réorientant progressivement une partie de vendeurs sur des activités parallèles.
Mais pour lors, les solutions ne sont pas faciles à mettre en place ; personne
n'a vraiment de quoi faire les premiers investissements, les contraintes économiques
se font de plus en plus pressantes et les plantes de plus en plus rares. Un cercle
vicieux dont il est difficile de sortir, sans aides extérieures. Un projet de
construction d'un marché couvert en dur, actuellement en cours, devrait permettre
aux herboristes de mettre leurs récoltes et eux mêmes à l'abris des vols et des
intempéries. A condition toutefois de s'y investir financièrement.
Ce qui n'est pas possible pour la plupart d'entre eux.
La gestion à long terme,
ce n'est pas encore pour aujourd'hui.
Christine Kristof
Pour
tous les chiffres et tous les détails consulter
le texte en anglais figurant sur le site, ce texte est le résumé de l'exposition
destinée à informer les visiteurs et les usagers sur l'importance de ce marché.

Loin
de la conférence…
Les
journalistes de l'association ont élu domicile dans une ferme de 400 hectares
située à une dizaine de kilomètres de Pretoria et à 70 kilomètres de Johannesburg.
Il s'agit d'une ferme bio (méthode Steiner et Demetter) avec élevage de moutons,
de vaches, de chèvres, de porcs. Avec aussi des cultures maraîchères et de plantes
aromatiques.
Cette ferme abrite également une école et un lycée, deux cliniques
de jour, une boulangerie et un centre de productions d'huiles essentielles. C'est
le premier lieu où nous avons vraiment vu des noirs et des blancs travailler et
vivre ensemble. Preuve que le rapprochement n'est pas factice : dans la talentueuse
chorale de cette ferme, blancs et noirs cohabitent mais surtout les blancs et
les blanches chantent également en langue zoulou.
La ferme emploie une centaine de personnes, écoles comprises, et en abrite et
en fait vivre prés de 300.
Les enfants qui vont à l'école viennent de toutes
les parties du pays, sont évidemment blancs et noirs, et complètent leur éducation
avec l'observation permanente de l'activité agricole. D'autre part, venus également
de tout le pays, des stagiaires viennent s'initier au travail agricole et plus
particulièrement à l'agriculture sans engrais et pesticides de synthèse.
Il s'agit évidemment plus que d'une ferme mais d'un projet culturel et social
basé sur l'autarcie en matière de nourriture pour les gens qui vivent ici, dans
une région qui se trouve à 1380 mètres d'altitude.
Cette ferme a commencé
à fonctionner sous l'apartheid dans des conditions extrêmement difficile et est
devenue depuis la " libération " du pays un modèle social et culturel. Mais surtout,
cette ferme du centre Ubuntu (l'Humanité en Zoulou) sert maintenant de modèle
pour une autre agriculture, une agriculture durable.
Nous en dirons plus dans
une prochaine édition sur cette ferme où nous goûtons le calme (et une bouffe
géniale avec les excellents vins sud africains) mais pour en savoir plus….

Site
web : www.ubuntucentre.co.za

Thierry
Alban Revert fait partie des Français qui se démènent ici depuis des années
pour inventer et installer un développement durable dans le secteur de l'agriculture
et du retour à l'utilisation des plantes médicinales et aromatiques. Arrivée en
Afrique du sud en 1981, il a été immédiatement profondément choqué par l'apartheid
qui existait encore à cette époque. Pour avoir, tout normalement et simplement
fait monter un noir à ses côtés dans sa voiture il a fait de la prison. Après
avoir monté une boulangerie industrielle qui lui a permis de gagner beaucoup d'argent,
cet ingénieur agroalimentaire s'est rapproché des noirs des township, seuls lieux
où les noirs avaient le droit de vivre. Cet adepte des arts martiaux qui s'était
fait connaître en France dans les compétitions nationales et internationales,
a travaillé auprès des noirs en organisant avec eux des équipes et des tournois
de football.
