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Texte du : 04/09/02

Du chanvre pour un avenir durable

Nous avons visité avec Thierry Revert (Français installé en Afrique du sud et militant lucide du développement durable agricole et du Bio) le chantier du futur " Your's center ", centre comprenant divers commerces relatifs à la santé et l'alimentation bio. Intérêt principal de cette visite, un mur construit en briques de chanvre, matériau pour lequel existe un programme important, piloté par le ministère de l'Agriculture sud africain. Il est question d'implanter du chanvre d'ici dix ans sur 120 000 hectares dans 5 régions différentes. Les terrains choisis dans l'Eastern Cap sont des jachères après culture de l'ananas et de la chicorée. Un partenariat entre l'Etat, des grands propriétaires et des petits fermiers a été monté. Il permettra à ces derniers d'acquérir progressivement à prix préférentiels, des terres achetées par l'Etat aux propriétaires blancs, manière douce et progressive de transférer les terres et d'éviter une situation similaire à celle du Zimbabwe.

Le chanvre semble, ici comme ailleurs, peut être une culture d'avenir : dans la construction automobile, la construction de maisons, comme isolant, en dallages, en briques. Sa légèreté permet de remplacer l'armature de béton par du bois. Il est également utile en pharmacie, agroalimentaire et industrie textile. Il peut aussi servir à l'alimentation animale. Thierry Revert, a d'ailleurs présenté il y a quelques jours son projet à des financiers du monde associatif et devrait être appuyé par l'Europe. François Dufour, consulté sur ce sujet, dit que le chanvre pourrait facilement retrouver une fonction dans le domaine de la construction, de l'élaboration de tourteaux " bio " pour l'élevage et dans celui de la médecine. Il rappelle aussi que le chanvre pousse très bien sur le territoire français. Ces grands projets suscitent quelques interrogations. S'il s'agit de cultures à échelle industrielle : quid de l'agriculture bio ? Les paysans sans terre profiteront-ils réellement d'une telle opération ? A suivre très attentivement.
Myriam Golminc

 

Texte du : 04/09/02

Les français en Afrique du sud,
manières de faire, manières de voir

Thierry Alban Revert vit en Afrique du Sud depuis 1981. Ingénieur, il installe une boulangerie industrielle, diverses entreprises successivement et avec succès, puis fait un break pour passer une thèse de neurophysiologie.
Pendant ces premières années, il crée une association " sport for peace " dans les townships, devient ami avec des footballeurs résistants. Il lui est arrivé de faire de la prison pour avoir transporté des noirs dans sa voiture. Comme il le dit " Il se trouve sur la vague " lors de la fin de l'apartheid au début des années 1990. En 1994, un de ses amis devient directeur général de l'agriculture sud africaine et lui demande son assistance.
Il monte alors quatre programmes : un programme de développement de la culture des fibres naturelles, qui permet aujourd'hui d'envisager la construction de maisons à partir de briques de chanvre, un programme " SAM plants, (plantes aromatiques et médicinales), un programme algues d'eau douces et de mer, avec en particulier le développement de la Jacinthe d'eau qui sert de filtre et de capteur des métaux lourds des eaux usées, et enfin, un programme d'agriculture biologique, lié à la nécessité d'éradiquer le SIDA en s'attaquant aux causes, notamment la mauvaise alimentation des plus pauvres.

Ultérieurement il s'intéresse aux plantes utilisées par les guérisseurs traditionnels qui sont encore 80000, dont 15000 à Soweto. Il est à l'origine de la création de jardins " nursery " pour ces plantes, afin d'en développer la culture.

Texte du : 03/09/02

Une expérience pilote dans le KwaZulu-Natal

De Durban, il faut deux heures de route pour atteindre le village de Batasil et sa petite école perchée sur une des " 1000 collines ".

La directrice de l'établissement nous mène à travers un bâtiment bicolore, nous faisant découvrir avec une réelle fierté : ses lampes économes, sa photocopieuse, son matériel vidéo et son ordinateur. L'électrification, cette école la doit à la collaboration de deux associations qui se sont rencontrées en 1996 lors d'une réunion organisée par l'ambassade de France. L'une est the Valley Trust (TVT), une ONG sud-africaine qui intervient principalement dans les domaines de la santé et de l'éducation ; l'autre, Electriciens sans frontière (ESF), née en 1985 de la volonté de salariés d'EDF. TVT a fourni le soutien logistique et assuré la coordination avec les autorités locales. ESF a offert son savoir-faire professionnel, comme elle le fait dans 25 pays à travers le monde. " L'objectif est double, précise Laurent Museau, un bénévole d'ESF : électrifier les écoles et engager un programme de formation aux métiers de l'électricité " Pourquoi les écoles ?
Parce que dans cette région rurale du KwaZulu-Natal, où le taux de chômage atteint 70 % de la population et où le sida fait des ravages, les écoles sont autant un lieu pour l'éducation des enfants qu'un lieu de réunion pour les parents, permettant de fédérer la communauté villageoise. Quant à la formation d'électriciens, elle est un des points fondamental qu'aime à rappeler ESF : faire en sorte que la maintenance de ces écoles soit ensuite assurée par les apprentis devenus de véritables professionnels capables de voler de leurs propres ailes. Mdu Nacaduwnda, un des premiers apprentis illustre cette volonté. Il travaille aujourd'hui à la tête d'une équipe de 4 personnes dans toute la vallée.
Philippe Monges et Miryam Goldminc

 

