| Johannesburg
: " Fallait-il y aller ? " Assis,
debout, pas encore couchés, ils étaient venus nombreux samedi en fin de journée
à l'espace environnement pour assister au débat-bilan du Sommet de la Terre de
Johannesburg. Un bilan sombre, à en croire les différents intervenants. " L'un
des buts de ce sommet était de réduire de moitié la pauvreté d'ici 2015.
Mais comment proclamer de tels objectifs, quand, quelques mois auparavant, le
sommet de Doha, au Qatar, sur le commerce, avait entrepris d'intégrer dans la
sphère marchande des biens comme l'eau, qui devraient au contraire être proclamés
biens communs de l'humanité ? " interroge avec véhémence François Dufour, secrétaire
général de la Confédération paysanne, et vice-président d'ATTAC. " Ce sommet de
Johannesburg n'était rien d'autre qu'une mascarade, un fiasco, une honte pour
nos dirigeants ", a-t-il encore asséné. Egalement présent en Afrique du Sud, au
titre de l'Association pour un contrat mondial de l'eau (ACME), Jean-Luc Touly
a dit, lui aussi, sa déception, sa colère même, devant la présence ô combien pesante
des multinationales de l'eau dans le Waterdome, ce lieu de débat situé à quelques
kilomètres du centre de Johannesburg, devenu une gigantesque foire ultra sponsorisée.
" Après trois jours là-bas, nous avons décidé de partir, écœurés ", témoigne
Jean-Luc Touly qui a regretté la modestie des objectifs énoncés dans la capitale
sud-africaine. " 1,5 milliard d'êtres humains n'a pas accès à l'eau sur notre
planète. On parle de réduire ce chiffre de moitié d'ici 2015. Mais, à cette date-là,
il y aura 1 milliard d'êtres humains en plus sur le globe. Les 750 millions, si
jamais on réussit à les gagner d'un côté, on risque de les perdre de l'autre.
" Ce sommet était plombé d'avance par l'échec de Monterrey et les remises
en cause de Doha. Il ne fallait pas se faire trop d'illusions ", a tenté de relativiser
Guy Léger, président du Mouvement national de lutte pour l'environnement (MNLE),
pour qui " Jo'burg n'est qu'une étape dans un long processus ". " En parallèle
de l'offensive de la mondialisation, il y a tout de même eu là-bas une forte présence
des ONG, des collectivités locales. Quant aux entreprises, on ne peut pas tirer
un trait dessus comme ça. Il faut simplement que leur action soit mieux contrôlée
par les citoyens. " Vaste chantier, ont dû se dire les nombreux jeunes présents
dans l'assistance. Conseillère de la CGT pour les questions internationales et
membre de la délégation officielle du Comité français pour le sommet mondial,
Hélène Bouneaud reste, elle, persuadée qu'il " fallait y aller ". " Parce
que le développement des droits sociaux conditionne les deux autres piliers du
développement durable que sont l'environnement et l'économie, et parce que l'accroissement
de la pauvreté dans le monde se fonde justement sur la non-reconnaissance de ces
droits. C'était important d'y être pour faire passer ce message. Car si on abandonne
tout aux Etats et aux multinationales " Tout n'aurait donc pas été négatif à Johannesburg".
Conseillère régionale et chargée de l'environnement au Parti communiste, Sylvie
Mayer ne souhaite pas " tout jeter " de ce sommet. Pêle-mêle, elle évoque " l'engagement
de la France d'atteindre le chiffre de 0,5 % de son PNB pour l'aide au développement
", " les cinq chantiers lancés par Jacques Chirac sur lesquels nous essaierons
de le prendre au mot ", " l'isolement de plus en plus manifeste des Etats-Unis
sur la question du climat ", " le retour de l'Afrique, qui avait été très absente
de Rio ou même de Porto Alegre, dans le jeu international " ou encore " la jonction
effectuée à Johannesburg entre les sans-terre du monde entier ". Autant
d'arguments qui plaident pour une présence continue dans ce type de sommets, malgré
leurs limites évidentes. " L'impact réel de la présence des associations et des
ONG, c'est zéro ! " tranche au contraire Stéphane Lhomme, du réseau Sortir du
nucléaire, qui plaide pour " une démarche d'opposition claire". " Il faut arrêter
de jouer le jeu de ces grand-messes qui laissent, à dessein, une place symbolique
à la société civile, pour pouvoir s'en rengorger après. " Alors, demain, faudra-t-il
y aller ? Faudra-t-il jouer le jeu ? "
En tout cas, on doit vraiment se poser la question, reprend François Dufour. C'est
à nous de tirer les conséquences de ce qui s'est passé à Johannesburg. Il
faut se mettre autour d'une table pour inventer une autre forme de présence, de
contestation. " Ensemble. Alexandre Fache (16 Septembre 2002 L'HUMANITE).
LA
COALITION ECO-EQUITY LANCE UN ULTIMATUM AUX MINISTRES Déchirez
votre copie et recommencez tout ! Votre texte actuel sur le commerce et
la mondialisation est lamentable ! Johannesburg,
le 30 aout 2002 : Les ONG de la coalition Eco Equity considerent que le texte
actuel sur le commerce et la mondialisation du Sommet mondial sur le developpement
durable est desastreux. Il se trouve si eloigne de la notion meme de developpement
durable qu'il necessite d'etre purement et simplement supprime. La coalition (ANDEP,
Consumers International, Danish 92 Group, Friends of the Earth, Greenpeace, Oxfam
et WWF) appelle les ministres qui assistent au Sommet international sur le developpement
durable a reconnaitre les intolerables lacunes des conclusions economiques presentees,
et a revoir ce texte.