Lorsque
Mandela est arrivé au pouvoir, les nouveaux responsables du pays se sont souvenus
de lui et de ses compétences en lui demandant de prendre des responsabilités au
Département de l'agriculture. Pour Thierry Alban Revert, une force de la nature
mais aussi une force de réflexion sur les rapports entre l'homme, la terre, les
équilibres personnels et la santé, le choix d'une culture sans produits chimiques
était une évidence. " Pour mieux comprendre les gens et les choses, explique-t-il,
j'ai passé un doctorat en neurophysiologie. " Toujours sans perdre de vue les
problèmes agricoles. Et sans perdre de vue également les étroits rapports entre
l'esprit et la matière, le spirituel et le concret ou la nature. En nous recevant
pour la première fois il souligne notre chance : nous arrivons à l'occasion du
" Jour mondial de la guérison ". Il ajoute : " Pour moi le sommet de la terre,
c'est le moment que j'attendais depuis longtemps ".
Devenu
Directeur du développement dans la région de Jobourg, il a fait développer la
culture des fibres avec lesquelles il est possible de construire écologiquement,
relancé la culture des plantes médicinales et aromatiques, organisant la redécouverte
des savoirs de la population noire, il a fait utiliser la jacinthe d'eau pour
absorber et transformé les métaux lourds contenus par les eaux et a mis en route
un programme d'agriculture bio. De là à devenir lui-même agriculteur, il y avait
un pas qu'il a franchi depuis quelques années en montant une société (Planet)
dans laquelle il s'associe avec ceux, noirs et blancs, qui pense que le sauvetage
du milieu naturel passe par d'autres types de culture. Ce qui l'a évidemment amené
au le bio : en élevage, en culture maraîchère et aussi dans le secteur des plantes
médicinales. " Certains fermiers blancs, avec leurs méthodes, ont tout détruit,
ruinés écologiquement certaines régions.
Avec cette nouvelle agriculture nous
recréons les lieux, nous réparons la nature. C'est passionnant, cela redonne un
sens à la vie des hommes. Et évidemment avec la culture des plantes médicinales,
les gens retrouvent leur fierté, leur connaissance. Et sur le plan de la santé,
l'impact peut être considérable.
Le Sida, on le combattra aussi en restaurant
le tissu social, économique et agricole". Thierry est aussi intarissable que prudent
quand il évoque ce qui se passe au Zimbabwe dans les campagnes mais il sait, pour
y participer, que de la réussite d'une nouvelle agriculture qui n'opposerait pas
les blancs et les noirs, c'est à dire chacun dans son créneau peut éviter une
catastrophe. Comme le dit un de ses collègues : " Ce qui se passe chez nos voisins,
cela donne des idées à beaucoup. Nous devons réussir la réforme agraire par la
discussion et il faut faire vite. Sans cela la situation pourra tourner à la violence,
ce qui ne sera bon pour personne ". Un vaste et ambitieux programme qu'il a présenté
le lundi 26 aux représentants européens.
Ce
personnage passionnant qui possède depuis quelques années la nationalité sud africaine
en plus de sa nationalité française sursaute quand on lui dit qu'il est idéaliste
: " je suis un pragmatique et je reste persuadé que seules les actions concrétes
peuvent changer le monde, en Afrique du sud et ailleurs. Je ne souhaite pas devenir
une vedette car ce sont nos actions, avec mes amis et mes associés, qui sont les
véritables vedettes ". Cela explique probablement qu'il ait trouvé un parfait
terrain d'entente, avec des discussions passionnées, avec François Dufour qui
représente à Johannesburg, la Confédération paysanne et Attac dont il est le vice-président.
Nous
aurons l'occasion de reparler des théories et des réalisations de Thierry Alban
Revert tout au long de ce Sommet de la Terre car il représente une option pragmatique
du développement durable dans le domaine de l'agriculture. Nous aurons aussi l'occasion
d'expliquer pourquoi il s'inquiète de la formation en Afrique du sud d'un véritable
Consortium des grandes multinationales qui font pression sur le gouvernement pour
imposer le recours aux OGM : cette année, sans aucun contrôle, dans des exploitations
privées, produisant eux-mêmes les résultats de leurs analyses et observations
ils ont réussi à semer 100 000 hectares de plantes génétiquement modifiées. Avec
cet argument bien connu : seul le recours aux OGM peut résoudre le probléme de
la faim dans le monde et en Afrique du sud….