Texte du : 01/09/02

EcoCity, village africain du développement
durable au coeur du ghetto

Planté au coeur d'un ghetto de la périphérie de Johannesburg, EcoCity, village africain expérimental du développement durable idéal, initie une communauté deshéritée à la sauvegarde de l'environnement et aux emplois verts. Avec ses maisons en brique de terre, ses panneaux solaires, son circuit naturel de retraitement des eaux usées, ses coopératives de légumes biologiques ou de recyclage des ordures, EcoCity ressemble à l'utopie en chantier des défenseurs de l'environnement et adversaires de l'anti-mondialisation. Pour y accéder, il faut en partant de Johannesburg traverser par autoroute des kilomètres de plaines industrielles, puis s'enfoncer dans un bidonville enfumé de barraques en tôle et de terrains vagues jonchés d'ordures.
Le projet EcoCity, lancé par une organisation non-gouvernementale en association avec la mairie de Johannesburg, emploie une centaine de personnes, toutes issues de la Township de Midrand où le taux de chômage atteint 70%. Au bout du chantier, une quinzaine de femmes, truelles à la main, montent le mur d'une maison "verte", empilant les briques qu'elles ont elles-mêmes fabriquées dans leur coopérative, grâce à un alliage de terre, de sable et de matières végétales. "Le principe, c'est qu'à chaque fois que l'on peut le faire, on utilise des énergies renouvelables", explique Mathapelo Mkhonza, une étudiante qui accompagne bénévolement les visiteurs à travers EcoCity. A terme, le complexe abritera entre autre un "Centre communautaire zéro energie", une crêche, un magasin de réparation de vélos, un atelier de petits métiers manuels, tous éclairés et chauffés à l'aide de panneaux solaires. Portes et fenêtres ont été récupérées sur des édifices abandonnés. Les visiteurs, dont de nombreux habitants du quartier, sont initiés aux arcanes du tri des ordures. Et lorsqu'ils se rendent aux toilettes, ils alimentent, grâce à un accélérateur organique de décompositon, le compost de la ferme voisine qui leur fournira bientôt épinards et carottes biologiques. Les fenêtres des maisons d'EcoCity sont orientées au nord pour capter le soleil, leurs toîts isolés par des plaques de polystyrène, tandis que les briques de terre captent la chaleur en hiver et conservent la fraîcheur en été.
Il s'agit de montrer aux membres de la communauté des techniques pour préserver l'environnement tout en faisant des économies. "Les habitants de Midrand dépensent les trois-quart de leur salaires en électricité, soit 300 rands par mois en moyenne. L'année dernière, nous avons mené une expérience pilote dans 14 familles qui ont économisé 100 rands par mois grâce à nos conseils techniques", explique Mathapelo Mkhonza. La coopérative de recyclage de vélos procède de la même philosophie mêlant intérêt bien compris et souci de l'environnement. Elle va employer trois personnes qui répareront des bicyclettes endommagées, dons de pays étrangers, qui seront revendues entre 180 et 250 rands. "Chaque jour un écolier fera économiser à ses parents grâce à sa bicyclette les 5 rands de taxi du trajet pour l'école et nous aurons moins de pollution", se félicite la jeune guide d'EcoCity. Selon elle, la sensibilisation commence à porter ses fruits. "On a expliqué aux enfants que la rivière de la township était polluée et que c'était pour cela qu'il y avait du choléra. Depuis, on ne les voit plus s'y baigner", assure-t-elle. Très dévouée à la cause du développement durable, la jeune fille se montre néanmoins un peu perplexe quant à la généralisation de certaines innovations d'EcoCity, comme les panneaux solaires, "beaucoup trop chers pour les gens comme nous". Elle leur préfère de loin le nouveau brasero à charbon, allongé par le haut et troué à sa base, qui réduit les émanations de fumée.

 

Texte du : 31/08/02

Agriculture bio et démocratie durable

Les vaches sont africaines, tout comme les cochons qui errent en plein champ, les oies et les chèvres qui se gavent d'herbe un peu sèche en cette fin d'hiver avant de venir manger un complément de foin et de feuilles. Le " patron " de l'Ubuntu farm, Huibert Frankein, explique: " le développement durable commence sur ce principe: utiliser les animaux domestiques indigènes adaptés au pays. On respecte les sols et on prend moins de risques avec des animaux adaptés au climat, à la région ". Au volant d'un minibus, car il y a 400 hectares d'exploitation à découvrir, Huibert nous fait parcourir avec un plaisir manifeste le domaine qu'il partage avec une centaine de salariés : des ouvriers et ouvrières agricoles aux enseignants en passant par les boulangères et aussi les quelques infirmières qui s'efforcent de soigner des gens de la région atteint par le sida. Dans une petite clinique intégrée au domaine.

Chaque matin, vers 7 heures et demie, ces gens se retrouvent tous devant la cour de la ferme ou bien, s'il pleut dans un grand hangar, pour former un grand cercle. Ils consacrent quelques minutes à se raconter leurs éventuels problèmes puis, noirs et blancs s'étant symboliquement donnés la main pendant quelques secondes, tout le monde part au travail. Occupations variées bien sur, mais basées pour tout le monde sur un principe simple : sur le domaine chacun remplit au moins deux tâches, les plus différentes possibles. Ainsi le responsable du petit restaurant, Ian, est également prof d'informatique, d'économie et de comptabilité; et la chef de cuisine Madi, sa femme, s'occupe de l'intendance mais enseigne aussi la cuisine aux étudiants et aux étudiantes les plus âgés. Dans un an elle espère faire fonctionner une véritable école de cuisine. Tout en initiant évidemment les élèves aux subtilités et aux impératifs de la cuisine " bio ".Noami Boisson gère la boutique du domaine tout en donnant des cours de coupe de vêtements. Elle dit gentiment : " ici nous avons plus une mode de vie qu'un métier. Avec un fort rapport aux gens et à la terre ". A quelques mètres, c'est un noir handicapé virtuose du fauteuil roulant qui organise la préparation des plantations, surveillant d'un œil attentif les premiers plants de salades et de romarin. Quand il explique les subtilités de ses cultures sans engrais, on ne peut plus l'arrêter.