Dans
une lettre ouverte, adressee a l'ensemble des ministres cette apres-midi, la coalition
ECO Equity ainsi que d'autres ONG soulignent une evidence : les negociateurs n'ont
pas compris qu'ils n'etaient pas à l'OMC. "
Selon le texte actuel, tous les accords sont subordonnes à l'OMC. Le libre-echange
prime sur les mesures environnementales nationales. Toute reglementation en matiere
d'environnement doit etre approuvee par consensus international. Autrement dit,
aucune loi contraignante sur l'environnement n'aurait de chance de passer. Des
conventions internationales comme celles de Rio deviendraient impensables si ce
texte etait adopte a Johannesburg " s'indigne Helene Gassin de Greenpeace France,
en direct de Johannesburg. La
coalition d'ONG n'a pas hesite à dire que les negociateurs devraient avoir honte
d'avoir produit un texte aussi insignifiant lors d'un sommet sur le developpement
durable. La coalition a annonce son retrait de toute consultation sur le texte
relatif au commerce et a la mondialisation jusqu'a ce que celui-ci s'inscrive
dans un cadre compatible avec le developpement durable. Le commerce non soutenable
engendre des consequences desastreuses envers les populations et l'environnement.
Elles s'avereront encore plus devastatrices si les gouvernements ne changent pas
radicalement leur approche sur la mondialisation. Si
le Sommet de Johannesburg n'est pas le lieu et le moment ideal pour un tel revirement,
la coalition s'interroge : où et quand le changement se produira-t-il? Pour
plus d'informations : a Johannesburg : Michael Luze : relations
presse à Johannesburg, au 00 27 (0) 72 312 73 95 Helene Gassin : campagne
energies renouvelables, au 00 27 (0) 72 312 35 46 a Paris : Amelie Dupuy
: relations presse, au 06 73 89 55 02 Yannick Jadot : directeur des
campagnes, au 06 08 68 27 85 Amelie Dupuy Chargee des relations presse
/ Press-Officer Greenpeace France 22, rue des Rasselins 75020 Paris Tel. (+33)
01 44 64 03 74 Fax : (+33) 01 44 64 02 00 Mobile : (+33) 06 73 89 55 02

Une
première mondiale au Sommet du Développement Durable Imaginez
Bjorn Stigsson, Président du World Business Council for Sustainable Development,
représentant 150 multinationales, côte à côte avec Rémi Parmentier, Directeur
politique de Greenpeace International, derrière une table, sur une estrade, en
train de lire ensemble un communiqué (le premier lisait une phrase que le second
finissait et ainsi de suite) appelant conjointement les gouvernements à mettre
en place un cadre international, au-delà du protocole de Kyoto, pour combattre
les effets du réchauffement climatique. Pour ceux qui connaissent ces deux partenaires
d'un soir, mais adversaires de toujours, il y avait de quoi se pincer pour être
sûr de ne pas rêver. Si le Sommet Mondial du Développement Durable est capable
de générer de tels progrès (le rapprochement greenpeace/WBCSD s'est fait lors
du processus de préparation), il n'aura pas été, comme beaucoup le pensent, inutile.
Bien sûr, Rémi Parmentier a lourdement insisté : Greenpeace continuera ses campagnes
contre les multinationales du WBCSD qui appelleront la police contre ses activistes
! Mais, pour une fois, les ennemis naturels ont su mettre de côté leurs différents,
tant ils ressentent la même frustration devant le manque de volonté des politiques
à mettre en place les accords de Rio, et en particulier la Convention sur les
changements climatiques. Rappelons, en effet, que même si 86 pays ont, aujourd'hui,
ratifié le Protocole de Kyoto, la lutte contre l'effet de serre a été écartée
des priorités du Sommet de Johannesburg, car le sujet " fâche " trop (cf. la position
du gouvernement Bush qui a refusé de ratifier). Le
symbole est fort : le rapprochement des entreprises et d'une ONG radicalement
critique pour interpeler le politique et remettre sur son agenda un problème qu'il
voulait contourner. Le message que leur adresse la société civile est clair :
" vous ne pouvez pas quitter Johannesburg sans avoir fait des progrès sur les
changements climatiques ". Mais aussi : " nous prenons nos responsabilités, à
vous de prendre les vôtres ". Car, comme l'a rappelé Bjorn Stigsson, les entreprises
(à l'exception de quelques-unes) sont, sur ce sujet pour une réglementation internationale
claire et ont déjà pris des engagements. Ce qu'a confirmé Chris Boyd, Senior VP
Environment and Public Affairs de Lafarge : " Lafarge est une entreprise proactive
et nous avons pris des engagements pour réduire nos gaz à effet de serre. Mais
nous souhaitons un cadre fixé par les gouvernements, car c'est bien plus facile
pour nous d'avoir une réglementation internationale, plutôt que des nationales,
différentes, voire contradictoires ". Les
deux partenaires ont enfin demandé un signal clair de la part des gouvernements,
avec des objectifs chiffrés et un calendrier. Le Professeur José Goldenberg, ex-Ministre
de l'environnement brésilien, l'a fixé à 10 % d'énergie renouvelable en 2010.
On saura le 4 Septembre, lors de la présentation du Plan d'Action, si Greenpeace
et le WBCSD ont été entendus. Alain Chauveau 
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