Pour
joindre Thierry Alban Revert par E-mail : extrutech@pgbi.co.za
Le
développement durable mis en place
par Suez-Ondéo (ex Lyonnaise des Eaux)
Les
dangers d'explosion sociale dont tout le monde parle pour le secteur agricole,
tout le monde les évoque également dans les townships. Là où, dans la région de
Jobourg, les ingénieurs de Suez se démènent depuis quelques années pour assurer
à des sud africains, le minimum d'eau et d'assainissement. Pour eux, le développement
durable, c'est que soit réglé un jour l'équation suivante : sur 45 millions d'habitants,
7 millions n'ont pas l'eau et 21 millions ne bénéficient pas du moindre assainissement.
Pierre-Etienne Sègre, animateur du programme de Suez, explique fièrement : " Nous
avons déjà raccordé 2 millions de gens, nous faisions du développement durable
avant que tout le monde en parle. Mais notre rôle n'est pas d'appliquer des techniques
lourdes : nous devons répondre aux besoins sociaux des gens, ne rien faire ni
entreprendre qu'ils n'acceptent pas ". De toute façon, les 13 spécialistes de
Suez ne sont ici que des conseillers. Des conseillers qui agissent, en dépassant
parfois leur rôle en " gérant " avec un enthousiasme visible : " quand nous avons
réussi un raccordement, cela signifie qu'une femme cesse d'aller prendre de l'eau
polluée dans une rivière trois ou quatre fois par jour. C'est aussi simple que
cela ". Un de ses collaborateurs, Julien Guittet, au centre d'un township qui
n'a pas l'électricité et dont les citernes seront toutes directement alimentées
grâce à son travail dans quelques jours explique : " Ici, je ne fais rien d'extraordinaire,
techniquement parlant, ce sont des travaux de base, mais je vois le résultat de
ce que je fais, ce qui n'est pas le cas dans un projet gigantesque et sophistiqué
pour lequel nous sommes vingt ingénieurs à travailler. Mais je n'ai pas simplement
fait poser des tuyaux, j'ai fait connaissance avec des gens qui ont changé et
travaillé avec moi, j'ai conduit aussi un travail social et nous employons une
vingtaine de personnes qui ont ainsi trouvé du travail alors que le taux de chômage,
dans ce township de Toulam-Touala. C'est passionnant ". En décembre, après un
an de travail, Julien Guittet partira. Son remplaçant sera sud africain…
Pierre-Etienne
Sègre admet volontiers que Suez, qui dans ce type de projet, ne gagne pas d'argent,
n'est pourtant pas une entreprise philanthropique. Pas plus que Vivendi dans les
environs de Durban ou EDF dans plusieurs zones défavorisées. En attendant, quelles
que soient les discussions sur la motivation, des millions de gens découvrent
les plaisirs de l'eau. Ou ceux de l'électricité lorsqu'il s'agit de ce qu'organise
EDF à Khayelitsha, un township du Cap ; ou encore dans le village de Botha prés
de Durban où les habitants vont enfin bénéficier du courant électrique grâce au
solaire.