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Texte du : 30/08/02

Kruger Park

" It is not allowed to…
It is not allowed to..." (Il n'est pas autorisé de...), voilà les phrases qui résonnent en leitmotiv dans ma tête après la visite au plus célèbre parc de l'Afrique du Sud. Depuis Johannesburg ou Pretoria, il faut faire 400 km de route (goudronnée) rapide, 400 km de monoculture (canne à sucre, céréales, bananes), piquetées d'odorants complexes chimiques, avec aussi des étendues d'eucalyptus en champs d'arbres que personne n'oserait confondre avec une forêt. Et voici l'entrée payante (pas chère), les supermarchés et commerces divers de la marchandisation générale de la nature. Les bétaillères à touristes, les 4x4 rutilants et un air si net d'autosatisfaction pseudo-écologique que ça en fait froid dans le dos.
Mais ils sont bien là, les animaux. Zèbres, girafes dédaigneuses, buffles, élans du Cap, un éléphant, les hippopotames… On a même vu la queue d'un lion…

Scène : je m'approche à pied d'une berge de la rivière semée de chaos granitiques et de bancs de sable. Hélas, tout près est garé un minibus d'une agence de tourisme, genre Biotour ou Vivatour, je ne sais plus très bien, d'où tombe sur mon enthousiasme une voix féminine autoritaire " Sir you MUST go back INSIDE your car ".
La jeune femme n'a même pas d'uniforme. Simple citoyenne ou guide. J'étais dans un de mes bons jours. J'ai simplement répondu " I don't speak English ". " La perte de la liberté est le prix qu'on paie pour la conservation ", me disait-on récemment aux Galapagos. C'est cher.
François Terrasson

Texte du : 30/08/02

Réserve de Mohales

(déjà présenté par Claude-Marie Vadrot le lundi 26)

3 500 hectares d'ancien domaine agricole qui retournent au zèbre et à l'autruche. Un centre d'initiation à l'environnement. Sponsorisé par une banque qui possède le domaine.
Voici donc en apparence une série de belles victoires. Le discours qui va avec est éminemment séduisant et peut-être même sincère. Pourquoi faut-il que l'enseignement de la biologie des plantes se fasse sur des espèces européennes ? " Plus facile ", nous dit-on. Scientifiquement dur à croire. Et sous plastique. Dans une serre. Quand on sait qu'au delà de la qualité des informations données dans un enseignement, les caractéristiques d'ambiance physique s'imprègnent automatiquement dans les cerveaux, après la perception du poisson qui vit au supermarché ; on risque la vision de la nature comme lieu couvert plastifié. Mais non, à l'extérieur, les enfants et touristes circulent. En 4x4 d'où on descendra un peu, guère assez pour avoir beaucoup les pieds sur terre. Et en groupe, sans émotion individuelle. Bon, ça va comme ça ! Pensons aux vautours. Sur leur aire de nourrissage s'étale leur nourriture quotidienne. Les carcasses de cochons crevés provenant de l'immense élevage hors-sol visible à l'horizon…
La nature a de l'avenir…
François Terrasson

Texte du : 30/08/02

Interview

Pierre Radanne, directeur de l'ADEME, n'est pas particulièrement optimiste sur les résultats du sommet de Johannesburg.

" Malgré des objectifs faibles, les blocages sont énormes. Les pays en voie de développement sont écartelés car leur développement reste très difficile, notamment lorsque leur démographie est forte. De plus, lorsqu'ils arrivent à se développer, ils se développement selon un modèle non durable, et ils en souffrent. D'où une colère, et un appel vis-à-vis des pays riches.
Or, dans ces pays riches, nous avons deux conceptions qui s'affrontent. D'une part, les " pays pleins ", comme l'Europe. Ce sont des pays anciennement industrialisés, à croissance démographique faible, qui ont consommé toutes leurs matières premières. Ils ont réalisé que le développement tel qu'ils l'ont connu depuis le XIXe siècle est non durable. D'autre part, nous avons les pays vides, comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et la Russie. Ce sont des pays à faible densité de population, à croissance démographique forte, et qui ont encore beaucoup de ressources énergétiques et minières. Ils n'ont pas vécu le choc pétrolier de 1973 de façon aussi traumatisante que l'Europe, et n'ont pas réalisé leurs limites. Leur opinion publique, de ce fait, n'est pas suffisamment sensibilisée et ne pousse pas au changement. Dans ces catégories, des pays peuvent changer de camp, comme le Japon, qui s'est rendu compte récemment de ses limites et s'est rallié à la ratification du protocole de Kyoto.
D'où des négociations tripolaires : toute la difficulté aujourd'hui se situe dans cette divergence entre pays pleins, pays vides et pays en développement, qui, eux, se radicalisent.