(Voir
sur ce sujet le commentaire de Myriam Goldminc
et Marie Arnould )
Voir les photos de Georges
Bartoli

Une
réserve privée qui n'est pas privée d'intérêt
Au
départ, l'idée paraît surprenante : une réserve privée de prés et fermée intégralement
financée par une banque, la Standard Bank of South Africa, le deuxième établissement
bancaire du pays. A l'origine, en fait, une belle réserve de prés de 3500 hectares
à 60 kilomètres de Johannesburg pour promener les clients de la banque pour qu'ils
aperçoivent les animaux. A priori donc, l'initiative ne paraît pas très excitante…
Et
puis, il y a Willem Prinsloo son directeur, 44 ans, titulaire d'un diplôme supérieur
de vie sauvage. Il raconte comment, année après année, depuis 1989, et avec beaucoup
plus de facilité depuis la libéralisation du pays et la fin de l'apartheid, il
a convaincu la direction du Marketing d'aller bien au delà, arrachant chaque année
un budget lui permettant de faire d'une exploitation de bovidés écologiquement
ravagée par le surpâturage une authentique réserve naturelle dont les sols se
sont peu à peu reconstituées. Tout simplement parce que le pâturage des différents
animaux sauvages peu à peu ré-introduit a permit la réhabilitation des sols. C'est
d'ailleurs cette méthode qui est utilisée dans les fermes de la nouvelle agriculture,
la bio notamment, une diversité d'animaux d'élevage permettant une restauration
de " l'épiderme " des sols en quelques années. En quelques années, Willem a reconstitué
la faune sauvage africaine de cette région, faune de savane et faune de savane
arbustive, et rétablit un équilibre écologique qui a entraîné le retour de nombreux
oiseaux et de toute la petite faune habituelle.
Il a persuadé la direction
de la banque de lui laisser carte blanche sur des périodes de dix ans renouvelables.
Et il a entamé récemment son deuxième bail. Chaque année il détermine un budget
et fait au mieux avec. Il est ainsi passé de la distraction des clients de la
banque à un centre d'observation et d'interprétation de la nature pour l'instant
destiné aux enfants. Bientôt, sur le territoire de la réserve fonctionnera un
centre de recherche sur les origines des plantes et des animaux de la région.
Toujours sur le principe des équilibres écologiques qui présupposent une limitation
des visiteurs, lesquels paient, pour passer la journée et déjeuner, une somme
d'environ 9 euros. De plus, la réserve s'est peu à peu associée avec les deux
villages voisins pour que ses habitants retrouvent le sens de la culture et de
la cueillette des plantes médicinales. En fait, il leur ré-apprend l'agriculture.
Ce retour aux sources, dans une région qui fut il y a quelques siècles peuplée
par les bushmen (qui ne sont pas des noirs) chassés de ces espaces, bien avant
l'arrivée des Européens, par les peuples noirs, repose sur un autre projet. Willem,
en coopération avec le Français Thierry Alban Revert, l'adepte du bio dont nous
racontons l'histoire par ailleurs, est en train de lancer une ferme de plantes
médicinales et aromatiques. A partir d'un constat tout simple : chaque semaine,
au marché de ces plantes à Johannesburg, arrivent 14 camions de plantes récoltées
un peu partout dans la nature. Une livraison qui augmente chaque année parce que
la mode de leur usage est revenue depuis la libération du pays. Pour Willem et
Thierry il ne fait pas de doute que si la cueillette dans la nature continue à
ce rythme et même augmente parce que le besoin est littéralement en train d'exploser,
il ne restera pratiquement plus de plantes dans le milieu naturel. Certaines sont
d'ailleurs sur le point de disparaître.
Le développement durable, aux yeux
des deux hommes, c'est de tirer profit d'une petite partie de cet espace protégé
et écologiquement restauré, pour produire des plantes, dans l'espoir de sauver
celles qui poussent naturellement dans le milieu, les cueilleurs " sauvages "
pouvant se reconvertir dans la culture des mêmes végétaux. Reste évidemment à
obtenir l'accord de la banque qui voit son projet de départ complètement dépassé
par la réalité. Cette acceptation est en bonne voie… Reste la discussion sur la
privatisation de la réserves, sur les liens avec une banque…
Mais
en attendant, ça marche ! Et le résultat est écologiquement correct.
CMV
Pour
joindre Willem Prinsloo : prinsloow@scmb.co.za,
fax 27 14 576 20 91


We
want land now !
A
Shareworld, loin des buildings flambants neufs du sommet officiel et des banques
de Standon le LMP, mouvement populaire des sans terre d'Afrique du Sud organise
pendant une semaine une rencontre internationale de tous les laissés pour compte
de la planète. Shareworld, qui signifie le partage du Monde est situé dans un
espace culturel qui tient a la fois du gymnase et du décor de théâtre avec des
façades de maisons en carton pâte. Un lieu étrange et beau malgré tout. Ils etaient
un bon millier, réunis ce matin. Des familles, des femmes, des jeunes et des enfants
avec des provisions et des couvertures qui installent un campement informel. Ils
portent presque tous des T- shirt avec des slogans sans équivoque ; lands food
job, au sigle du LMP sous fond rouge et, des T-Shirt Blancs sur lesquels ils réclament
"le contrôle populaire de la terre des forêts et des océans ".
Très assidus
malgré la lourdeur de discours traduits de l'anglais, du zoulou et de l'afrikaner,
mais qu'importe : les chants et les danses repris tous en choeur après de trop
longues interventions permettent de rester attentifs et de se sentir unis. Des
délégations venues des quatre coins du pays se sont réunies pour créer un grand
mouvement autour d'une une véritable reforme agraire et des lois équitables à
la fois pour les sans-terre mais aussi pour les sans logis. Dans les différents
meetings qui se succèdent reviennent comme un leitmotiv les même griefs. Huit
ans après la fin de l'apartheid, ils sont toujours sans terre, soumis à des expulsions
et à des atteintes à leurs droits humains. En Afrique du Sud, 60 000 fermiers
possèdent 80% des terres dont certaines sont en friche. L'objectif principal du
mouvement des sans terre c est d'obtenir une reforme gouvernementale, avec pour
principe " un fermier une ferme ", une distribution équitable des terres, l'accès
des femmes au droit à la terre, la sécurité la propriété de leur terre, la sécurité
alimentaire et une vie soutenable pour les plus pauvres aussi bien en milieu urbain
qu'à la campagne. Près de 8000 personnes sont attendues, La manifestation reste
interdite le samedi 31 août, ainsi que dans la soirée un grand concert de soutien.
Myriam Goldminc et Sylvie Mayer
Soutien
sans faille
Le
représentant brésilien de Via Campesina a présenté son mouvement.
"Il n'y
aura pas de développement durable sans accès a la terre pour les sans terre. Il
faut globaliser la lutte et globaliser l'espoir " a-t-il conclu. Christophe Aguitton
du mouvement ATTAC et François Dufour de la Confédération paysanne ont également
été invités à parler. " J' apporte la solidarité des petits et moyens paysans
français et souhaite que le travail en commun s'accélère pour combattre la globalisation
libérale et je rappelle que l'agriculture productiviste et industrielle détruit
les paysans au Nord comme au Sud .
" ( Voir photos de
Georges pour illustrer Légende la lutte des Sans - Terre un miroir de l'Afrique
)

Swaziland
(Nord-ouest)
C'est
un tout petit état (17 000 km2, 860 000 habitants), indépendant depuis 1968, et
qui n'a jamais connu l'apartheid. Mais d'autres influences ont largement franchi
la frontière où le douanier inscrit les passages dans un beau livre déplié sur
un bureau sans ordinateur. La monoculture agricole sud-africaine n'est pas impressionnée
par la ligne de démarcation. Elle étale dans les plaines ses paysages vides, archivides.
Fonçons
vers les montagnes du Nord-Ouest pour entrer dans un véritable miracle. Des cultures
en terrasse, des cases, des cochons, des poules et des vaches. A la rivière pour
puiser l'eau, dans les champs, dans la cour des maisons, une vie rurale millénaire,
produisant sa nourriture, totalement dépourvue de bidonvilles, expose lors de
la conférence du développement durable, le vrai modèle de celui-ci.
Mais très
vite, nous comprenons le destin futur de ces lieux en entrant dans la mer d'eucalyptus
rigide et sombre qui, quelques kilomètres plus loin, a remplacé la civilisation
paysanne. Il est temps de repartir vers les choses sérieuses et les salles sans
lumière naturelle où la technologie durable cogite le monde de demain.