Par contre, dans le sommet, on sent une fantastique envie des gens de faire avancer les choses, et surtout le souci de gestion des biens collectifs : l'air, l'eau, la biodiversité...
Cette conception est nouvelle par rapport au fonctionnement de l'ONU tel qu'il a été défini après la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci instaurait un principe de souveraineté de chaque état, qui peut bloquer les négociations par son veto. Aujourd'hui, le principe s'inverse : nous réalisons que chaque erreur de l'un a un impact sur ses voisins, et qu'il faut gérer ensemble un bien commun. Actuellement, nous sommes en plein période de mutation entre ces deux conceptions : nous sommes entre le stade de la chenille, qui serait celui de l'ONU de 1945, et celui de papillon, qui serait l'entrée de la société civile au cœur des débats, et qui pose le problème de la conservation des ressources, au delà de la notion de souveraineté. "
Marie Arnould et Myriam Goldminc

Ndlr : Malgré ses qualités ou à cause d'elles, ou parce qu'il est lié au Verts depuis des années, Pierre Radanne ne sera malheureusement pas reconduit dans ses fonctions par la nouvelle majorité.

 

Texte du : 29/08/02

Marché des herbes médicinales
et aromatiques de Johannesbourg

Voici un texte en anglais sur le marché des herbes médicinales et aromatiques de Johannesbourg. Ce texte a été préparé par Vivienne Williams, la jeune femme qui aide les cueilleurs et les marchands à s'organiser.

History of the Trade in Traditional Medicine on the Witwatersrand

Johannesburg's link with the trade in traditional medicine begins with the discovery of gold in 1886. The need for cheap labour on the gold mines was a trigger for early African urbanisation and led to the entrenchment of the migrant labour system. The ensuing rural-urban oscillation of people from around the country enhanced the introduction of traditional activities related to Black 'rural' culture in the late 1890s. Activities such as craftwork, beer making and traditional herbalism were introduced and incorporated into the developing urban mine culture to meet the needs of both the Black migrant labourers and the expanding, permanent urban population for traditional products and services. Most of the early herbalists and muthi shop owners established their practices near the migrant labour force in the mines and mine hostels. Next/Suite


Texte du : 03/09/02

Marché aux plantes médicinales, Faraday

Dans le centre de Johannesburg, coincé entre une bretelle de périphérique et une voie de chemin de fer, le plus grand marché aux plantes médicinales de la ville étale ses feuilles, branches, racines et écorces, entremêlés à quelques cranes et peaux de bêtes, à même le sol. Près de deux cents vendeurs -dont 70% de femmes, se concentrent là, abrités sous les piliers de la route ou, pour les plus "chanceux", dans des containers destinés à conserver les plantes. Du moins au départ! Car, ces cubes de 1 m de haut tout au plus, procurent souvent un abri de fortune pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer une chambre en ville. C'est à dire la majorité d'entre eux. La double poignée de plantes se vend 5 Rands, et les plantes plus rares deux à trois fois plus cher. Mais les bénéfices des vendeurs excèdent rarement 400 Rands (soit 40) par mois Pas de quoi payer un loyer et nourrir une famille (le prix d'une chambre à proximité est de 200 Rands) ! (1)

Autrefois seulement ouvert le vendredi, le marché est aujourd'hui devenu quotidien. Comme l'explique Vivianne Williams, notre guide, titulaire d'un PHD sur les plantes médicinales africaines, ce lieu est quasiment devenu un marché au gros ou les boutiques ainsi que les guérisseurs traditionnels viennent s'approvisionner.
Certains marchands sont eux-mêmes des guérisseurs, initiés aux pratiques ancestrales et aux pouvoirs secrets des plantes, mais la plupart sont de simples herboristes. Ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes, notamment d'environnement. Les cueilleurs de plantes, sans formation particulière, récoltent tout azimut leur matière première sans considération de taille, d'époque ou de chances de renouvellement des espèces et épuisent peu à peu leurs propres ressources. Mais ceux pour qui le moindre brin récolté est une question de survie, parler de gestion à long terme dans l'urgence n'est pas tout à fait réaliste.
Pourtant, comme le souligne Mvubu Samson, président d'un comité regroupant une vingtaine d'herboristes, des solutions peuvent être trouvées progressivement, comme celle de cultiver les plantes par exemple.
Deux objections cependant ; la première étant que les plantes cultivées ne possèdent par les mêmes vertus thérapeutiques que le plantes sauvages et la seconde, que les plantes cultivées seront forcément plus chères (investissements, mains d'oeuvre...) que les plantes cueillies. La solution serait d'amener progressivement à mélanger des plantes sauvages et des plantes cultivées, tout en réorientant progressivement une partie de vendeurs sur des activités parallèles. Mais pour lors, les solutions ne sont pas faciles à mettre en place ; personne n'a vraiment de quoi faire les premiers investissements, les contraintes économiques se font de plus en plus pressantes et les plantes de plus en plus rares. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir, sans aides extérieures. Un projet de construction d'un marché couvert en dur, actuellement en cours, devrait permettre aux herboristes de mettre leurs récoltes et eux mêmes à l'abris des vols et des intempéries. A condition toutefois de s'y investir financièrement. Ce qui n'est pas possible pour la plupart d'entre eux.
La gestion à long terme, ce n'est pas encore pour aujourd'hui.
Christine Kristof

Pour tous les chiffres et tous les détails consulter le texte en anglais figurant sur le site, ce texte est le résumé de l'exposition destinée à informer les visiteurs et les usagers sur l'importance de ce marché.

 

Texte du : 28/08/02

Loin de la conférence…

Les journalistes de l'association ont élu domicile dans une ferme de 400 hectares située à une dizaine de kilomètres de Pretoria et à 70 kilomètres de Johannesburg. Il s'agit d'une ferme bio (méthode Steiner et Demetter) avec élevage de moutons, de vaches, de chèvres, de porcs. Avec aussi des cultures maraîchères et de plantes aromatiques.
Cette ferme abrite également une école et un lycée, deux cliniques de jour, une boulangerie et un centre de productions d'huiles essentielles. C'est le premier lieu où nous avons vraiment vu des noirs et des blancs travailler et vivre ensemble. Preuve que le rapprochement n'est pas factice : dans la talentueuse chorale de cette ferme, blancs et noirs cohabitent mais surtout les blancs et les blanches chantent également en langue zoulou.