François
Terrasson

Les
sans-terre au sommet
A
quelques heures de la marche des paysans, le reportage d'Alain Berthault
Les
paysans sans terre d'Afrique s'invitent ce samedi au sommet sur le développement
durable qui se tient à Johannesbourg. En marge du défilé des ONG , ils doivent
marcher par milliers vers le centre officiel de la conférence avec l'espoir d'attirer
l'attention des congressistes sur une situation particulièrement explosive. Depuis
une semaine, les sans-terre ont installé leur campement dans un ancien parc d'attraction
à 40 kilomètres du centre de la ville.
Julia
ne connaît pas le mot anglais qui indique l'Est. Pointant sans hésiter le doigt
vers le levant, elle explique qu'elle est venue de là-bas, avec sept autres paysannes
de la province d'Umpumalanga. Pour l'heure, avec les femmes du camp, elle prépare
en plein air un déjeuner pour 600 personnes, un ragoût qui mijote dans de grand
chaudrons noircis par la fumée. Son Tee-shirt rouge est barrée d'une grande inscription
en lettres noires : " Pour en finir avec la pauvreté : de la terre, de la nourriture,
un travail.
" Après plus de 50 ans passés à travailler pour le compte d'un
fermier blanc, Julia estime qu'il est grand temps d'en finir avec l'Apartheid
économique. " Les blancs qui ont pris la terre de nos ancêtres nous donnent un
peu de maïs, du sel, et 50 rands par mois (5 Euros). Comment voulez vous qu'on
vive avec ça ! On ne peut même pas envoyer nos enfants à l'école ". Une mélopée
s'élève soudain, Julia joint aussitôt sa voix au chur des paysannes qui commencent
à chalouper des hanches. Plus loin, c'est un cercle d'hommes qui écoute en silence
un orateur. Une fois son exposé terminé, le bras levé, ce dernier entonne un vieil
air, la foule répond.
C'est
à l'intérieur que les sans terre tiennent les débats " officiels ", dans un immense
bâtiment blanc tout droit sorti d'un décor de cinéma, compromis improbable entre
une hacienda mexicaine et une médina marocaine. Mais ce n'est certainement pas
pour faire de la figuration que les paysans ont entrepris ce long voyage. A l'image
de Julia, tous attendent désormais du gouvernement sud africain des changements
radicaux : réforme agraire, droit de posséder des terres, droit de travailler
sur ces terres. Des revendications explosives alors même que, dans le Zimbabwe
voisin, le gouvernement somme les fermiers blancs de quitter leur ferme. Près
de 300 d'entre eux ont déjà été arrêtés pour avoir refusé de laisser leur exploitation
aux mains de Noirs.
Le
gouvernement sud africain saura-t-il éviter un tel blocage ? " Nous ne voulons
pas prendre cette terre aux Blancs, tempère Julia. Nous voulons pouvoir y faire
pousser notre production, la vendre, et enfin vivre décemment. Pour ça, nous devons
discuter avec les propriétaire blancs, être ensemble, partager cette terre. "
Certains fermiers blancs, une poignée à vrai dire, ont déjà montré la voie. Thierry
Alban Revert, français naturalisé sud africain, mène sur son exploitation de 6000
hectares une expérience pilote de partage des terres soutenue par le gouvernement.
L'idée est de rétrocéder progressivement une grande partie du territoire aux Noirs,
sous le contrôle des institutions. " On va dans le mur, avertit ce fermier. Il
faut empêcher à temps les sans terre de vouloir reprendre violemment leur terre
alors qu'ils n'ont pas l'éducation pour la reprendre ou la cultiver, ce qui serait
une plus grande catastrophe encore ".
Lors
de cette grande journée de manifestation ce samedi, ce sont les sans terre qui
seront les plus nombreux à défiler, entre 8000 et 10 000 personnes. Pourtant,
il n'ont pas obtenu le soutien espéré des Organisations Non Gouvernementales présentes
pour le contre sommet. Seuls les membres et délégués de Via Campesina, organisation
qui regroupe 80 organisations dans 53 pays, seront à leurs côtés, casquette verte
sur la tête. Une marée verte et rouge qui pourrait bien entraîner dans son sillage
les sans terre, sans travail, tous les " sans " du bidonville d'Alexandra d'où
part cette grande marche.
Laurent Berthault.
Radio France Internationale
Site web : www.rfi.fr