La ferme emploie une centaine de personnes, écoles comprises, et en abrite et en fait vivre prés de 300.
Les enfants qui vont à l'école viennent de toutes les parties du pays, sont évidemment blancs et noirs, et complètent leur éducation avec l'observation permanente de l'activité agricole. D'autre part, venus également de tout le pays, des stagiaires viennent s'initier au travail agricole et plus particulièrement à l'agriculture sans engrais et pesticides de synthèse.

Il s'agit évidemment plus que d'une ferme mais d'un projet culturel et social basé sur l'autarcie en matière de nourriture pour les gens qui vivent ici, dans une région qui se trouve à 1380 mètres d'altitude.
Cette ferme a commencé à fonctionner sous l'apartheid dans des conditions extrêmement difficile et est devenue depuis la " libération " du pays un modèle social et culturel. Mais surtout, cette ferme du centre Ubuntu (l'Humanité en Zoulou) sert maintenant de modèle pour une autre agriculture, une agriculture durable.
Nous en dirons plus dans une prochaine édition sur cette ferme où nous goûtons le calme (et une bouffe géniale avec les excellents vins sud africains) mais pour en savoir plus….

Allez visiter la ferme.

Site web : www.ubuntucentre.co.za

Texte du : 26/08/02

 

Thierry Alban Revert fait partie des Français qui se démènent ici depuis des années pour inventer et installer un développement durable dans le secteur de l'agriculture et du retour à l'utilisation des plantes médicinales et aromatiques. Arrivée en Afrique du sud en 1981, il a été immédiatement profondément choqué par l'apartheid qui existait encore à cette époque. Pour avoir, tout normalement et simplement fait monter un noir à ses côtés dans sa voiture il a fait de la prison. Après avoir monté une boulangerie industrielle qui lui a permis de gagner beaucoup d'argent, cet ingénieur agroalimentaire s'est rapproché des noirs des township, seuls lieux où les noirs avaient le droit de vivre. Cet adepte des arts martiaux qui s'était fait connaître en France dans les compétitions nationales et internationales, a travaillé auprès des noirs en organisant avec eux des équipes et des tournois de football.

Lorsque Mandela est arrivé au pouvoir, les nouveaux responsables du pays se sont souvenus de lui et de ses compétences en lui demandant de prendre des responsabilités au Département de l'agriculture. Pour Thierry Alban Revert, une force de la nature mais aussi une force de réflexion sur les rapports entre l'homme, la terre, les équilibres personnels et la santé, le choix d'une culture sans produits chimiques était une évidence. " Pour mieux comprendre les gens et les choses, explique-t-il, j'ai passé un doctorat en neurophysiologie. " Toujours sans perdre de vue les problèmes agricoles. Et sans perdre de vue également les étroits rapports entre l'esprit et la matière, le spirituel et le concret ou la nature. En nous recevant pour la première fois il souligne notre chance : nous arrivons à l'occasion du " Jour mondial de la guérison ". Il ajoute : " Pour moi le sommet de la terre, c'est le moment que j'attendais depuis longtemps ".

Devenu Directeur du développement dans la région de Jobourg, il a fait développer la culture des fibres avec lesquelles il est possible de construire écologiquement, relancé la culture des plantes médicinales et aromatiques, organisant la redécouverte des savoirs de la population noire, il a fait utiliser la jacinthe d'eau pour absorber et transformé les métaux lourds contenus par les eaux et a mis en route un programme d'agriculture bio. De là à devenir lui-même agriculteur, il y avait un pas qu'il a franchi depuis quelques années en montant une société (Planet) dans laquelle il s'associe avec ceux, noirs et blancs, qui pense que le sauvetage du milieu naturel passe par d'autres types de culture. Ce qui l'a évidemment amené au le bio : en élevage, en culture maraîchère et aussi dans le secteur des plantes médicinales. " Certains fermiers blancs, avec leurs méthodes, ont tout détruit, ruinés écologiquement certaines régions.
Avec cette nouvelle agriculture nous recréons les lieux, nous réparons la nature. C'est passionnant, cela redonne un sens à la vie des hommes. Et évidemment avec la culture des plantes médicinales, les gens retrouvent leur fierté, leur connaissance. Et sur le plan de la santé, l'impact peut être considérable.
Le Sida, on le combattra aussi en restaurant le tissu social, économique et agricole". Thierry est aussi intarissable que prudent quand il évoque ce qui se passe au Zimbabwe dans les campagnes mais il sait, pour y participer, que de la réussite d'une nouvelle agriculture qui n'opposerait pas les blancs et les noirs, c'est à dire chacun dans son créneau peut éviter une catastrophe. Comme le dit un de ses collègues : " Ce qui se passe chez nos voisins, cela donne des idées à beaucoup. Nous devons réussir la réforme agraire par la discussion et il faut faire vite. Sans cela la situation pourra tourner à la violence, ce qui ne sera bon pour personne ". Un vaste et ambitieux programme qu'il a présenté le lundi 26 aux représentants européens.

Ce personnage passionnant qui possède depuis quelques années la nationalité sud africaine en plus de sa nationalité française sursaute quand on lui dit qu'il est idéaliste : " je suis un pragmatique et je reste persuadé que seules les actions concrétes peuvent changer le monde, en Afrique du sud et ailleurs. Je ne souhaite pas devenir une vedette car ce sont nos actions, avec mes amis et mes associés, qui sont les véritables vedettes ". Cela explique probablement qu'il ait trouvé un parfait terrain d'entente, avec des discussions passionnées, avec François Dufour qui représente à Johannesburg, la Confédération paysanne et Attac dont il est le vice-président.

Nous aurons l'occasion de reparler des théories et des réalisations de Thierry Alban Revert tout au long de ce Sommet de la Terre car il représente une option pragmatique du développement durable dans le domaine de l'agriculture. Nous aurons aussi l'occasion d'expliquer pourquoi il s'inquiète de la formation en Afrique du sud d'un véritable Consortium des grandes multinationales qui font pression sur le gouvernement pour imposer le recours aux OGM : cette année, sans aucun contrôle, dans des exploitations privées, produisant eux-mêmes les résultats de leurs analyses et observations ils ont réussi à semer 100 000 hectares de plantes génétiquement modifiées. Avec cet argument bien connu : seul le recours aux OGM peut résoudre le probléme de la faim dans le monde et en Afrique du sud….

Pour joindre Thierry Alban Revert par E-mail : extrutech@pgbi.co.za

Texte du : 26/08/02

Le développement durable mis en place
par Suez-Ondéo (ex Lyonnaise des Eaux)

Les dangers d'explosion sociale dont tout le monde parle pour le secteur agricole, tout le monde les évoque également dans les townships. Là où, dans la région de Jobourg, les ingénieurs de Suez se démènent depuis quelques années pour assurer à des sud africains, le minimum d'eau et d'assainissement. Pour eux, le développement durable, c'est que soit réglé un jour l'équation suivante : sur 45 millions d'habitants, 7 millions n'ont pas l'eau et 21 millions ne bénéficient pas du moindre assainissement. Pierre-Etienne Sègre, animateur du programme de Suez, explique fièrement : " Nous avons déjà raccordé 2 millions de gens, nous faisions du développement durable avant que tout le monde en parle. Mais notre rôle n'est pas d'appliquer des techniques lourdes : nous devons répondre aux besoins sociaux des gens, ne rien faire ni entreprendre qu'ils n'acceptent pas ". De toute façon, les 13 spécialistes de Suez ne sont ici que des conseillers. Des conseillers qui agissent, en dépassant parfois leur rôle en " gérant " avec un enthousiasme visible : " quand nous avons réussi un raccordement, cela signifie qu'une femme cesse d'aller prendre de l'eau polluée dans une rivière trois ou quatre fois par jour. C'est aussi simple que cela ". Un de ses collaborateurs, Julien Guittet, au centre d'un township qui n'a pas l'électricité et dont les citernes seront toutes directement alimentées grâce à son travail dans quelques jours explique : " Ici, je ne fais rien d'extraordinaire, techniquement parlant, ce sont des travaux de base, mais je vois le résultat de ce que je fais, ce qui n'est pas le cas dans un projet gigantesque et sophistiqué pour lequel nous sommes vingt ingénieurs à travailler. Mais je n'ai pas simplement fait poser des tuyaux, j'ai fait connaissance avec des gens qui ont changé et travaillé avec moi, j'ai conduit aussi un travail social et nous employons une vingtaine de personnes qui ont ainsi trouvé du travail alors que le taux de chômage, dans ce township de Toulam-Touala. C'est passionnant ". En décembre, après un an de travail, Julien Guittet partira. Son remplaçant sera sud africain…

Pierre-Etienne Sègre admet volontiers que Suez, qui dans ce type de projet, ne gagne pas d'argent, n'est pourtant pas une entreprise philanthropique. Pas plus que Vivendi dans les environs de Durban ou EDF dans plusieurs zones défavorisées. En attendant, quelles que soient les discussions sur la motivation, des millions de gens découvrent les plaisirs de l'eau. Ou ceux de l'électricité lorsqu'il s'agit de ce qu'organise EDF à Khayelitsha, un township du Cap ; ou encore dans le village de Botha prés de Durban où les habitants vont enfin bénéficier du courant électrique grâce au solaire.

(Voir sur ce sujet le commentaire de Myriam Goldminc et Marie Arnould )

Voir les photos de Georges Bartoli

Texte du : 26/08/02

Une réserve privée qui n'est pas privée d'intérêt

Au départ, l'idée paraît surprenante : une réserve privée de prés et fermée intégralement financée par une banque, la Standard Bank of South Africa, le deuxième établissement bancaire du pays. A l'origine, en fait, une belle réserve de prés de 3500 hectares à 60 kilomètres de Johannesburg pour promener les clients de la banque pour qu'ils aperçoivent les animaux. A priori donc, l'initiative ne paraît pas très excitante…

Et puis, il y a Willem Prinsloo son directeur, 44 ans, titulaire d'un diplôme supérieur de vie sauvage. Il raconte comment, année après année, depuis 1989, et avec beaucoup plus de facilité depuis la libéralisation du pays et la fin de l'apartheid, il a convaincu la direction du Marketing d'aller bien au delà, arrachant chaque année un budget lui permettant de faire d'une exploitation de bovidés écologiquement ravagée par le surpâturage une authentique réserve naturelle dont les sols se sont peu à peu reconstituées. Tout simplement parce que le pâturage des différents animaux sauvages peu à peu ré-introduit a permit la réhabilitation des sols. C'est d'ailleurs cette méthode qui est utilisée dans les fermes de la nouvelle agriculture, la bio notamment, une diversité d'animaux d'élevage permettant une restauration de " l'épiderme " des sols en quelques années. En quelques années, Willem a reconstitué la faune sauvage africaine de cette région, faune de savane et faune de savane arbustive, et rétablit un équilibre écologique qui a entraîné le retour de nombreux oiseaux et de toute la petite faune habituelle.
Il a persuadé la direction de la banque de lui laisser carte blanche sur des périodes de dix ans renouvelables. Et il a entamé récemment son deuxième bail. Chaque année il détermine un budget et fait au mieux avec. Il est ainsi passé de la distraction des clients de la banque à un centre d'observation et d'interprétation de la nature pour l'instant destiné aux enfants. Bientôt, sur le territoire de la réserve fonctionnera un centre de recherche sur les origines des plantes et des animaux de la région. Toujours sur le principe des équilibres écologiques qui présupposent une limitation des visiteurs, lesquels paient, pour passer la journée et déjeuner, une somme d'environ 9 euros. De plus, la réserve s'est peu à peu associée avec les deux villages voisins pour que ses habitants retrouvent le sens de la culture et de la cueillette des plantes médicinales. En fait, il leur ré-apprend l'agriculture.
Ce retour aux sources, dans une région qui fut il y a quelques siècles peuplée par les bushmen (qui ne sont pas des noirs) chassés de ces espaces, bien avant l'arrivée des Européens, par les peuples noirs, repose sur un autre projet. Willem, en coopération avec le Français Thierry Alban Revert, l'adepte du bio dont nous racontons l'histoire par ailleurs, est en train de lancer une ferme de plantes médicinales et aromatiques. A partir d'un constat tout simple : chaque semaine, au marché de ces plantes à Johannesburg, arrivent 14 camions de plantes récoltées un peu partout dans la nature. Une livraison qui augmente chaque année parce que la mode de leur usage est revenue depuis la libération du pays. Pour Willem et Thierry il ne fait pas de doute que si la cueillette dans la nature continue à ce rythme et même augmente parce que le besoin est littéralement en train d'exploser, il ne restera pratiquement plus de plantes dans le milieu naturel. Certaines sont d'ailleurs sur le point de disparaître.
Le développement durable, aux yeux des deux hommes, c'est de tirer profit d'une petite partie de cet espace protégé et écologiquement restauré, pour produire des plantes, dans l'espoir de sauver celles qui poussent naturellement dans le milieu, les cueilleurs " sauvages " pouvant se reconvertir dans la culture des mêmes végétaux. Reste évidemment à obtenir l'accord de la banque qui voit son projet de départ complètement dépassé par la réalité. Cette acceptation est en bonne voie… Reste la discussion sur la privatisation de la réserves, sur les liens avec une banque…

Mais en attendant, ça marche ! Et le résultat est écologiquement correct.
CMV

Pour joindre Willem Prinsloo : prinsloow@scmb.co.za, fax 27 14 576 20 91

 

Texte du : 04/09/02

We want land now !

A Shareworld, loin des buildings flambants neufs du sommet officiel et des banques de Standon le LMP, mouvement populaire des sans terre d'Afrique du Sud organise pendant une semaine une rencontre internationale de tous les laissés pour compte de la planète. Shareworld, qui signifie le partage du Monde est situé dans un espace culturel qui tient a la fois du gymnase et du décor de théâtre avec des façades de maisons en carton pâte. Un lieu étrange et beau malgré tout. Ils etaient un bon millier, réunis ce matin. Des familles, des femmes, des jeunes et des enfants avec des provisions et des couvertures qui installent un campement informel. Ils portent presque tous des T- shirt avec des slogans sans équivoque ; lands food job, au sigle du LMP sous fond rouge et, des T-Shirt Blancs sur lesquels ils réclament "le contrôle populaire de la terre des forêts et des océans ".
Très assidus malgré la lourdeur de discours traduits de l'anglais, du zoulou et de l'afrikaner, mais qu'importe : les chants et les danses repris tous en choeur après de trop longues interventions permettent de rester attentifs et de se sentir unis. Des délégations venues des quatre coins du pays se sont réunies pour créer un grand mouvement autour d'une une véritable reforme agraire et des lois équitables à la fois pour les sans-terre mais aussi pour les sans logis. Dans les différents meetings qui se succèdent reviennent comme un leitmotiv les même griefs. Huit ans après la fin de l'apartheid, ils sont toujours sans terre, soumis à des expulsions et à des atteintes à leurs droits humains. En Afrique du Sud, 60 000 fermiers possèdent 80% des terres dont certaines sont en friche. L'objectif principal du mouvement des sans terre c est d'obtenir une reforme gouvernementale, avec pour principe " un fermier une ferme ", une distribution équitable des terres, l'accès des femmes au droit à la terre, la sécurité la propriété de leur terre, la sécurité alimentaire et une vie soutenable pour les plus pauvres aussi bien en milieu urbain qu'à la campagne. Près de 8000 personnes sont attendues, La manifestation reste interdite le samedi 31 août, ainsi que dans la soirée un grand concert de soutien.
Myriam Goldminc et Sylvie Mayer


Texte du : 04/09/02

Soutien sans faille

Le représentant brésilien de Via Campesina a présenté son mouvement.
"Il n'y aura pas de développement durable sans accès a la terre pour les sans terre. Il faut globaliser la lutte et globaliser l'espoir " a-t-il conclu. Christophe Aguitton du mouvement ATTAC et François Dufour de la Confédération paysanne ont également été invités à parler. " J' apporte la solidarité des petits et moyens paysans français et souhaite que le travail en commun s'accélère pour combattre la globalisation libérale et je rappelle que l'agriculture productiviste et industrielle détruit les paysans au Nord comme au Sud .

" ( Voir photos de Georges pour illustrer Légende la lutte des Sans - Terre un miroir de l'Afrique )

 

Texte du : 04/09/02

Swaziland (Nord-ouest)

C'est un tout petit état (17 000 km2, 860 000 habitants), indépendant depuis 1968, et qui n'a jamais connu l'apartheid. Mais d'autres influences ont largement franchi la frontière où le douanier inscrit les passages dans un beau livre déplié sur un bureau sans ordinateur. La monoculture agricole sud-africaine n'est pas impressionnée par la ligne de démarcation. Elle étale dans les plaines ses paysages vides, archivides.

Fonçons vers les montagnes du Nord-Ouest pour entrer dans un véritable miracle. Des cultures en terrasse, des cases, des cochons, des poules et des vaches. A la rivière pour puiser l'eau, dans les champs, dans la cour des maisons, une vie rurale millénaire, produisant sa nourriture, totalement dépourvue de bidonvilles, expose lors de la conférence du développement durable, le vrai modèle de celui-ci.
Mais très vite, nous comprenons le destin futur de ces lieux en entrant dans la mer d'eucalyptus rigide et sombre qui, quelques kilomètres plus loin, a remplacé la civilisation paysanne. Il est temps de repartir vers les choses sérieuses et les salles sans lumière naturelle où la technologie durable cogite le monde de demain.
François Terrasson

 

Texte du : 31/08/02

Les sans-terre au sommet

A quelques heures de la marche des paysans, le reportage d'Alain Berthault

Les paysans sans terre d'Afrique s'invitent ce samedi au sommet sur le développement durable qui se tient à Johannesbourg. En marge du défilé des ONG , ils doivent marcher par milliers vers le centre officiel de la conférence avec l'espoir d'attirer l'attention des congressistes sur une situation particulièrement explosive. Depuis une semaine, les sans-terre ont installé leur campement dans un ancien parc d'attraction à 40 kilomètres du centre de la ville.

Julia ne connaît pas le mot anglais qui indique l'Est. Pointant sans hésiter le doigt vers le levant, elle explique qu'elle est venue de là-bas, avec sept autres paysannes de la province d'Umpumalanga. Pour l'heure, avec les femmes du camp, elle prépare en plein air un déjeuner pour 600 personnes, un ragoût qui mijote dans de grand chaudrons noircis par la fumée. Son Tee-shirt rouge est barrée d'une grande inscription en lettres noires : " Pour en finir avec la pauvreté : de la terre, de la nourriture, un travail.
" Après plus de 50 ans passés à travailler pour le compte d'un fermier blanc, Julia estime qu'il est grand temps d'en finir avec l'Apartheid économique. " Les blancs qui ont pris la terre de nos ancêtres nous donnent un peu de maïs, du sel, et 50 rands par mois (5 Euros). Comment voulez vous qu'on vive avec ça ! On ne peut même pas envoyer nos enfants à l'école ". Une mélopée s'élève soudain, Julia joint aussitôt sa voix au chur des paysannes qui commencent à chalouper des hanches. Plus loin, c'est un cercle d'hommes qui écoute en silence un orateur. Une fois son exposé terminé, le bras levé, ce dernier entonne un vieil air, la foule répond.

C'est à l'intérieur que les sans terre tiennent les débats " officiels ", dans un immense bâtiment blanc tout droit sorti d'un décor de cinéma, compromis improbable entre une hacienda mexicaine et une médina marocaine. Mais ce n'est certainement pas pour faire de la figuration que les paysans ont entrepris ce long voyage. A l'image de Julia, tous attendent désormais du gouvernement sud africain des changements radicaux : réforme agraire, droit de posséder des terres, droit de travailler sur ces terres. Des revendications explosives alors même que, dans le Zimbabwe voisin, le gouvernement somme les fermiers blancs de quitter leur ferme. Près de 300 d'entre eux ont déjà été arrêtés pour avoir refusé de laisser leur exploitation aux mains de Noirs.

Le gouvernement sud africain saura-t-il éviter un tel blocage ? " Nous ne voulons pas prendre cette terre aux Blancs, tempère Julia. Nous voulons pouvoir y faire pousser notre production, la vendre, et enfin vivre décemment. Pour ça, nous devons discuter avec les propriétaire blancs, être ensemble, partager cette terre. " Certains fermiers blancs, une poignée à vrai dire, ont déjà montré la voie. Thierry Alban Revert, français naturalisé sud africain, mène sur son exploitation de 6000 hectares une expérience pilote de partage des terres soutenue par le gouvernement. L'idée est de rétrocéder progressivement une grande partie du territoire aux Noirs, sous le contrôle des institutions. " On va dans le mur, avertit ce fermier. Il faut empêcher à temps les sans terre de vouloir reprendre violemment leur terre alors qu'ils n'ont pas l'éducation pour la reprendre ou la cultiver, ce qui serait une plus grande catastrophe encore ".

Lors de cette grande journée de manifestation ce samedi, ce sont les sans terre qui seront les plus nombreux à défiler, entre 8000 et 10 000 personnes. Pourtant, il n'ont pas obtenu le soutien espéré des Organisations Non Gouvernementales présentes pour le contre sommet. Seuls les membres et délégués de Via Campesina, organisation qui regroupe 80 organisations dans 53 pays, seront à leurs côtés, casquette verte sur la tête. Une marée verte et rouge qui pourrait bien entraîner dans son sillage les sans terre, sans travail, tous les " sans " du bidonville d'Alexandra d'où part cette grande marche.
Laurent Berthault.
Radio France Internationale
Site web : www.rfi.fr